Le groupe Kneecap sous surveillance au dernier jour de Rock en Seine
En faisant de chaque concert une tribune pour Gaza, ces artistes gaéliques, qui oscillent entre punk et rap, ont braqué sur eux la lumière des projecteurs et des autorités
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Le trio nord-irlandais Kneecap, dont l’un des membres est poursuivi par la justice britannique pour soutien au groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, doit se produire dimanche un concert sous haute surveillance au festival Rock en Seine, qui revendique sa liberté de programmation.
Ce concert d’une heure environ doit démarrer vers 18 h 30, mais les organisateurs de l’événement français n’avaient pas imaginé, en invitant ce groupe de Belfast il y a plusieurs mois, que sa présence créerait la controverse.
En effet, en faisant de chaque spectacle une tribune pour Gaza, les artistes gaéliques, qui oscillent entre punk et rap, ont braqué sur eux les projecteurs et l’attention des autorités.
La guerre à Gaza a éclaté lorsque quelque 6 000 Gazaouis dont 3 800 terroristes dirigés par le Hamas ont pris d’assaut le sud d’Israël le 7 octobre 2023, tuant plus de 1 200 personnes et prenant 251 otages, dont 50 – dont 20 seraient encore en vie – sont toujours détenus dans la bande de Gaza.
Plus de 62 000 personnes seraient mortes à Gaza depuis le début de la guerre, selon le ministère de la Santé du Hamas. Les chiffres publiés par le groupe terroriste sont invérifiables, et ne font pas de distinction entre civils et terroristes. Israël affirme avoir tué 22 000 terroristes au combat depuis janvier, et 1 600 autres terroristes à l’intérieur du pays le 7 octobre 2023.
Liam O’Hanna, alias Mo Chara, l’un des trois membres du groupe Kneecap, est ainsi poursuivi pour « infraction terroriste » après s’être couvert d’un drapeau du Hezbollah lors d’un concert à Londres en 2024. Ce groupe terroriste libanais pro-Iran, ennemi juré d’Israël, est inscrit sur la liste noire du terrorisme au Royaume-Uni.
Soutenu par des centaines de partisans, Mo Chara a comparu mercredi à Londres, puis a été remis en liberté, la décision étant ajournée au 26 septembre.
Ces péripéties judiciaires n’ont pas empêcher Kneecap de poursuivre sa tournée à guichets fermés, comme à Glastonbury fin juin, où il avait accusé Israël d’être un État « criminel de guerre ».
Il a toutefois été privé du festival Sziget de Budapest, après une interdiction d’entrée sur le territoire rendue par le gouvernement hongrois, un proche allié d’Israël.
Subventions supprimées
« On a l’assurance que le groupe va se tenir tout à fait correctement », a assuré à l’AFP Matthieu Ducos, directeur de Rock en Seine, quelques jours avant l’ouverture du festival situé à Saint-Cloud, près de Paris.
« C’est un groupe qui reste relativement confidentiel en France, mais qui a gagné beaucoup en notoriété ces derniers temps, pour de très bonnes raisons artistiques, mais aussi à cause de toute cette polémique qui lui a valu une énorme visibilité et de nombreux fans », avait-il ajouté.
Dans ce contexte, la ville de Saint-Cloud a retiré sa subvention de 40 000 euros à Rock en Seine, une première.
La région Île-de-France a également annulé ses aides pour l’édition 2025. La subvention s’élevait à 295 000 euros en 2024, auxquels s’ajoutent 150 000 euros d’aides indirectes sous forme d’achat de billets.
Ce désengagement ne remet toutefois pas en cause la viabilité du festival, dont le budget est compris entre 16 et 17 millions d’euros cette année.
Sans incident en France
En France, le groupe Kneecap (qui signifie « rotule » en anglais, en référence à la pratique des milices paramilitaires qui tiraient dans les genoux de leurs victimes pendant le conflit nord-irlandais) s’est déjà produit à deux reprises cet été.
Leurs concerts aux Eurockéennes de Belfort début juillet et au Cabaret Vert de Charleville-Mézières mi-août se sont déroulés sans incident.
Des voix s’élèvent toutefois pour demander leur déprogrammation à Saint-Cloud.
« Ils profanent la mémoire des 50 Français victimes du Hamas le 7 octobre, ainsi que celle de toutes les victimes françaises du Hezbollah », a écrit jeudi sur le réseau social X Yonathan Arfi, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF).
Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, a pour sa part affirmé que la vigilance serait de mise envers « tout propos à caractère antisémite, d’apologie du terrorisme ou appelant à la haine ».
Rock en Seine est détenu par le géant américain des tournées AEG et par le groupe Combat, appartenant à l’homme d’affaires français Matthieu Pigasse, qui voit dans la présence de Kneecap un enjeu de « liberté de création et d’expression ».
« Il ne faut pas accepter le principe de censure, parce que sinon, c’est une vague qui va déferler sur les festivals et les médias », a-t-il déclaré au média musical Billboard France.
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