La chute de Barkat orchestrée par Netanyahu : Chronique d’une élimination politique annoncée
Le ministre de l’Économie avait comploté pour évincer Benjamin Netanyahu après le 7-Octobre et fait désormais face à la colère d’un Premier ministre qui n’oublie ni ne pardonne
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Le scénario de l’affrontement entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de l’Économie, Nir Barkat, avait été écrit bien à l’avance, et rien de tout cela ne devrait surprendre.
Dans leur relation profondément dysfonctionnelle, tout s’est déroulé avec une précision prévisible. La trajectoire a été claire et méticuleusement documentée au fil des années – en particulier au lendemain du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 – et le dénouement dramatique à l’approche de la primaire du Likud du 17 août ne devrait choquer personne.
Il est on ne peut plus clair que Netanyahu saisit enfin l’occasion qu’il attendait : sacrifier Barkat, comme il l’a fait avec tous ses autres ennemis, ou à tout le moins le reléguer en marge de la liste du parti, après avoir systématiquement érodé son influence pendant des années.
Les manœuvres que Barkat avait précédemment orchestrées pour évincer Netanyahu du poste de Premier ministre n’ont fait qu’attiser l’appétit insatiable de vengeance de ce dernier. Ce lundi, lors des élections internes, les deux hommes seront confrontés à leur heure de vérité. Pour l’instant, la cible est dans le collimateur et la campagne de dénigrement politique bat son plein. Nous avons suivi son déroulement toute la semaine sur les chaînes de télévision et les réseaux sociaux.
Le désastre du 7-Octobre a surpris Barkat – un milliardaire du secteur des technologies qui s’est fait tout seul et a amassé une fortune en tant qu’investisseur de la première heure chez Check Point Software avant d’occuper le poste de maire de Jérusalem – dans un état d’esprit particulier. Comme de nombreux Israéliens, il ne parvenait tout simplement pas à comprendre pourquoi le Premier ministre Netanyahu n’avait pas immédiatement convoqué une conférence de presse extraordinaire pour annoncer sa démission.
Barkat était déjà convaincu à l’époque que Netanyahu était un désastre ambulant et que chaque jour supplémentaire au pouvoir mettait le pays en danger. Barkat affirmait que la politique de conciliation de Netanyahu envers le Hamas avait directement conduit à l’horrible catastrophe qui a frappé les communes frontalières de Gaza et tous les autres fronts. Cet échec colossal, disait-il en privé à ses proches, entraînerait inévitablement la ruine du Likud, Netanyahu n’ayant aucune chance d’être réélu.
Fin mai 2024, Zman Israel, la version en hébreu du Times of Israel, publiait un article sur les réflexions de Barkat et les mesures concrètes qu’il mettait en œuvre. Ceux qui l’ont rencontré à cette époque ont découvert un homme bouillonnant de rage contre Netanyahu face à cet échec et à cette tragédie – tout aussi furieux que les orateurs qui s’étaient exprimés lors des manifestations de masse contre la refonte du système judiciaire, un an plus tôt, dans la rue Kaplan à Tel Aviv, épicentre du mouvement contre la coalition.
Barkat estimait que la crise lui offrait une occasion rêvée d’évincer l’homme responsable de tous les maux. Il pariait sur le fait que la colère populaire à l’encontre de Netanyahu ne ferait que s’intensifier, gagnant l’électorat de droite et les électeurs du Likud, pour finalement lui ouvrir la voie à la direction du parti et du gouvernement.
Barkat avait une stratégie claire : faire pression pour que des primaires anticipées soient organisées au sein du Likud, lors desquelles il battrait facilement Netanyahu, aidé en grande partie par ses ressources financières pratiquement illimitées.
Barkat était fermement convaincu que les membres du Likud adopteraient l’alternative qu’il proposait plutôt que de se laisser entraîner vers l’oubli politique. Selon les sondages internes qu’il a présentés aux députés du Likud à la Knesset et aux principaux militants du parti – parmi lesquels il bénéficie d’un soutien fidèle -, Barkat était la seule personnalité capable de remporter trente sièges et de préserver la domination de la droite à long-terme.
Parallèlement, Barkat préparait discrètement un vote de défiance constructif qui permettrait à la Knesset de renverser un Premier ministre en exercice, à condition qu’une majorité vote simultanément en faveur de la nomination d’un nouveau dirigeant précis, afin de remplacer le gouvernement sans déclencher d’élections législatives anticipées.
Barkat prévoyait de renverser le gouvernement en coopération avec l’opposition et de rallier les troupes derrière la candidature de Yuli Edelstein, député du Likud, alors président de la puissante commission des Affaires étrangères et de la Défense et ancien président de la Knesset. Edelstein était depuis longtemps un redoutable adversaire interne de Netanyahu.
À la suite de cette manœuvre, Barkat prévoyait d’organiser des primaires au sein du Likud un an plus tard, lors desquelles il s’attendait à remporter une victoire écrasante.
Ce plan ne s’est jamais concrétisé. Edelstein m’avait confié à l’époque : « Cela n’a absolument aucune chance. Tout le monde dans notre parti a peur de s’opposer à Netanyahu. »
Les plans de secours de Barkat ont également échoué. Netanyahu a commencé à se redresser politiquement et à mener une contre-offensive. Il a réussi à faire croire à sa base qu’il était la victime d’un piège tendu par les hauts responsables de la défense, et la base du Likud s’est de plus en plus ralliée à sa cause.
Barkat, que Netanyahu avait délibérément écarté de toute influence sur les affaires diplomatiques ou de sécurité, allant même jusqu’à refuser de le nommer observateur invité au sein du cabinet de sécurité, a tout de même tenté d’adopter des positions indépendantes et d’attaquer Netanyahu par la droite, conformément aux instructions de ses conseillers. Mais chacune de ces déclarations s’est retournée contre lui.
Lors d’une interview accordée mercredi à la Quatorzième chaîne, chaîne de droite farouchement pro-Netanyahu, Barkat a affirmé que son opposition passée à Netanyahu reposait sur des considérations purement de fond, réitérant son refus de permettre à des dizaines de milliers de travailleurs palestiniens de revenir en Israël. Il a également affirmé que Netanyahu n’arrivait pas à surmonter les obstacles bureaucratiques pour recruter des travailleurs étrangers provenant de pays en paix avec Israël.
Netanyahu avait répondu par l’intermédiaire du bureau du porte-parole du Likud : « Alors que le Premier ministre dirige l’effort de guerre face à une pression internationale énorme, Barkat se joint à ceux qui calomnient le Premier ministre Netanyahu afin de s’attirer les faveurs des médias. »
Mais ce n’est pas tout. Au début de la guerre, Barkat avait rencontré des militants druzes du Likud et déclaré : « Netanyahu et le ministre de la Défense [Yoav] Gallant sont des gauchistes déguisés en hommes de droite. Ce sont des lâches. [Le chef du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, Hassan] Nasrallah sent leur faiblesse. »
Netanyahu avait vivement réagi. « Barkat n’y connaît rien et ne fait qu’encourager nos ennemis pour faire la Une », avait déclaré à l’époque le bureau du Premier ministre.
À la suite de cette joute verbale, Barkat a progressivement fait profil bas. Il a fini par se rendre compte que cette bataille pourrait lui coûter cher, compte tenu de la popularité renaissante de Netanyahu auprès de la base du Likud. Il a fini par capituler, changeant de cap pour couvrir le Premier ministre d’éloges parfois embarrassants, saluant Netanyahu pour son « leadership diplomatique et de sécurité sage et courageux ».
Barkat est allé plus loin, en faisant une apparition très médiatisée au tribunal de district de Tel Aviv, où Netanyahu témoignait dans le cadre de son procès pour corruption en cours. Devant les caméras, Barkat a affirmé que les accusations étaient montées de toutes pièces et que le procès était inutile. Dans une interview ultérieure accordée à la chaîne N12, Barkat a même qualifié Netanyahu de « chef suprême ».
Mais l’entourage proche du Premier ministre se souvient de tout et n’oublie rien.
En novembre dernier, alors que la longue campagne des primaires débutait par l’élection des délégués à la convention du parti, Barkat s’est allié à son rival de longue date, le ministre de la Coopération régionale, David Amsalem. Ce dernier est un homme d’influence très puissant au sein du Likud, en particulier au sein de la puissante section jerusalémite du parti, et Barkat a sollicité son aide dans le but de prendre le contrôle de l’appareil local.
Tout au long de cette campagne locale, le fils du Premier ministre, Yaïr Netanyahu, a envoyé, depuis son domicile de Miami, des messages à d’éminents militants de Jérusalem leur demandant de ne pas soutenir « quelqu’un qui veut faire tomber mon père ».
Netanyahu et ses fidèles souhaitent désormais ajouter Barkat à la longue liste des personnalités de premier plan sacrifiées et laissées à elles-mêmes dans le désert politique, une liste qui comprend Gallant, Edelstein, l’ancien ambassadeur auprès de l’ONU Gilad Erdan, et bien d’autres encore au fil des ans. Aux yeux du camp de Netanyahu, Barkat reste une menace claire et présente.
Lors de conversations qu’il a eues avec des militants du Likud en novembre, Yaïr Netanyahu aurait affirmé que si les prochaines élections législatives ne donnaient pas de résultat décisif, Barkat tenterait une nouvelle fois d’évincer son père, simplement pour empêcher le Likud de se retrouver dans l’opposition.
Lundi, nous saurons comment se terminera la campagne contre Barkat. Pour l’instant, malheureusement pour lui, un autre front s’est ouvert : la quasi-totalité des journalistes chevronnés de N12, la chaîne commerciale grand public la plus regardée d’Israël, s’acharne sans relâche contre lui.
Cette situation pourrait être liée à un conflit juridique acharné opposant actuellement Barkat à la chaîne. Les coups pleuvent sur Barkat de tous les côtés, et cette bataille ne se déroule pas toujours dans le respect de l’éthique journalistique ou politique.
Barkat fait désormais partie des 33 ministres et députés qui se disputent désespérément les 15 ou 16 places réalistes restantes sur la liste du Likud en vue de la prochaine primaire. Lors de la précédente primaire, en 2022, il avait terminé à une honorable septième place. Depuis, il n’a cessé de travailler sans relâche sur le terrain, en recrutant des adhérents et en organisant de somptueuses conférences.
Netanyahu, pour sa part, vient de porter un nouveau coup calculé à Barkat. Le seul candidat extérieur à qui Netanyahu a jusqu’à présent accordé une place garantie sur la liste du Likud est Oren Dobronsky, un entrepreneur technologique de la Silicon Valley et un investisseur vedette de « HaKrishim » (« Les requins »), la version israélienne de l’émission de téléréalité économique « Qui veut être mon associé ? ».
Dobronsky se positionne exactement dans le créneau d’innovateur en haute technologie que Barkat revendique pour lui-même.
Netanyahu a également annoncé publiquement que Dobronsky occuperait un poste de ministre au sein du prochain gouvernement. Quiconque pense qu’il s’agit là d’une annonce fortuite, sans aucun lien avec Barkat, à quelques jours seulement de la primaire, ferait bien d’y réfléchir à deux fois.
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