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La mort de Yehudah Sherman déclenche une nouvelle vague d’attaques en Cisjordanie

Soutenant que la collision du quad était volontaire, des extrémistes juifs sèment le chaos, exacerbant le climat de peur, en pleine hausse des agressions, sous le regard "passif" des autorités

Nurit Yohanan est la correspondante du Times of Israel pour le monde arabe et palestinien.

Un Palestinien se tenant sur le balcon d'une maison incendiée à la suite des violences perpétrées par des résidents d'implantations, dans les villages voisins de la région de Naplouse la veille au soir, dans le village de Deir al-Hatab, en Cisjordanie, le 23 mars 2026. (Crédit : Majdi Mohammed/AP)
Un Palestinien se tenant sur le balcon d'une maison incendiée à la suite des violences perpétrées par des résidents d'implantations, dans les villages voisins de la région de Naplouse la veille au soir, dans le village de Deir al-Hatab, en Cisjordanie, le 23 mars 2026. (Crédit : Majdi Mohammed/AP)

Lundi, dans le salon calciné de la maison de Samer al-Amar, située à la lisière du village de Deir al-Hatab, des livres de préparation au baccalauréat palestinien étaient éparpillés parmi les débris.

La veille au soir, la fille d’Amar utilisait ces livres pour réviser en vue des examens à venir. C’est alors que les résidents d’implantations sont arrivés.

« Ma fille étudiait dans une pièce plus proche de l’extérieur. Elle est venue dans ma chambre et elle m’a dit qu’ils étaient en train de jeter des pierres sur la maison », a raconté Amar au Times of Israel.

Amar est sorti dans la cour et il a immédiatement constaté que sa propriété était encerclée.

« Nous avons fermé la porte », a-t-il expliqué.

« Ils ont lancé des cocktails Molotov et versé du carburant pour que nous mourions à l’intérieur de la maison. »

Le salon de Samer al-Amar incendié par des résidents d’implantations, dans le village de Deir al-Hatab, le 23 mars 2026. (Crédit : Autorisation)

Amar, son épouse et leurs quatre enfants, âgés de 15 à 24 ans, se sont alors précipités sur le toit – ce qui était, selon lui, « la seule issue ».

Alors que des habitants du village voisin arrivaient pour leur porter secours, les résidents des implantations ont pris la fuite et la famille a pu s’en sortir indemne.

Mais la maison a subi d’importants dégâts et la voiture d’Amar a été complètement détruite.

Cet incendie criminel a fait partie des dizaines d’agressions commises par des extrémistes juifs à la suite du décès d’un jeune Israélien dans un accident de la route, samedi. Cette vague de terrorisme juif généralisée a fait plusieurs blessés et elle a entraîné le saccage de maisons et de commerces dans une grande partie de la Cisjordanie.

Lundi, l’armée a réagi à ces violences et aux critiques internationales concernant son incapacité à réprimer les extrémistes, en annonçant le redéploiement d’un bataillon, jusqu’alors engagé dans la lutte contre le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, en Cisjordanie.

Les critiques soulignent que les forces de sécurité israéliennes font parfois partie du problème, soit en prenant part aux attaques, soit en restant passives sans intervenir pendant qu’elles se déroulent.

Violences de rue

Les violences ont éclaté samedi soir à la suite du décès de Yehudah Sherman, un militant du mouvement pro-implantations âgé de 18 ans, qui circulait en quad près de l’avant-poste illégal où il résidait, aux abords de Jénine.

Yehudah Sherman. (Crédit : Conseil du district de Samarie)

Les circonstances de cette affaire restent controversées, mais il est clair que Yehudah a été tué lorsque son quad est entré en collision avec un véhicule conduit par un Palestinien dans une zone de la Cisjordanie censée être interdite aux Israéliens. Le conducteur palestinien et le frère de Yehudah, qui se trouvait également sur le quad, ont été blessés.

La police a d’abord classé cette affaire, considérant qu’il s’agissait d’un accident de la circulation, mais l’armée et la police ont ensuite déclaré qu’elles examinaient la possibilité que le conducteur palestinien ait délibérément percuté le quad.

Interrogée par le Times of Israel, la police a indiqué que l’enquête était en cours.

Même avant cela, des résidents d’implantations – dont certains étaient, semble-t-il, proches de Sherman et de sa famille – avaient affirmé qu’il s’agissait d’une attaque terroriste, tout comme les chefs des partis HaTzionout HaDatit et Otzma Yehudit.

Un Palestinien inspectant une maison incendiée sur laquelle on peut lire, en hébreu, le mot « vengeance » tagué sur le mur latéral, à la suite des débordements de résidents d’implantations israéliennes dans les villages voisins de la région de Naplouse, dans le village de Deir al-Hatab, en Cisjordanie, le 23 mars 2026. (Crédit : Majdi Mohammed/AP Photo)

Les appels à la vengeance se sont rapidement répandus et, en quelques heures, des Palestiniens de plusieurs villes et villages ont été pris pour cible.

Sur son compte X, Elisha Yered, militant du mouvement pro-implantations, a exhorté ses partisans à se rassembler sur la Route 60, la principale autoroute traversant la Cisjordanie, empruntée tant par les Israéliens que par les Palestiniens.

« Nous sommes là pour veiller à ce que l’ennemi ne continue pas à circuler librement sur les routes et à nous mettre tous en danger », a-t-il écrit, ajoutant « Juifs, vengeance ! »

Environ une demi-heure plus tard, il a publié un autre message : « Le silence, ça craint. Il est interdit de rester chez soi. »

De jeunes hommes juifs originaires des implantations de Cisjordanie discutant après les funérailles de Yehudah Sherman, un militant du mouvement pro-implantations âgé de 18 ans, à Elon Moreh, le 22 mars 2026. (Crédit : Jeremy Sharon/Times of Israel)

Cette nuit-là, de nombreux villages du nord de la Cisjordanie, en particulier dans les régions de Jénine et de Naplouse, ont été attaqués par des résidents d’implantations.

Une source sécuritaire qui s’est entretenue avec le Times of Israel a déclaré qu’il y avait eu une vingtaine d’attaques distinctes à caractère nationaliste contre des Palestiniens dans la nuit du 21 au 22 mars, notamment des incendies criminels et des jets de pierres.

Des voitures et des bâtiments ont été incendiés et des pierres ont été lancées à Jalud et à Qaryut, près de Naplouse, ainsi qu’à al-Funduqiya et à Silat al-Zaher, dans la région de Jénine.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, des résidents d’implantations ont lancé des pierres sur une ambulance près de Shiloh et ils ont érigé des barrages routiers près de Hébron.

La scène où des véhicules et des maisons ont été incendiés à la suite d’une attaque de résidents d’implantations contre le village de Deir al-Hatab, à l’est de Naplouse en Cisjordanie, le 23 mars 202 (Crédit : Nasser Ishtayeh/Flash90)

Le Croissant-Rouge a indiqué que neuf personnes avaient été blessées au total lors de ces attaques, sans qu’il y ait toutefois eu de victime directe des incendies criminels.

À Jalud, des résidents d’implantations ont incendié cinq véhicules et le dispensaire du village, et ils ont également tenté de mettre le feu à des habitations. Quatre personnes ont été blessées : trois par des jets de pierres et une par inhalation de fumée.

« Jalud est un petit village qui ne compte pas plus d’un millier d’habitants », a déclaré le maire Raed al-Hajj Muhammad au Times of Israel.

« Le nombre de résidents d’implantations qui ont attaqué cette nuit-là – entre 200 et 300 – était supérieur au nombre de jeunes hommes du village. Il est clair que la peur est très grande. »

Lors de certaines de ces attaques, des graffitis ont été laissés avec des slogans faisant référence à la vengeance pour Sherman, notamment à Jalud, où une mosquée aurait été barbouillée de l’inscription « Vengeance pour Yehudah ».

Les violences se sont poursuivies dimanche également, avec des informations faisant état d’attaques de résidents d’implantations contre des automobilistes palestiniens dans le nord de la Cisjordanie.

Avant les funérailles de Yehudah, des groupes WhatsApp associés à des résidents d’implantations avaient diffusé des messages exhortant les gens à se rassembler aux carrefours pendant l’enterrement.

Ces rassemblements avaient pour but « d’exiger vengeance et l’expulsion de l’ennemi », indiquait un message.

Un Palestinien inspectant les décombres de la maison familiale incendiée à la suite d’une attaque présumée de résidents d’implantations israéliens dans le village de Fandaqumiya, au sud-ouest de Jénine, en Cisjordanie, le 22 mars 2026. (Crédit : Zain Jaafar/AFP)

Cette nuit-là, les extrémistes se sont principalement concentrés sur Deir al-Hatab, un village situé près d’Elon Moreh, où les funérailles de Yehudah avaient eu lieu. Selon les habitants, le village n’avait jamais été pris pour cible auparavant, malgré une recrudescence de la violence des résidents d’implantations ces dernières années.

Le chef du village, Abd al-Karim Hassan, a déclaré que deux maisons avaient été entièrement détruites par le feu et que trois autres avaient été partiellement incendiées. Quatorze habitants ont dû être hospitalisés et deux d’entre eux l’étaient encore mardi, dont un dont l’état était jugé modéré après avoir été passé à tabac.

Une chaîne WhatsApp liée à des résidents d’implantations extrémistes a ensuite rapporté : « Nous ne resterons pas silencieux face au meurtre de Juifs ! Après les funérailles de Yehudah Sherman, des Arabes ont rapporté que des dizaines de Juifs avaient fait irruption dans le village de Deir al-Hatab. »

Pas de sécurité, beaucoup de peur

Hassan a déclaré au Times of Israel que les autorités israéliennes n’étaient pas intervenues pour empêcher les attaques. Les soldats ne sont arrivés qu’une fois les violences terminées. Ils ont parcouru le village à bord de deux jeeps pendant environ une demi-heure, puis ils sont repartis, a-t-il ajouté.

En réponse à une demande du Times of Israel, l’armée et la police ont déclaré conjointement qu’à leur arrivée dans le village, « les forces sont intervenues pour rétablir l’ordre et ont mené des recherches pour retrouver les suspects ».

« Au cours de ces opérations, un véhicule soupçonné d’avoir été utilisé lors des attaques a été inspecté. Les armes utilisées lors des attaques ont été localisées et confisquées. Cinq civils ont été arrêtés par la police des frontières en Cisjordanie et transférés à la police pour une enquête plus approfondie. »

Les cinq suspects ont été libérés le lendemain et placés en résidence surveillée pendant trois jours ; il leur a été interdit de s’approcher à moins d’un kilomètre du village pendant un mois.

Des Palestiniens inspectant un véhicule incendié à la suite des ravages causés par des résidents d’implantations israéliens dans les villages voisins de la région de Naplouse dimanche soir, dans le village de Deir al-Hatab en Cisjordanie, le 23 mars 2026. (Crédit : Majdi Mohammed/AP Photo)

Les habitants de Jalud, attaqué la première nuit, ont également affirmé que l’armée et la police n’avaient pas aidé à mettre fin aux violences.

Le maire Muhammad a déclaré au Times of Israel que, lors d’incidents précédents, la police était venue interroger les habitants au sujet des attaques, mais que ni l’armée ni la police ne s’étaient présentées lors de l’assaut de samedi soir.

« Nous avons déposé des centaines de plaintes contre des colons auprès de la police ces dernières années, mais aucune mesure n’a été prise à leur encontre », a-t-il ajouté.

Ces dernières années, les attaques perpétrées par des résidents d’implantations contre des Palestiniens sont devenues plus fréquentes et plus violentes, selon des Palestiniens et des militants israéliens. Ces derniers accusent les élus d’extrême droite au sein du gouvernement d’encourager les agresseurs et d’empêcher la prise de mesures à leur encontre.

Nasser Ishreiteh et ses enfants déblayant les débris calcinés dans le salon et la cuisine de leur maison après une attaque vraisemblablement perpétrée pendant la nuit par des Israéliens d’une implantation voisine, à Sussiya, au sud de Hébron, en Cisjordanie, le 25 février 2025. (Crédit : Hazem Bader/AFP)

Au cours des trois dernières semaines, alors que l’attention était tournée vers la guerre contre la République islamique d’Iran, la situation semble s’être encore aggravée.

Le groupe de défense des droits Yesh Din a rapporté qu’il y avait eu 170 cas distincts de violences commises par des résidents d’implantations contre des Palestiniens en Cisjordanie au cours des 17 premiers jours suivant le début du conflit, le 28 février.

Selon l’organisation, ces violences ont eu lieu dans 85 communautés palestiniennes différentes et elles ont compris des fusillades, des agressions physiques, des dégradations et des menaces.

Selon B’Tselem, six Palestiniens de Cisjordanie auraient été tués par des résidents d’implantations armés depuis le début de la guerre. Quatre autres auraient été abattus par la police qui avait ouvert le feu sur une famille alors qu’elle rentrait en voiture d’une sortie en ville lors d’un raid d’arrestation.

Des Palestiniens de la région observant des véhicules incendiés à la suite d’une attaque menée par des résidents d’implantations extrémistes dans le village de Jalud, au sud de Naplouse en Cisjordanie, le 22 mars 2026. (Crédit : Jaafar Ashtiyeh/AFP)

« Les seuls qui peuvent nous sauver sont le gouvernement israélien, mais malheureusement, il y a des ministres comme [le chef du parti HaTzionout HaDatit Bezalel] Smotrich et [le chef d’Otzma Yehudit Itamar] Ben Gvir qui soutiennent [les agresseurs] et les encouragent », a déclaré Muhammad.

Les habitants des villages attaqués ont fait part de leur crainte généralisée que ces agressions effrontées ne se poursuivent.

Mahmoud Hajj Muhammad a déclaré au Times of Israel qu’il n’avait pas quitté son domicile à Jalud pour se rendre à son travail dans la ville voisine de Qabalan cette semaine, craignant d’être agressé par des résidents d’implantations.

Le maire de Jalud, Muhammad, s’est montré plus optimiste.

« Nous savons qu’il y a en Israël des gens qui veulent la paix et qui s’opposent à ces actions », a-t-il déclaré.

« Nous espérons qu’ils joueront un rôle pour faire pression sur les forces de sécurité israéliennes afin qu’elles mettent un terme aux attaques des colons contre les villages. »

D’autres ne sont pas convaincus. Hassan pense que la prochaine attaque contre Deir al-Hatab n’est qu’une question de temps. Les habitants dont les maisons sont situées à proximité des implantations voisines se réfugient dans d’autres zones, craignant d’être les premières victimes lorsque les résidents des implantations reviendront.

Parmi eux se trouvent les filles d’Amar, qui sont hébergées chez des proches au centre du village. Il a déclaré qu’elles avaient refusé de retourner dans la maison incendiée et que toute la famille était profondément effrayée.

« Qui va nous protéger ? », a-t-il demandé.

« Seul Dieu. »

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