Le frère du chef du Shin Bet suspect dans une affaire de contrebande à Gaza
Un tribunal autorise la divulgation du nom de Bezalel Zini, soupçonné d’avoir aidé à faire entrer des cigarettes à Gaza ; sa famille dénonce un complot contre David Zini
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Le frère du chef de l’agence de renseignements intérieurs du Shin Bet David Zini a été désigné mardi comme l’un des suspects qui auraient participé à un trafic de marchandises vers la bande de Gaza dans le cadre d’un réseau de contrebande à grande échelle.
Le tribunal d’instance d’Ashkelon a autorisé la divulgation du nom de Bezalel Zini et de certains autres détails de l’affaire, jusque-là couverts par un embargo. Le juge Yaniv Ben Harush a déclaré que ces informations étaient nécessaires afin de « mettre fin aux rumeurs entourant l’affaire ».
Zini, réserviste, fait partie d’une quinzaine de personnes arrêtées pour avoir utilisé leur position dans l’armée afin de faire passer en contrebande des articles interdits, pour une valeur totale de plusieurs centaines de milliers de shekels, d’Israël vers l’enclave.
Plus tôt mardi, la police israélienne a déclaré avoir achevé son enquête et une déclaration du procureur a été déposée contre Zini, qui aurait aidé à faire passer des cigarettes en contrebande dans l’enclave, selon la presse israélienne.
Avec 15 autres suspects, Zini devrait être inculpé dans les prochains jours. Il est accusé d’avoir aidé l’ennemi en temps de guerre, un chef d’inculpation grave retenu peu après le dépôt de la déclaration du procureur.
Israël avait interdit l’acheminement de cigarettes et d’autres produits du tabac vers Gaza pendant la guerre afin d’empêcher leur revente sur le marché noir, ces produits étant, selon les autorités, lourdement taxés par le groupe terroriste palestinien du Hamas, contribuant ainsi au financement de l’organisation.
Les procureurs devraient faire valoir que les suspects dans cette affaire savaient parfaitement que les produits introduits clandestinement dans la bande de Gaza profiteraient au Hamas, ce qui justifierait, selon eux, des peines lourdes.
Ben Harush a souligné lors de l’audience de mardi « qu’il est important que la population sache qu’il ne s’agissait ni de chars ni de drones. Sinon, les gens risquent de croire les rumeurs qui circulent sur Internet ».
Les avocats représentant les prévenus se sont opposés à la divulgation des noms, estimant que cela pourrait mettre en danger les suspects et leurs familles.
Shmuel Zini, un autre frère de David et Bezalel, également présent à l’audience, a affirmé que, selon la famille, l’affaire s’inscrivait dans un complot visant à faire tomber le chef du Shin Bet.
« Le chemin est long, mais la vérité finira par triompher », a-t-il déclaré aux médias. « Le peuple israélien comprend la situation. »
Le père de Zini, le rabbin Yosef Zini, a également déclaré au site Ynet que « tout cela est inventé » et vise à ruiner David Zini, premier chef du Shin Bet issu du milieu « Hardal » (nationaliste haredi).
Bezalel Zini servirait dans une unité de réserve chargée de démolir des bâtiments dans la bande de Gaza dans le cadre d’opérations militaires, un rôle qui lui donnait accès aux camions transportant des marchandises vers l’enclave.
Le tribunal d’instance d’Ashkelon a prolongé sa détention d’un jour lundi. La semaine dernière, il avait publié un communiqué l’identifiant uniquement comme un parent du chef du Shin Bet, tout en insistant sur le fait que ce dernier n’avait aucun lien avec l’affaire.
En raison de ces liens familiaux avec l’agence, l’enquête est néanmoins menée par la police israélienne plutôt que par le Shin Bet, a précisé le tribunal.
Alors que Zini et deux autres personnes sont poursuivis devant le tribunal d’instance d’Ashkelon, les 13 autres seront jugés par le tribunal de district de Beer Sheva dans les prochains jours.
Les médias avaient demandé au tribunal de lever l’embargo entourant l’affaire.
Les soupçons ont émergé il y a six semaines lorsque des soldats postés sur la « ligne jaune » séparant les zones contrôlées par Israël et celles contrôlées par le Hamas à Gaza ont repéré un camion suspect dans la région, a rapporté la chaîne N12.
Une inspection du véhicule a révélé qu’il transportait notamment des drones lourds, des dizaines de téléphones, des batteries, des pesticides et des câbles électriques. Ces articles ne figurent pas parmi les marchandises qu’Israël autorise à entrer dans Gaza, car ils sont considérés comme pouvant avoir un « double usage », c’est-à-dire susceptibles d’être employés à des fins militaires par des groupes terroristes pour mener des attaques.
Selon les informations disponibles, les drones pouvaient transporter jusqu’à 70 kg.
Les soldats ont signalé l’incident, après quoi la police et le Shin Bet ont ouvert une enquête qui a permis d’identifier 25 suspects.
Zini a été arrêté il y a deux semaines, selon le reportage. Lors de son interrogatoire, il aurait affirmé ne rien savoir de la contrebande et s’être contenté de contrôler les camions entrant à Gaza.
Une source impliquée dans l’enquête aurait toutefois indiqué à N12 que d’autres suspects avaient déclaré aux enquêteurs que Zini savait ce qui se passait et avait autorisé la contrebande en échange d’argent. La source a ajouté que son rôle était « mineur » par rapport à celui des autres suspects.
Selon N12, la contrebande de marchandises vers Gaza par des Israéliens se serait amplifiée ces derniers mois. La chaîne a diffusé des images montrant un Israélien cachant des cartons de cigarettes dans des décombres afin que des Palestiniens vivant près de la frontière puissent les récupérer.
Une grande partie des marchandises de contrebande proviendrait de camions d’aide humanitaire, selon le reportage, qui montre également des compartiments dissimulés contenant des cigarettes, des iPhones et même des vélos électriques. Des marchandises qui finissent par alimenter les caisses du Hamas à Gaza, selon N12.
Alors que Zini ne serait impliqué que dans la contrebande de cigarettes, les autres suspects seraient liés à des marchandises susceptibles de leur valoir des peines plus lourdes.
Les Gazaouis impliqués dans la contrebande transfèrent l’argent à des associés en Cisjordanie, lesquels l’acheminent ensuite vers l’étranger, avant qu’il ne soit finalement renvoyé en Israël via des réseaux de transfert d’argent. L’un des contrebandiers israéliens a été arrêté en possession de 700 000 shekels en espèces.
Selon les responsables de la sécurité israéliens, aucune tentative de contrebande d’armes vers Gaza via des camions d’aide humanitaire n’a été signalée.
Emanuel Fabian a contribué à cet article.
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