La diplomatie américaine suspend ses visas humanitaires pour les Gazaouis
Le département d'Etat annonce qu'il mènera une enquête « complète et approfondie » après avoir délivré des visas médicaux et humanitaires temporaires à 3 800 Palestiniens
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La diplomatie américaine a annoncé samedi qu’elle mettait fin, le temps d’une enquête, à ses visas médicaux pour des réfugiés palestiniens de la bande de Gaza, après qu’une influenceuse d’extrême droite, qui a l’oreille de Donald Trump, a dénoncé cette politique humanitaire.
« Tous les visas visiteurs pour les personnes en provenance de Gaza sont suspendus le temps que nous fassions un examen complet et minutieux du processus et des procédures utilisés ces derniers jours pour accorder un petit nombre de visas temporaires de type médical et humanitaire », a indiqué sur X le département d’Etat.
Les États-Unis ont délivré plus de 3 800 visas B1/B2, qui permettent aux étrangers de se faire soigner aux États-Unis, à des titulaires du document de voyage délivré par l’Autorité palestinienne, selon une analyse des chiffres mensuels publiés sur le site web du département. Ce chiffre comprend 640 visas délivrés en mai.
Selon une source proche du dossier interrogée par le Times of Israel, la plupart des personnes ayant obtenu un visa sont des enfants qui ont perdu un membre ou subi d’autres blessures graves lors de frappes aériennes israéliennes et qui sont actuellement soignés dans différentes villes des États-Unis. Cette initiative aurait été soutenue par le secrétaire américain à la Santé et aux Services sociaux, Robert Kennedy Jr. Son bureau n’a pas répondu aux demandes de commentaires.
Cette annonce du ministère des Affaires étrangères, dirigé par le secrétaire d’Etat Marco Rubio, fait suite à des messages sur les réseaux sociaux de Laura Loomer, journaliste et influenceuse réputée pour ses sorties racistes et complotistes et qui a déjà obtenu la tête de responsables de la précédente administration démocrate de Joe Biden.
Elle a ainsi annoncé vendredi avoir dénoncé auprès de parlementaires républicains l’arrivée aux Etats-Unis de Palestiniens de Gaza qui « travaillent pour des organisations islamiques pro-Hamas (…) affiliées aux Frères musulmans et financées par le Qatar ».
Injured Palestinian children arrived in San Francisco from Gaza Wednesday to begin life-saving medical treatment.
The humanitarian effort was led by HEAL Palestine, a nonprofit working to connect wounded children from Gaza with hospitals and medical teams across the U.S. pic.twitter.com/vz59cu28JZ
— The Associated Press (@AP) August 7, 2025
Laura Loomer a pris pour cible « Heal Palestine », que son compte X présente comme une association organisant des voyages aux Etats-Unis pour raisons médicales de Palestiniens de la bande de Gaza.
« J’ai parlé avec l’équipe du sénateur Tom Cotton (président de la commission du Renseignement, NDLR) et elle regarde comment ces Gazaouis ont obtenu un visa pour les Etats-Unis », a-t-elle écrit sur X.
« Jihadistes »
« C’est vraiment inacceptable. Quelqu’un devra être viré du département d’Etat quand Marco Rubio saura qui a approuvé ces visas », a réclamé Laura Loomer, accusant « le Qatar, notre ennemi, pas notre ami », d’avoir « convoyé ces Gazaouis vers les Etats-Unis via la compagnie Qatar Airways ».
« Ils inondent littéralement notre pays de jihadistes », a-t-elle accusé.
Toujours sur X, un élu à la Chambre des représentants pour la Floride, Randy Fine, a fustigé une politique de visas « inacceptable » et promis de « coopérer avec les autorités compétentes pour (…) chercher l’expulsion immédiate » de ces Palestiniens.
L’ONG Palestine Children’s Relief Fund (PCRF), qui affirme dans un communiqué samedi soir avoir « évacué vers les Etats-Unis des milliers d’enfants palestiniens pour une prise en charge médicale », a exhorté « le gouvernement américain à revenir sur cette décision dangereuse et inhumaine ».
« Les évacuations médicales sont une planche de salut pour les enfants de Gaza, faute de quoi ils subiraient des souffrances inimaginables, voire mourraient en raison de l’effondrement des infrastructures médicales » dans le territoire palestinien ravagé par la guerre.
Ce n’est pas la première fois que Laura Loomer a une telle influence sur l’administration Trump.
Fin juillet, le Pentagone avait annulé l’embauche d’une haute fonctionnaire comme professeure à l’école militaire West Point après que l’influenceuse ultra conservatrice l’eut qualifiée de « taupe » des démocrates.
Et en avril, le directeur de l’agence de renseignement NSA, Timothy Haugh, et son adjointe, Wendy Noble, avaient été limogés pour « déloyauté » envers Donald Trump, avait plastronné Laura Loomer, après avoir vu le président à la Maison Blanche.
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