Le film sur l’otage Alon Shamriz, tué par erreur par Tsahal, nominé aux Oscars étudiants
Le film d'Omri Koren "Alon, My Brother the Hero" est demi-finaliste du prix du film étudiant décerné par l'Académie des arts et des sciences du cinéma
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Lorsque le cinéaste étudiant Omri Koren a rencontré des familles évacuées du kibboutz Kfar Aza dans les semaines qui ont suivi le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, il recueillait des informations sur les personnes portées disparues.
Il a rencontré la famille Shamriz, dont le fils et frère de 26 ans, Alon, avait été pris en otage dans la communauté frontalière de Gaza. Il a alors commencé à documenter leur parcours pour obtenir sa libération. Deux mois plus tard, Alon a réussi à s’échapper avec ses compagnons d’infortune, Yotam Haïm et Samer Talalka. Mais les trois hommes ont ensuite été abattus par des soldats israéliens qui les avaient pris pour des terroristes.
Aujourd’hui, le film de 36 minutes de Koren, « Alon, My Brother the Hero », fait partie des quinze demi-finalistes des Oscars étudiants décernés par l’Académie des arts et des sciences du cinéma. La cérémonie de remise des prix est prévue en octobre à New York.
« Cela semble plus précieux en cette période », a déclaré Koren, faisant référence aux films israéliens qui sont rejetés des festivals et des cérémonies de remise de prix en raison du sentiment anti-Israël croissant dans le monde.
« Cela m’a réchauffé le cœur que des gens en dehors d’Israël aient vu le film et qu’il ait eu un impact, qu’ils aient ressenti quelque chose. »
Comme de nombreux cinéastes israéliens, Koren s’est porté volontaire dans les semaines qui ont suivi le l’assaut barbare et sanglant du Hamas du 7 octobre, passant au crible des photos et des vidéos afin d’identifier et de dresser une liste définitive des otages connus.
Étudiant à l’École de cinéma Sam Spiegel de Jérusalem, Koren a rencontré la famille Shamriz pour la première fois lors d’un match de football improvisé, le vendredi, dans le kibboutz Shefayim, dans le centre d’Israël, où les habitants de Kfar Aza avaient été évacués quelques semaines plus tôt, le 7 octobre.
« J’étais sous le choc. Cette communauté, dont certains membres avaient disparu ou étaient morts, me disait en quasi-unanimité : ‘Si nous ne jouons pas ce match vendredi, c’est déjà perdu’ », a raconté Koren.
« Cela m’a tellement impressionné que j’ai voulu immortaliser ce match. »
Il ne connaissait aucune de ces familles, mais il a rencontré Dikla Shamriz, qui lui a dit qu’elle avait deux fils sur le terrain, Yonatan et Ido, et un troisième fils pris en otage, Alon, ainsi qu’une fille plus jeune.
« Je lui ai demandé : ‘Alors, qu’est-ce que vous faites ici ?’ », a raconté Koren, vraisemblablement perplexe que la mère d’un otage soit capable de fonctionner normalement.
« Si je ne suis pas là, alors j’ai perdu », lui avait répondu Dikla.
Koren a alors décidé d’accompagner Dikla dans ses efforts quotidiens pour obtenir plus d’informations sur Alon, qui avait été pris en otage dans le quartier des jeunes de la communauté, en même temps que dix-huit autres jeunes de Kfar Aza.
Au début, il y avait beaucoup de photographes et de journalistes autour de la famille, et les Shamriz ne faisaient pas de différence entre Koren et les autres.
Mais il a progressivement commencé à travailler plus étroitement avec la famille, documentant leurs missions, leurs apparitions et leurs déplacements, dans l’idée de montrer un jour à Alon ce qu’ils avaient fait pour le ramener à la maison, une fois qu’il serait relâché.
Le voyage a commencé en Israël, mais ils se sont rapidement retrouvés à l’étranger, car les Shamriz avaient internationalisé la campagne pour la libération d’Alon.
« Yonatan m’a dit qu’ils partaient pour Paris, et je me suis retrouvé à acheter un billet à la dernière minute », a expliqué Koren.
Le film montre des extraits de ces voyages. On y voit notamment Yonatan entrer au Parlement français, s’entretenir avec des responsables de l’ONU et manger un morceau dans un taxi.
« Nous pensions que cela prendrait un mois [jusqu’à la libération de tous les otages], puis trois mois, mais certainement pas près de deux ans, ni que cela se terminerait ainsi pour lui », a déclaré Koren.
Au départ, c’était un projet passionnant. Mais il s’est transformé en projet de fin d’études à mesure que l’histoire évoluait et que les circonstances tragiques de la mort d’Alon se précisaient, a-t-il ajouté.
Le film ne se limite pas à la mort d’Alon, mais suit également la famille alors qu’elle fait face aux conséquences de cet événement, notamment aux funérailles et à l’enterrement douloureux et triste de leur frère et fils au kibboutz Shefayim.
« Il était très clair que je ne quitterais pas la famille, et ils étaient d’accord pour que je continue à filmer », a déclaré Koren.
En seulement 36 minutes, Koren montre l’évolution de la famille après la mort d’Alon, avec le frère aîné Yonatan s’exprimant devant des milliers de personnes lors d’une manifestation anti-gouvernement à Tel Aviv, sur la Place Habima, puis lors de la cérémonie de circoncision de son fils nouveau-né, l’hiver suivant la mort d’Alon.
« En tant que personne qui les accompagne dans ce parcours, j’ai ressenti la pression, le stress et la peur. Mais je ne connaissais pas Alon », a expliqué Koren, âgé de 29 ans, soit à peu près le même âge qu’Alon et ses frères.
« Je l’ai pleuré, et je le pleure encore. Mais c’était quelqu’un que je ne connaissais pas. J’ai appris à le connaître à travers ses proches, mais ce que j’ai vécu n’est rien comparé à leur chagrin. »
« Alon, My Brother the Hero » a été créé et produit par l’École de cinéma Sam Spiegel, avec le soutien du Nouveau Fonds pour le cinéma et la télévision israéliens. Il a été achevé quelques jours avant sa diffusion sur la chaîne israélienne Yes Documentary, à l’occasion du premier anniversaire des massacres du 7 octobre.
La première projection a eu lieu dans un pub temporaire du kibboutz de Kfar Aza, à Shefayim, après que la famille Shamriz a visionné le film à plusieurs reprises et a fait part de ses impressions.
Koren a déclaré qu’il ignorait que l’École de cinéma Sam Spiegel avait envoyé son court métrage aux Oscars étudiants.
Recevoir le titre de demi-finaliste des Oscars étudiants a été émouvant et excitant.
« Le monde ne nous aime pas en ce moment, et à mon grand désespoir, je comprends parfois pourquoi », a déclaré Koren, faisant manifestement référence à la guerre menée par Israël contre le Hamas à Gaza.
Le jeune cinéaste travaille actuellement sur son prochain film, un autre court métrage, une tragicomédie qui traite également du deuil.
« Je pense que c’est assez représentatif de ma vie en ce moment, utiliser l’humour pour faire face aux choses sombres », a-t-il déclaré.
« C’est ce que m’ont appris les Shamriz. Ce sont des gens qui ont un grand sens de l’humour et qui essaient de rire à la fin de la journée. On ne peut pas toujours le faire, et on ne veut pas toujours le faire, mais c’est ma nouvelle approche. »
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