L’allumage de Hanoukka visé à Sydney rappelle la mission de Habad destinée à illuminer le monde
Plus de 50 ans après le 1ᵉʳ allumage public d'une menorah à Philadelphie, cette tradition annuelle s'est répandue dans environ 15 000 localités à travers le monde - depuis l'Australie jusqu'à l'Ouzbékistan
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L’attaque terroriste perpétrée dimanche à l’encontre d’un événement organisé à l’occasion de Hanoukka, sur Bondi Beach, à Sydney, en Australie, et qui a fait au moins seize morts, a également mis un terme à l’un des 15 000 allumages publics de menorah programmés dimanche dans le monde entier pour lancer la fête des Lumières.
De la Nouvelle-Zélande à Hawaï, en passant par des milliers d’autres lieux, petits et grands, les émissaires du mouvement Habad Loubavitch ont fait de cette tradition annuelle un événement marquant, avec des allumages publics qui se produisent sur les places des villes, dans les parcs, voire sur des véhicules, souvent en présence des autorités locales. Il s’agit de l’une des activités les plus reconnaissables et les plus appréciées du mouvement Habad.
Généralement au programme du rassemblement annuel de Bondi Beach, à Sydney, où vit une importante communauté juive, on trouvait un zoo pour les enfants, des séances de maquillage et une multitude de beignets à la confiture distribués gratuitement. Selon un article diffusé sur le site officiel du mouvement, environ 2 500 douceurs de ce type avaient été dégustées en 2024. Cette année, la fête de Hanoukka, qui a eu lieu dimanche, a attiré environ un millier de participants à Sydney, a indiqué la police.
Conçues il y a plus d’un demi-siècle, les illuminations publiques de la menorah sont devenues l’événement juif le plus reconnaissable aux yeux du grand public. Elles sont organisées par ce mouvement hassidique dont la mission principale est d’encourager les Juifs à participer à la vie de leur communauté et à s’y impliquer.
Tout avait commencé en 1973, lorsque le rabbin Menachem M. Schneerson, chef spirituel du mouvement Habad, avait lancé une campagne pour encourager les Juifs à célébrer Hanoukka. Selon le site officiel du mouvement, son plan avait alors consisté à aider chaque foyer juif à allumer une hannoukia et à inviter voisins et amis à se joindre à eux. C’était également l’occasion d’enseigner l’histoire de la fête aux enfants et d’encourager les membres de la communauté à faire des dons caritatifs.
Si la fête reste relativement mineure dans le panthéon juif, Hanoukka est unique, car la tradition juive prescrit que la fête soit célébrée publiquement par l’allumage visible d’un chandelier à huit branches (une hannoukia, généralement appelée une menorah dans la diaspora juive), contrairement aux autres célébrations qui sont dépourvues d’un tel élément public.
« Il y a un avantage particulier dans la mitzvah des lumières de Hanoukka », avait expliqué le rabbin Schneerson lors d’un rassemblement organisé le 15 décembre 1973.
« Quand un Juif allume une menorah, une lumière, au sens littéral du terme, en émane et elle illumine la rue. »
Suite à cet appel, des centaines d’émissaires du mouvement Habad se mirent au travail, distribuant des milliers de menorot en étain et de bougies en cire. L’un d’entre eux a eu une idée supplémentaire : en 1974, le rabbin Abraham Shemtov, directeur du mouvement Habad de Philadelphie, a réuni quelques-uns de ses proches et a allumé une menorah en bois devant l’Independence Hall.
En quelques années, ce premier allumage modeste sur une place publique en avait inspiré des dizaines d’autres.
En 1979, le président américain de l’époque, Jimmy Carter, avait assisté à une cérémonie d’allumage au Lafayette Park, au nord de la Maison Blanche. Il s’était adressé à la foule et à la nation, quelques semaines après que les révolutionnaires iraniens avaient pris le contrôle de l’ambassade américaine à Téhéran et pris en otage des dizaines d’Américains.
« [Cette fête] commémore l’engagement de l’Humanité à être libre », avait dit Carter, des propos repris sur un site d’information du mouvement Habad.
« Ces engagements à vivre et à être libres sont plus que jamais présents dans l’esprit et le cœur de tous les Américains, parce que nous savons que 50 de nos semblables, nos concitoyens, ne sont pas libres actuellement et qu’ils veulent vivre. »
« Nous prions pour que ce désir de liberté et de préservation de la vie reste prévalent », avait-il ajouté.
Dans de nombreuses villes américaines, les menorot font désormais partie intégrante de la période des fêtes, tout comme les illuminations des sapins de Noël. Et, comme les sapins, elles ont également suscité les protestations de ceux qui s’opposent aux manifestations religieuses dans les espaces publics.
En 1989, dans l’affaire « County of Allegheny vs. American Civil Liberties Union », la Cour suprême des États-Unis a jugé que la ville de Pittsburgh pouvait installer une menorah offerte par Habad à côté de son sapin de Noël, reconnaissant ainsi le droit de ce symbole d’être présent dans l’espace public, comme le rappelle le rabbin Menachem Posner, rédacteur en chef de Chabad.org, dans un article publié sur eJewish Philanthropy à l’occasion du 40ᵉ anniversaire de la première menorah, en 2014.
En 1980, le rabbin Schneerson a commenté cette initiative d’éclairage public, soulignant le lien profond entre l’histoire de Hanoukka et les États-Unis.
« Bien que Hanoukka commence à la maison, cela ne s’arrête pas là », a-t-il écrit dans un message adressé à ceux qui ont participé à l’allumage national de la menorah à Washington, cérémonie que Shemtov continue d’organiser avec son fils, le rabbin Levi Shemtov.
« Les lumières de Hanoukka sont expressément destinées à illuminer ‘l’extérieur’, faisant symboliquement allusion au devoir d’apporter la lumière également à ceux qui, pour une raison ou une autre, marchent encore dans les ténèbres. »
« Ce qui vaut pour l’individu vaut également pour une nation, en particulier pour cette grande nation que sont les États-Unis, unie sous l’égide de Dieu et généreusement bénie par lui en richesses matérielles et spirituelles », a-t-il ajouté.
« Il est assurément du devoir et du privilège de cette nation de promouvoir toutes les forces de la lumière, tant au niveau national qu’international, et ce, de manière toujours plus importante. »
Des décennies plus tard, ces événements liés à Hanoukka sont devenus, pour beaucoup, à la fois des célébrations de la vie juive florissante et des manifestations de la résistance juive dans des endroits où le port de l’étoile de David peut attirer une attention indésirable.
Parmi les lieux notables où des menorot ont été allumées ou continuent d’être exposées, on peut citer la place de la Tour Eiffel à Paris, la place Rouge à Moscou, la porte de Brandebourg à Berlin et la tour Burj Khalifa aux Émirats arabes unis.
Après la fusillade terroriste de Sydney, une célébration de Hanoukka à Melbourne a été annulée pour des raisons de sécurité, mais d’autres célébrations à travers le monde, y compris celles organisées par des groupes non affiliés au mouvement Habad, se dérouleront comme prévu, selon les organisateurs.
« C’est dans des moments comme celui-ci que nous avons besoin de plus de lumière, plus d’énergie, plus de confiance », a déclaré un porte-parole de Habad.
« Les Juifs doivent rester forts et fiers. C’est l’appel à l’action que le rabbin Eli Schlanger, rabbin de la communauté Habad, a suivi tout au long de sa vie. »
Zev Stub a contribué à cet article.
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