Le Hezbollah met en garde Beyrouth contre toute négociation « avec l’ennemi sioniste »
Dans une lettre ouverte adressée aux hauts responsables libanais, le groupe terroriste dit avoir "le droit de résister à l'occupation" et s'oppose aux efforts du gouvernement visant à le désarmer
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Le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah s’est insurgé jeudi contre la perspective de négociations politiques entre le Liban et Israël, affirmant qu’il avait « le droit légitime de résister à l’occupation [israélienne] ».
Une source proche de la direction politique du Hezbollah a déclaré à l’AFP que cette déclaration faisait suite aux récentes pressions exercées par les États-Unis et l’Égypte sur les dirigeants libanais pour qu’ils entament des négociations directes.
Dans une lettre ouverte adressée au gouvernement libanais, le groupe terroriste a exhorté Beyrouth à se concentrer sur le respect du cessez-le-feu par Israël, plutôt que de « se laisser entraîner dans des négociations politiques avec l’ennemi sioniste ».
Ce texte a été publié quelques heures avant que le gouvernement libanais ne discute de l’avancement de sa campagne de désarmement du Hezbollah, gravement affaibli lors de la guerre avec Israël l’an dernier.
Cet avertissement a été émis alors que l’armée israélienne venait de mener, jeudi, une nouvelle frappe aérienne contre le groupe terroriste, indiquant qu’elle visait des violations du cessez-le-feu.
L’armée israélienne a confirmé avoir mené une frappe aérienne dans la région de Tyr, dans le sud du Liban, peu après midi, affirmant avoir pris pour cible des membres de l’unité de « construction » du groupe terroriste chiite libanais Hezbollah.
مشاهد للغارات الإسرائيلية على العباسية ووادي يقع بين طورا وطيردبا pic.twitter.com/tFDyueC3FG
— هنا لبنان (@thisislebnews) November 6, 2025
Les terroristes de cette unité ont été pris pour cible alors qu’ils étaient rassemblés sur un site du Hezbollah qui, selon l’armée, servait à « produire du matériel utilisé par les terroristes pour restaurer les infrastructures terroristes » détruites lors des combats de l’an dernier.
Dans sa lettre adressée aux trois plus hauts responsables du pays – le Premier ministre, le président et le président du Parlement -, le Hezbollah a rejeté toute « négociation politique » entre le Liban et Israël, proposée par des émissaires, et affirmé son « droit légitime » à se défendre face à l’intensification des attaques israéliennes.
Il a déclaré que « la décision précipitée du gouvernement concernant le monopole des armes » avait permis à Israël d’exploiter la situation et de faire du désarmement une condition pour mettre fin à ses « violations » du cessez-le-feu.
Il a ajouté que la question des armes « devrait être discutée dans un cadre national et non en réponse à une demande étrangère ou au chantage israélien ».
Le Hezbollah affirme être opposé à « toute négociation politique avec Israël », qu’il accuse de vouloir « entraîner le Liban vers un accord politique » qui « ne sert pas l’intérêt national ».
« Nous réaffirmons notre droit légitime… à nous défendre contre un ennemi qui impose la guerre à notre pays et ne cesse pas ses attaques. »
Il a également assuré qu’il restait attaché au cessez-le-feu conclu en novembre 2024, après des mois d’hostilités ayant dégénéré en guerre totale.
Israël affirme que le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah tente de manière constante et croissante de reconstruire ses capacités dans le sud afin de menacer l’État juif, raison pour laquelle il intensifie ses frappes contre des cibles terroristes.
Samedi, l’émissaire américain Tom Barrack a pressé le Liban d’engager des négociations directes avec son voisin du sud. Les deux pays sont toujours en état de guerre.
Barrack a estimé que « le dialogue avec Israël » pourrait être la clé pour apaiser les tensions.
Désarmement
Dimanche, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a accusé le Hezbollah de tenter de se « réarmer » et son ministre de la Défense, Israel Katz, a accusé le président libanais de « traîner des pieds » en ce qui concerne le désarmement du groupe terroriste.
« L’engagement du gouvernement libanais à désarmer le Hezbollah et à le chasser du sud du Liban doit être mis en œuvre. Les mesures coercitives maximales se poursuivront et s’intensifieront même – nous ne tolérerons aucune menace envers les habitants du nord », a déclaré Katz.
Le président libanais, Joseph Aoun, qui s’est dit prêt à négocier avec Israël, a accusé le gouvernement israélien de répondre à son offre en intensifiant les attaques.
Jeudi, une source officielle a confirmé à l’AFP qu’Israël « n’avait pas répondu, ni par la positive ni par la négative, à la proposition de négociation » du chef de l’État.
Jusqu’à présent, le seul contact entre les deux pays se fait via le « Mécanisme » le comité de veille de la trêve créé dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu, présidé par les États-Unis et comprenant la France, Israël, le Liban et la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL).
Ce comité se réunit régulièrement au quartier général des forces onusiennes, dans le sud du Liban, mais les représentants libanais et israéliens ne se parlent pas directement.
La guerre a éclaté le 8 octobre 2023, lorsque le Hezbollah a ouvertement attaqué Israël à l’aide de roquettes, de missiles et de drones, en soutien au Hamas qui avait envahi Israël depuis Gaza la veille. Elle s’est poursuivie à un rythme modéré pendant la majeure partie de l’année, puis s’est intensifiée à l’automne 2024, avec deux mois de combats ouverts, dont une opération terrestre de l’armée israélienne, jusqu’au cessez-le-feu conclu fin novembre 2024. Le Hezbollah en est ressorti gravement affaibli.
Depuis, l’armée libanaise a élaboré un plan pour désarmer le groupe terroriste et a utilisé tant de munitions pour faire exploser les stocks du Hezbollah qu’elle serait à court d’explosifs. Le Hezbollah, soutenu par la République islamique d’Iran, a juré de ne pas déposer les armes.
En vertu du cessez-le-feu, Israël s’est retiré de tous les postes situés le long de la frontière, à l’exception de cinq jugés « stratégiques » et frappe régulièrement ce qu’il qualifie de tentatives de réarmement du groupe terroriste chiite libanais.
Cependant, malgré ces efforts, Israël estime que le Hezbollah a réussi à accumuler de nouvelles armes, ce qui augmente le risque d’une reprise du conflit. Parallèlement, le Liban affirme qu’Israël a rejeté sa proposition d’entamer des négociations le mois dernier concernant le retrait de Tsahal.
Cette « lettre ouverte », procédé inédit pour le Hezbollah, intervient alors que le gouvernement libanais doit faire le point, jeudi après-midi, sur la progression du plan des forces armées libanaises pour désarmer le groupe terroriste chiite libanais.
Conformément à ce plan, les forces armées libanaises doivent d’abord achever le désarmement du Hezbollah dans la partie sud du pays, proche de la frontière avec Israël, avant la fin de l’année, avant de procéder par étapes sur le reste du territoire.
Le communiqué dénonce à nouveau « la décision hâtive du gouvernement » de le désarmer et affirme qu’Israël a « exploité » cette décision « pour imposer » le désarmement du Hezbollah sur l’ensemble du territoire libanais « comme condition pour arrêter les hostilités […], ce qui est inacceptable ».
L’AFP a contribué à cet article.
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