Jawad Nasrallah : le chef du Hezbollah est mort en proie à la colère après l’attaque des bipeurs
Un an après l'assassinat de Hassan Nasrallah, son fils décrit la colère et le désespoir de son père alors que le groupe chiite s'effondrait sous les assauts d'Israël
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BEYROUTH – À cette même période, l’an dernier, Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, était consumé par la rage, raconte son fils. Israël avait en effet fait exploser les bipeurs portés par les nombreux membres du groupe terroriste dans tout le Liban.
Quelques jours plus tard, c’est Nasrallah lui-même qui était visé. Les explosions des bipeurs et l’assassinat de Nasrallah se sont avérés être les premières salves d’une offensive israélienne qui a causé la mort des principaux responsables du groupe terroriste, détruit une grande partie de leur arsenal et démoli nombre des fortifications qu’ils avaient construites le long de la frontière.
Ces développements étaient inimaginables il y a un an, lorsque celui qui était alors chef du Hezbollah a fait face à une défaillance grave des dispositifs de communication, qui a coûté la vie à des dizaines de membres du groupe et en a mutilé des milliers d’autres.
« Il était bouleversé, en colère, plein de ressentiment – il se sentait envahi par la rancœur -, et il se demandait : ‘Comment tout cela a-t-il pu arriver ?’ Pour lui, on lui avait confié ces vies », a déclaré Jawad Nasrallah, le deuxième fils de Nasrallah, lors d’une interview accordée à Reuters devant la tombe de son père.
À cette époque, Nasrallah faisait l’objet de mesures de sécurité renforcées. Jawad, comme plus d’un million de Libanais, avait été déplacé par les frappes aériennes israéliennes. Il n’avait pas vu son père depuis trois mois.
« Nous tentions de prendre les choses comme elles venaient, au jour le jour. Rien n’était sûr », a indiqué Jawad.
Le dernier discours télévisé de Nasrallah remonte au 19 septembre 2024. Huit jours plus tard, il a trouvé la mort lors d’une série de frappes israéliennes massives qui visait un site se trouvant dans la banlieue sud de Beyrouth, le 27 septembre 2024, des frappes qui ont détruit tout un pâté de maisons, sous lequel celui qui dirigeait le Hezbollah depuis plus de 30 ans assistait à une réunion avec un général iranien et certains de ses principaux commandants militaires.
« Nous avons appris la nouvelle aux informations, comme tout le monde. Nous étions choqués, mais nous ne pouvions pas pleurer. Personne dans la maison ne devait crier ou se laisser aller à ses sentiments », a confié Jawad, expliquant que les autres locataires de l’immeuble où ils vivaient temporairement ignoraient leurs liens avec le chef du Hezbollah.
À l’époque, les frappes israéliennes prenaient principalement pour cibles les bastions chiites du Hezbollah dans le sud du Liban, faisant planer la menace d’une guerre civile, les villes sunnites ou chrétiennes faisant preuve d’une certaine défiance envers les musulmans chiites en fuite.
« Un moment, nous nous sommes sentis isolés, marginalisés, en plus des horreurs de cette période terrible pour tous : la guerre, les bombardements, la brutalité – et en plus de cela, la mise à l’écart », a poursuivi Jawad.
Avec l’intensification des frappes israéliennes à travers le Liban et l’envoi de troupes terrestres dans le sud du pays, le corps de Nasrallah n’a pu être transporté à la morgue avant plusieurs jours, avant d’être provisoirement inhumé. La cérémonie officielle s’est tenue plusieurs mois plus tard, au cours d’une trêve.
Le conflit entre Israël et le Hezbollah a débuté au lendemain de l’attaque meurtrière menée par le Hamas contre le sud de l’État juif le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre en cours dans la bande de Gaza. Le Hezbollah a mené des tirs quasiment quotidiens de roquettes à travers la frontière dans le cadre d’un « front de soutien » au Hamas et aux Palestiniens de Gaza. Israël a alors riposté par des frappes aériennes et des bombardements. Les deux camps se sont enlisés dans un conflit de faible intensité, qui s’est transformé en guerre ouverte en septembre 2024.
C’est un cessez-le-feu négocié par les États-Unis qui a mis fin au conflit en novembre. Israël a néanmoins continué à mener des frappes aériennes presque tous les jours au Liban, ciblant les violations de l’accord par le Hezbollah et visant à empêcher les membres de ce dernier de se regrouper.
La guerre avec Israël, qui a considérablement affaibli le Hezbollah, a été suivie par la chute de l’allié syrien du groupe, Bachar al-Assad, ainsi que par la formation d’un nouveau gouvernement au Liban, qui s’est engagé à mettre en place un monopole de l’État sur toutes les armes.
Le Hezbollah a refusé de rendre son arsenal. Une position réaffirmée par Jawad, homme d’affaires, qui n’occupe aucun poste officiel au sein du groupe mais qui est sanctionné par les États-Unis.
« Jamais, dans vos fantasmes ou vos rêves », a-t-il affirmé, ajoutant qu’il demandait toujours conseil à son père.
« Je lui demande de résoudre certains dilemmes. Je lui dis : ‘Tu dois résoudre ce problème pour nous, et tu dois m’aider à le faire' », a-t-il fait savoir.
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