Rechercher
Interview

Le concepteur du mémorial du 11-Septembre dit qu’il est trop tôt pour un monument du 7-Octobre

Michael Arad invite Israël à prendre le temps et le recul nécessaires avant de commémorer les victimes du pire pogrom depuis la Shoah

Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

Michael Arad, le concepteur israélo-américain du mémorial du 11 septembre à New York. (Crédit : Rachel Neville)
Michael Arad, le concepteur israélo-américain du mémorial du 11 septembre à New York. (Crédit : Rachel Neville)

Quelques mois après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 dans le sud d’Israël, le kibboutz Beeri – l’une des communautés les plus durement frappées – a sollicité Michael Arad, concepteur du mémorial du 11-Septembre à New York, afin de recueillir ses conseils sur la manière de commémorer ses 102 habitants assassinés.

Plus de 1 200 personnes, pour la plupart des civils, ont été massacrées lors des attaques, et 251 autres enlevées puis emmenées dans la bande de Gaza. Onze sont encore détenues, dont la dépouille d’Hadar Goldin, un soldat de Tsahal tué en 2014.

Arad, qui a la double nationalité israélienne et américaine, a visité le kibboutz situé à la frontière avec Gaza, ainsi que le site du festival de musique Supernova près du kibboutz Reim, où 364 festivaliers ont été massacrés et plus de 40 autres kidnappés.

Il s’est également rendu dans la ville de Sderot, où des terroristes ont assassiné au moins 50 civils, ainsi que 20 policiers lors de violents affrontements au poste de police de la ville. Il a visité les lieux en compagnie de responsables locaux et a participé à une réunion avec d’autres architectes et designers pour conseiller la conception d’un mémorial depuis achevé.

Arad fait partie d’un petit groupe de professionnels qui ont conçu des mémoriaux pour honorer les victimes d’attentats terroristes. Son œuvre rend hommage aux 2 977 personnes tuées lors des attaques du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center (WTC) et le Pentagone, ainsi qu’aux six victimes de l’attentat à la bombe du WTC du 26 février 1993.

Le mémorial du 11 septembre, New York. (Crédit : PWP Landscape Architecture Inc.)

Deux ans après le 11-Septembre, un concours a été lancé pour concevoir un mémorial national permanent sur le site du WTC.

Arad et l’architecte paysagiste Peter Walker l’ont remporté face à 5 200 projets venus de 63 pays, avec leur proposition intitulée Reflecting Absence (Réflexion sur l’absence).

Édifié sur un terrain d’environ trois hectares, le mémorial comprend deux vastes bassins réfléchissants marquant l’emplacement exact des tours jumelles. Les plus grandes chutes d’eau artificielles d’Amérique du Nord y tombent en cascade, créant un flot continu.

Les bassins sont entourés d’une esplanade plantée de plus de 400 chênes blancs des marais et bordés de parapets en bronze gravés des noms des victimes des attentats de 1993 et de 2001.

Couleurs automnales au mémorial du 11 septembre, New York, 6 novembre 2015. (Crédit : Jin Lee/911 Memorial)

Fils de l’ancien ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Moshe Arad (sans lien avec le designer israélo-britannique Ron Arad), Michael Arad a confié au Times of Israel le mois dernier que son projet reposait sur deux principes essentiels : « Créer un espace civique, démocratique et ouvert à tous, où nous pourrions nous rassembler et pleurer les victimes, et rendre la perte et l’absence tangibles – pour que les visiteurs puissent voir les noms des victimes et les empreintes des tours se refléter dans l’eau ».

En Israël, le cabinet du Premier ministre et l’autorité Tekuma, chargée de la reconstruction des communautés proches de Gaza, s’efforcent de faire adopter une loi visant à créer une société nationale de commémoration et un site national dédié au souvenir du 7-Octobre.

Par ailleurs, le ministère du Patrimoine met en place un parcours commémoratif dans la région frontalière de Gaza. Il comprendra 15 sites retraçant les événements du 7-Octobre, accessibles séparément ou dans le cadre d’un circuit d’une journée ou plus.

Le mémorial du 11-Septembre a nécessité huit années de travail et a été inauguré en septembre 2011, à l’occasion du dixième anniversaire des attentats.

Michael Arad s’est entretenu avec The Times of Israel au sujet de la conception du mémorial new-yorkais et de ses réflexions sur la future commémoration du 7-Octobre en Israël.

Le Times of Israel : Comment s’est passée votre réunion au kibboutz Beeri ?

Michael Arad : Ils souhaitaient que le mémorial soit achevé avant le premier anniversaire [du 7 octobre], mais je les en ai dissuadés. À mon sens, un tel projet nécessite du temps et du recul, afin de comprendre pleinement ce que l’on cherche à exprimer – surtout lorsqu’il s’agit d’une œuvre destinée à durer. D’autant qu’il reste encore des personnes que nous aimons retenues en otage [à Gaza]. Les discussions autour d’un mémorial devraient avoir lieu après les faits, et non pendant. Et aujourd’hui, nous sommes encore en plein cœur de l’événement.

Pourquoi la conception de votre mémorial a-t-elle duré huit ans ?

C’est un site extrêmement complexe, partagé avec de nombreux acteurs. Il a fallu reconstruire toute l’infrastructure. Le sol qui soutient le mémorial du 11-Septembre constitue également le plafond de la station du train de banlieue PATH.

Le mémorial du 11 septembre, New York. (Crédit : PWP Landscape Architecture Inc.)

Quelles similitudes et différences voyez-vous entre la commémoration du 11-Septembre aux États-Unis et celle du 7-Octobre en Israël ?

L’une de mes premières questions serait : où placeriez-vous un mémorial national en Israël ? Lorsque j’ai visité Beeri, Sderot et le site du festival Nova, chacun comportait déjà un élément de commémoration, mais avec des approches, des messages et des lectures très différents des événements de cette journée.

Commémorerait-on le poste de police de Sderot de la même manière que le site du festival Nova ?

Le mémorial de l’ancien commissariat de police de Sderot après sa destruction lors de l’attaque terroriste du Hamas le 7 octobre 2023, le 24 octobre 2024. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Flash90)

Je ne suis pas certain qu’un seul mémorial, érigé arbitrairement à un endroit donné, puisse refléter pleinement l’ampleur et la complexité des répercussions du 7-Octobre.

Il existe d’ailleurs plusieurs mémoriaux du 11-Septembre à New York et dans la région des Three States. Juste en face du mémorial national, un autre monument rend hommage aux pompiers disparus.

Des proches et amis de victimes se recueillent sur les lieux du massacre du festival de musique Nova, le jour de Yom Hazikaron, dans la forêt de Reim, près de la frontière entre Israël et Gaza, le 30 avril 2025. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

Dans les kibboutzim les plus touchés, les divergences sont fortes. Certaines personnes ont dit qu’elles ne reviendraient que si les bâtiments incendiés par les terroristes du Hamas étaient conservés, d’autres seulement s’ils étaient rasés. Comment avez-vous géré ces divergences d’opinion ?

À New York aussi, les avis étaient partagés. Certains voulaient conserver le site dans l’état où il se trouvait après le déblaiement des dépouilles et des débris. D’autres voulaient un WTC reconstruit tel qu’il était le 10 septembre. La World Trade Center Memorial Foundation a offert une véritable tribune à toutes les parties prenantes, y compris aux familles des victimes, une étape essentielle du processus. Certaines ont soutenu le projet, d’autres ont choisi de manifester leur désaccord en dehors du cadre officiel. Parvenir à un consensus a pris du temps, et il était inévitable que certains en ressortent déçus.

Le processus à New York a-t-il été moins politique qu’il ne le serait en Israël, compte tenu des sensibilités et des messages que différents secteurs de la société auraient voulu voir représentés ?

Il y a deux semaines, le président américain Donald Trump a proposé que le gouvernement fédéral prenne en charge la gestion du mémorial du 11-Septembre – preuve que rien n’est jamais totalement à l’abri de la politique !

En 2014, un musée commémoratif supplémentaire a été inauguré sur le même site.

Il était alors clair qu’il fallait aussi un espace au récit plus didactique, directement consacré aux événements du 11-Septembre et à leurs lendemains. Le mémorial porte un message universel et symbolique ; le musée, lui, raconte les faits concrets à travers des objets et des témoignages.

Le mémorial et le musée du 11 septembre. (Crédit : Paul Sableman, CC BY 2.0, Wikimedia Commons)

Quelles recommandations feriez-vous à Israël pour la création d’un ou de plusieurs mémoriaux nationaux ?

Il faut faire preuve d’une grande intégrité, de clarté et de transparence dans le choix des architectes et dans la conduite du processus de conception.

Avant même de lancer le projet, il est essentiel de parvenir à un large consensus sur le message à transmettre et sur la mémoire que l’on souhaite construire.

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.