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Le chef de l’armée iranienne menace de riposter aux « propos hostiles » de Trump et Netanyahu

Le plus haut magistrat iranien avertit qu’il n’y aura « aucune indulgence » face aux manifestations, alors que le président Pezeshkian appelle à la retenue des forces de sécurité

Photo du site officiel de l’armée iranienne montrant le chef de l’armée iranienne, le général Amir Hatami, s’adressant à des étudiants de l’académie militaire à Téhéran, en Iran, le 7 janvier 2026. (Crédit : Masoud Nazari Mehrabi/Armée iranienne/AP)
Photo du site officiel de l’armée iranienne montrant le chef de l’armée iranienne, le général Amir Hatami, s’adressant à des étudiants de l’académie militaire à Téhéran, en Iran, le 7 janvier 2026. (Crédit : Masoud Nazari Mehrabi/Armée iranienne/AP)

Téhéran, Iran – Le chef de l’armée iranienne a averti mercredi que l’Iran répondrait aux menaces venues de l’étranger, après le soutien qui a été apporté par les États-Unis et par Israël aux manifestations contre le régime.

« La République islamique d’Iran considère comme une menace l’escalade des discours hostiles à l’encontre de la nation iranienne et elle ne tolérera pas qu’ils se poursuivent sans réagir », a déclaré le général Amir Hatami, cité par l’agence de presse Fars.

Hatami, qui commande l’armée régulière iranienne, mais qui n’est pas le plus haut gradé du pays, a déclaré que « si l’ennemi commettait une erreur », la riposte de l’Iran serait plus ferme que lors de la guerre de douze jours contre Israël, au mois de juin dernier.

Le président américain Donald Trump a récemment menacé d’intervenir en Iran si des manifestants venaient à être tués. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a, pour sa part, exprimé son soutien au mouvement de protestation.

Le plus haut magistrat iranien a, quant à lui, adressé un avertissement aux manifestants mercredi, affirmant qu’il n’y aurait « aucune clémence pour ceux qui aident l’ennemi contre la République islamique ». Il a accusé Israël et les États-Unis de recourir à des méthodes hybrides pour déstabiliser le pays.

« À la suite des déclarations faites par Israël et par le président américain, rien ne justifie que des individus descendent dans la rue pour provoquer des émeutes et des troubles », a déclaré Gholamhossein Mohseni Ejei, chef du pouvoir judiciaire iranien, dont les propos ont été cité par les médias d’État.

Le président iranien Masoud Pezeshkian s’exprime lors d’une cérémonie commémorant l’anniversaire de la mort de l’ancien commandant de la Force Al-Qods du Corps des gardiens de la révolution islamique, le général Qassem Soleimani, à Téhéran, le 1er janvier 2026. (Crédit : Vahid Salemi/AP)

« À partir de maintenant, il n’y aura aucune indulgence envers quiconque aide l’ennemi à s’en prendre à la République islamique et à la tranquillité du peuple », a ajouté Ejei.

Tempérant ces propos sévères, le président iranien Masoud Pezeshkian a toutefois ordonné aux forces de sécurité de ne pas réprimer les manifestations.

Dans une vidéo diffusée par l’agence de presse Mehr à l’issue d’une réunion du cabinet, le vice-président Mohammad Jafar Ghaempanah a indiqué que Pezeshkian avait « ordonné qu’aucune mesure de sécurité ne soit prise à l’encontre des manifestants ».

« Ceux qui portent des armes à feu, des couteaux et des machettes et qui attaquent les commissariats de police et les sites militaires sont des émeutiers, et nous devons faire la distinction entre les manifestants et les émeutiers », a ajouté Ghaempanah.

Les manifestations actuelles, qui constituent la plus grande vague de contestation depuis trois ans, ont éclaté le mois dernier dans le Grand Bazar de Téhéran, lorsque des commerçants ont dénoncé l’effondrement de la monnaie iranienne. Les troubles se sont depuis étendus à l’ensemble du pays, sur fond de détresse croissante liée aux difficultés économiques, à une inflation galopante attribuée à une mauvaise gestion et aux sanctions occidentales, ainsi qu’aux restrictions des libertés politiques et sociales.

Dans plusieurs villes, des manifestants ont scandé des slogans hostiles au régime de la République islamique et à son guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei.

Les manifestations n’ont toutefois pas encore atteint l’ampleur du mouvement de 2022–2023 ni celle des vastes protestations de rue de 2009, qui avaient suivi une élection présidentielle contestée.

Selon l’organisation kurde-iranienne de défense des droits de l’Homme Hengaw, au moins 27 personnes ont été tuées et plus de 1 500 personnes ont été arrêtées en Iran au cours des dix premiers jours de manifestations, l’ouest du pays enregistrant le plus grand nombre de victimes.

Le réseau de militants des droits humains HRANA a fait état d’un bilan plus lourd encore, évoquant au moins 36 morts et au moins 2 076 arrestations.

Les médias internationaux n’ont pas été en mesure de vérifier de manière indépendante le nombre de victimes ni les détails des incidents rapportés par les médias iraniens et par les organisations de défense des droits humains.

Les autorités iraniennes n’ont pas communiqué de bilan concernant les morts parmi les manifestants. Elles ont toutefois indiqué qu’au moins deux membres des forces de sécurité avaient été tués et que plus d’une dizaine avaient été blessés.

Les provinces occidentales de l’Iran, économiquement marginalisées et placées sous une surveillance policière renforcée en raison de troubles antérieurs et de leur importance stratégique pour la défense nationale, ont récemment été le théâtre de manifestations et de répressions particulièrement violentes.

La couverture des manifestations par les médias locaux reste partielle, tandis que les médias d’État en ont minimisé l’ampleur. Les vidéos largement diffusées sur les réseaux sociaux sont, pour leur part, souvent impossibles à authentifier.

Des gaz lacrymogènes dans un hôpital de Téhéran

Des gaz lacrymogènes utilisés lors de manifestations à Téhéran ont atteint un hôpital voisin par dérive, sans que celui-ci n’ait été délibérément pris pour cible, ont rapporté mardi soir les médias iraniens.

Les forces de sécurité iraniennes ont fait large usage de gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants.

« Des gaz lacrymogènes ont été utilisés dans la ruelle adjacente à l’hôpital Sina », situé dans le centre de Téhéran, afin de disperser la foule, a rapporté l’agence de presse ISNA, citant un communiqué de l’université des sciences médicales de Téhéran.

L’hôpital Sina, affilié à l’université, se trouve à environ deux kilomètres du Grand Bazar de Téhéran, le centre économique du pays, où des affrontements ont opposé mardi manifestants et forces de l’ordre, ces dernières ayant eu recours aux gaz lacrymogènes pour disperser la foule.

« La réaction naturelle des manifestants est d’éloigner les gaz du lieu de rassemblement. En conséquence, une partie de cette substance s’est involontairement propagée vers l’hôpital », a précisé l’université.

Elle a ajouté que les affirmations selon lesquelles des gaz lacrymogènes avaient été délibérément tirés en direction de l’hôpital « ne correspondent pas à la réalité ».

La majorité des morts recensés dans six provinces occidentales

Des manifestations de grande ampleur ont également été signalées dans la province occidentale d’Ilam, où des troubles ont éclaté, selon l’organisation Hengaw.

Cette dernière a recensé la mort d’au moins 20 manifestants depuis fin décembre dans les provinces d’Ilam, du Lorestan, de Kermanshah, du Fars, de Chaharmahal-et-Bakhtiari, ainsi que de Hamadan.

« Lors des funérailles de deux manifestants à Malekshahi, mardi, de nombreux participants ont scandé des slogans virulents contre le régime », a rapporté l’agence de presse Fars, affiliée au Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI).

Après les funérailles, Fars a indiqué « qu’une centaine de personnes se sont rendues en ville et ont saccagé trois banques ». « Certaines ont commencé à tirer sur les forces de police qui tentaient de les disperser », selon la même source.

À Abdanan, une ville du sud-ouest de la province d’Ilam, une foule importante s’est rassemblée mardi soir en scandant des slogans hostiles au guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, comme le montre une vidéo diffusée sur une chaîne Telegram nommée Nistemanijoan, qui compte plus de 180 000 abonnés.

De son côté, l’agence de presse semi-officielle Tasnim a affirmé qu’environ 300 personnes s’étaient rassemblées pacifiquement à Abdanan pour formuler des revendications économiques. Selon Tasnim, certains participants ont ensuite entonné des slogans « anti-establishment », après quoi de nombreux manifestants ont quitté les lieux tandis que les forces de sécurité intervenaient contre les « émeutiers ».

Un autre média iranien, Mehr News, a rapporté que des manifestants avaient attaqué un magasin d’alimentation et vidé des sacs de riz, un produit fortement touché par l’inflation, qui rend les denrées de base de plus en plus inabordables pour de nombreux Iraniens.

Des images diffusées sur les réseaux sociaux par des médias iraniens montrent de jeunes hommes lançant des grains de riz en l’air sous les acclamations de la foule. Reuters n’a pas été en mesure de vérifier l’authenticité de ces vidéos.

Les manifestations à caractère économique ont attiré l’attention internationale, y compris celle des dirigeants de pays considérés comme des ennemis de la République islamique.

« Nous suivons la situation de très près. S’ils commencent à tuer des gens comme ils l’ont fait par le passé, je pense qu’ils subiront une réaction très sévère de la part des États-Unis », a déclaré Donald Trump aux journalistes dimanche.

Benjamin Netanyahu, pour sa part, a déclaré lors d’une réunion du cabinet : « Nous sommes solidaires de la lutte du peuple iranien et de ses aspirations à la liberté et à la justice. »

Lundi, le ministère iranien des Affaires étrangères a accusé Trump et Netanyahu d’inciter à la violence et de chercher à saper l’unité nationale de l’Iran.

Un commerçant sert des clients dans un magasin de la capitale iranienne, Téhéran, le 7 janvier 2026. (Crédit : ATTA KENARE/AFP)

Dans une tentative d’apaiser la colère populaire, le gouvernement iranien a commencé mercredi à verser une subvention mensuelle équivalente à environ 7 dollars afin de compenser la hausse des prix des produits de première nécessité, tels que le riz, la viande et les pâtes.

Les commerçants redoutent toutefois une flambée des prix de certains produits de base, notamment l’huile de cuisson, dont le coût pourrait tripler sous l’effet de l’effondrement du rial iranien et de la suppression du taux de change préférentiel subventionné entre le dollar et le rial, jusque-là accordé aux importateurs et aux fabricants, un scénario susceptible d’attiser davantage la colère populaire.

Cette nouvelle aide est plus du double de la subvention précédente, qui s’élevait à 4,5 millions de rials. Mais les médias iraniens font déjà état d’une forte hausse des prix de denrées essentielles, notamment l’huile de cuisson, la volaille et le fromage, accentuant la pression sur des ménages déjà lourdement affectés par les sanctions internationales et l’inflation.

Le vice-président iranien chargé des affaires exécutives, Mohammad Jafar Ghaempanah, a déclaré mercredi aux journalistes que le pays se trouvait en « pleine guerre économique ». Il a appelé à une « chirurgie économique » visant à éliminer les politiques rentières et la corruption.

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