La crise de l’éducation haredie pourrait devenir la crise existentielle d’Israël
La coalition continue de financer un système qui prive ses élèves des outils nécessaires pour servir le pays, travailler et participer pleinement à l’avenir de la nation
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David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le 17 juillet, la Knesset a été dissoute en vue des élections du 27 octobre, ouvrant une période durant laquelle l’activité parlementaire est, dans son ensemble, suspendue et l’adoption de nouvelles lois gelée, sauf en cas de consensus entre la coalition et l’opposition.
Faisant fi de cette règle, le gouvernement de Benjamin Netanyahu a néanmoins convoqué la semaine dernière la commission des Finances de la Knesset afin de tenter de débloquer près de 100 millions de dollars en faveur du système éducatif ultra-orthodoxe : des dizaines de millions pour la construction de nouvelles écoles haredies, des millions pour les yeshivot et d’autres encore pour lutter contre le décrochage des étudiants des yeshivot. Le tout sans le moindre consensus, au contraire, entre la coalition et l’opposition sur cet ensemble de financements préélectoraux supplémentaires destinés au secteur haredi. Les partis d’opposition ont toutefois réussi à faire échouer cette initiative en menant une obstruction parlementaire de onze heures, empêchant la tenue du vote.
On aurait pu naïvement croire que l’affaire s’arrêterait là, le consentement de l’opposition semblant nécessaire ne serait-ce que pour convoquer une nouvelle réunion de la commission sur le même sujet.
Mais, balayant les objections de l’opposition et malgré une requête rejetée par la Haute Cour de justice, la coalition a malgré tout convoqué une deuxième réunion et, mardi, a fait adopter un nouveau train de financements « éducatifs » destinés au secteur haredi. Ce train de financements comprenait également des fonds destinés à une soi-disant « commission des yeshivot », qui a encouragé les ultra-orthodoxes à se soustraire au service militaire.
Le système éducatif israélien est en crise. Selon les derniers résultats du programme PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves), qui évalue les compétences en lecture, en mathématiques et en sciences des élèves de 15 ans, Israël n’occupe plus que la 31ᵉ place sur les 36 pays de l’OCDE ayant participé à l’évaluation.
Et ce classement peu flatteur est encore loin de refléter toute la (triste) réalité. La grande majorité des garçons ultra-orthodoxes cessent de suivre le programme scolaire de base dès le début de l’adolescence et n’étudient plus aucune matière générale. Ils ne participent donc pas aux évaluations PISA. S’ils y prenaient part, la véritable ampleur de la crise de l’éducation en Israël apparaîtrait dans toute sa gravité.
Tous les jeunes hommes ultra-orthodoxes ne rejettent pas systématiquement l’enseignement général. Mais, comme l’a montré le professeur Dan Ben-David, économiste et fondateur de l’Institut Shoresh, ceux qui parviennent jusqu’à l’enseignement supérieur – candidature, admission, débuts d’études – abandonnent ensuite dans des proportions anormalement élevées. Leur éducation déficiente les a privés, dès le départ, des outils fondamentaux qui leur auraient donné une véritable chance de réussir.
Résultat : la communauté qui connaît la croissance la plus rapide d’Israël compte un nombre croissant d’hommes, soit peu enclins à rejoindre une main-d’œuvre israélienne jusqu’ici de tout premier ordre – parce qu’ils choisissent de rester à la yeshiva –, soit incapables de le faire en raison des lacunes de leur formation. Une évolution qui accélère le déclin des compétences de la main-d’œuvre israélienne, avec des conséquences véritablement existentielles.
« Il n’y aura pas d’Israël du tiers-monde », prévient Ben-David. Selon lui, Israël est déjà engagé dans une « spirale de l’effondrement » et un système éducatif de plus en plus défaillant ne pourra plus soutenir durablement ni une économie de premier plan, ni un système de santé performant, et encore moins une armée forte. Et cette dernière, affaiblie, ne sera plus en mesure de défendre l’État.
Netanyahu en est parfaitement conscient. Il le sait au plus profond de lui-même. Il mesure les dangers que fait peser, sur la capacité d’Israël à survivre et à prospérer aujourd’hui comme demain, la croissance rapide d’une population ultra-orthodoxe privée d’une éducation adéquate, qui refuse le service militaire et ne possède pas les outils nécessaires pour s’intégrer de manière productive au marché du travail, même si elle le souhaitait.
Lorsqu’il était ministre des Finances, de 2003 à 2005, alors qu’Israël traversait une récession et cherchait à relancer son économie après la vague d’attentats-suicides de la deuxième Intifada, Netanyahu avait drastiquement réduit les allocations familiales. Il avait ainsi mis fin à un système qui accordait des aides de plus en plus élevées aux familles nombreuses, provoquant une baisse immédiate de la natalité au sein de la communauté ultra-orthodoxe. Afin de contraindre une plus large part de la population à intégrer le marché du travail, il avait également réduit de manière significative diverses prestations sociales et compléments de revenus.
Aujourd’hui, après avoir passé la majeure partie de l’histoire récente d’Israël au poste de Premier ministre et être devenu dépendant du soutien politique des partis ultra-orthodoxes, il a fait volte-face.
Il y a vingt ans, les ultra-orthodoxes représentaient moins de 9 % de la population israélienne. Ils en constituent aujourd’hui plus de 14 %. Selon les projections du Bureau central des statistiques (CBS), cette proportion atteindra 20 % d’ici à 2040, puis 32 % en 2065.
L’éducation qu’ils dispensent à leurs enfants est insuffisante.
Et comme l’a montré mardi l’adoption de financements supplémentaires, probablement illégaux, destinés à leurs « écoles », la coalition sortante fait tout ce qui est en son pouvoir pour aggraver encore plus la crise. Comme on pouvait s’y attendre, la Cour suprême a suspendu mercredi ces financements, qui peuvent raisonnablement être considérés comme une tentative de pots-de-vin électoraux. Une issue que la coalition savait presque certainement inévitable, mais qui lui permet aussi de resserrer les rangs de son bloc, composé de la droite, de l’extrême droite et des partis ultra-orthodoxes, contre une Cour suprême largement honnie.
Il y a deux ans, 130 des économistes les plus éminents d’Israël ont publié une lettre ouverte avertissant que « la combinaison des politiques menées par les gouvernements israéliens au fil des ans et du taux de croissance élevé de la population haredi conduit le pays vers un gouffre, qui représente une menace très réelle et très grave pour l’économie et la société israéliennes, y compris pour la communauté haredi elle-même ».
« Aujourd’hui, 22 % des enfants de moins de 15 ans sont haredim », écrivaient-ils. « D’ici à 2065, cette proportion devrait atteindre près de 50 %, soit plus du double en seulement quarante ans. Sans changements radicaux, profonds et rapides de la politique gouvernementale, l’État d’Israël sera confronté à un danger existentiel. »
« Sans changement de la trajectoire actuelle, poursuivaient-ils, nombre de ceux qui portent aujourd’hui le fardeau [économique et sécuritaire] choisiront de quitter Israël. Les premiers à partir seront ceux qui ont des opportunités à l’étranger, à savoir les médecins, les ingénieurs, les travailleurs du secteur high-tech et les scientifiques. La population qui restera en Israël sera moins instruite et moins productive, ce qui alourdira encore la charge pesant sur ceux qui continueront à soutenir l’économie. Cela favorisera à son tour une nouvelle vague d’émigration. Ce processus de ‘spirale de l’effondrement’, dans lequel des groupes toujours plus nombreux choisissent de partir, entraînera une nouvelle dégradation des conditions de vie de ceux qui resteront… »
Cet avertissement est resté lettre morte. Et, comme le souligne Ben-David, le flux d’émigration, notamment parmi les quelque 300 000 Israéliens qui constituent l’épine dorsale de l’économie et du bien-être du pays, en particulier dans le secteur de la high-tech, tant vanté et si vital, pourrait bientôt se transformer en véritable déluge.
Mais, estime Ben-David, tout n’est pas encore perdu.
Il a rencontré d’innombrables responsables politiques et hauts dirigeants israéliens, parmi lesquels Gadi Eisenkot, Naftali Bennett, Gideon Saar et bien d’autres, et leur a présenté un exposé qui comptait 73 graphiques, pour la plupart alarmants, lorsqu’il me l’a montré cette semaine. J’en ai reproduit plusieurs dans cet article. Il s’est également entretenu par le passé avec Benjamin Netanyahu, le chef du Shas Aryeh Deri et de nombreux autres responsables ultra-orthodoxes.
Bennett, en particulier, semble avoir pleinement pris la mesure de la crise. Il a récemment plaidé pour que les écoles haredies qui n’enseignent pas le programme scolaire de base, ni d’autres matières essentielles comme l’éducation civique, ne reçoivent plus aucun financement public. De même, les Haredim qui refusent d’effectuer leur service militaire ou national, ou d’intégrer le marché du travail, ne devraient plus bénéficier d’allocations ni de subventions publiques.
« Nous ne financerons pas un État [haredi] indépendant », a déclaré Bennett au Times of Israel en juin. « Nous, je ne financerai pas une école qui n’enseigne pas l’intégralité du programme scolaire de base, pas seulement les mathématiques et l’anglais, que je considérais autrefois comme l’essentiel. Il faut aussi enseigner l’éducation civique, la démocratie et le sionisme. Vous voulez apprendre à vos enfants à dire : ‘Nous préférons mourir plutôt que faire notre service militaire’ ? Très bien. Trouvez un terrain, achetez-le, construisez une école, embauchez des enseignants et financez-la vous-mêmes. Créez une école privée ; nous ne la financerons pas. »
Poursuivant son raisonnement, Bennett a ajouté : « Vous ne voulez jamais travailler ? Très bien. Je ne peux pas vous y contraindre. Mais je ne vous verserai pas un seul shekel d’allocations, de réductions des impôts locaux, d’allègements sur les prêts immobiliers, ou de subventions pour les crèches. Pas un seul shekel. Vous ne faites pas votre service militaire ? Très bien. Je ne financerai pas cela non plus. »
« Nous avons créé un système tellement déformé, tellement absurde, que nous avons fini par le considérer comme normal simplement parce que nous vivons avec. Nous ne nous sommes jamais arrêtés pour nous demander : ‘Comment avons-nous pu en arriver là ?’ Il est temps de le faire. »
« Dans chacun de ces trois domaines – l’éducation, l’emploi et le service militaire –, nous proposerons au contraire une voie d’accès attrayante et convaincante », a promis l’ancien Premier ministre, qui espère retrouver ce poste. »
« Nous ne combattons pas les Haredim ; nous voulons les sauver. Cette passerelle sera ambitieuse : des écoles publiques haredies dans lesquelles 60 % de l’enseignement porteront sur les matières que j’ai évoquées et 40 % sur l’étude du Talmud. Toutes les écoles d’Israël proposeront 40 % de matières de spécialisation, qu’il s’agisse de cyber-sécurité, de musique ou de sciences naturelles, mais chaque enfant apprendra l’anglais, les mathématiques, la Bible, l’éducation civique et le sionisme. Cela vaut aussi bien pour les élèves juifs que pour les élèves arabes. Tous recevront cet enseignement de base. Vous n’en voulez pas ? Libre à vous de créer votre propre école privée. »
« Il en ira de même pour l’emploi », a poursuivi Bennett. « Nous mettrons en place des programmes de formation professionnelle pour ces personnes… Je suis religieux, je suis un homme de foi. Je crois », a-t-il insisté. « J’étudie la Torah. J’aime la Torah. Ce n’est pas contre la Torah. C’est pour la Torah. »
Interrogé la semaine dernière sur la chaîne N12, Bennett a tenté, à plusieurs reprises, de faire passer ce message. Son intervieweur revenait sans cesse sur la rivalité qui l’oppose à Gadi Eisenkot pour le leadership de l’opposition, lui laissant à peine le temps de développer son propos. Mais il a essayé.
Au sein de l’Institut Shoresh, Ben-David a élaboré une feuille de route en quatre volets destinée à « garantir l’avenir d’Israël ». Son objectif est de « remettre Israël sur une trajectoire durable à long terme, fondée sur une croissance économique plus rapide, une réduction de la pauvreté et la capacité du pays à assurer sa propre défense ».
L’un des volets prévoit une réforme budgétaire, avec un « transfert des priorités sectorielles vers les priorités nationales » et la « suppression des prestations qui encouragent un mode de vie sans activité professionnelle ».
Un autre appelle à une réforme du système électoral, avec la mise en place d’un véritable équilibre entre les trois pouvoirs de l’État, ainsi qu’à la nomination de ministres « disposant des compétences et de l’expertise nécessaires dans le domaine dont ils ont la charge, au sein d’un pouvoir exécutif capable d’appliquer ses décisions et de faire respecter la loi ».
Il plaide également pour la ratification d’une Constitution afin de « graver dans le marbre les principes fondamentaux de l’État, de protéger le pays ainsi que les droits fondamentaux de ses citoyens, et de rendre beaucoup plus difficile toute tentative future de les remettre en cause ».
Mais, selon lui, la priorité absolue consiste à mettre fin à l’actuel système éducatif israélien à quatre filières et à instaurer un système unique pour tous, accompagné d’une réforme de son fonctionnement, de sa gestion et de son contrôle.
Il préconise une « interdiction totale de toute ingérence des partis politiques dans les contenus pédagogiques » ainsi qu’une refonte complète des modalités de recrutement, de formation et de rémunération des enseignants. Il appelle également à un « renforcement substantiel du programme scolaire obligatoire, commun à tous, le financement public étant exclusivement réservé aux établissements qui l’appliquent intégralement ».
La coalition sortante n’a manifestement aucune intention de mettre en œuvre la moindre de ces propositions, comme l’ont encore montré les manœuvres auxquelles s’est livrée mardi la commission des Finances de la Knesset.
Pendant quatre ans, elle s’est employée à protéger une direction ultra-orthodoxe plus déterminée que jamais à soustraire sa communauté aux obligations de la défense nationale, malgré une guerre menée sur plusieurs fronts. Dans le même temps, elle finance massivement un système ultra-orthodoxe qui n’a d’éducatif que le nom, tout en sachant parfaitement que cet appareil impie prive délibérément ses élèves de la possibilité d’intégrer efficacement une main-d’œuvre de premier ordre.
« Notre pays n’en est pas arrivé là, pas plus que ce gouvernement, par hasard », m’a confié Ben-David. « Cela fait des dizaines d’années que nous avançons inexorablement dans cette direction. »
Mais, affirme-t-il avec conviction, « il est encore temps d’inverser la tendance ».
Et à moins qu’il ne soit déjà trop tard, les élections d’octobre seront la dernière chance.
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