Un texte limitant la Loi du retour rejeté malgré le soutien des ultra-orthodoxes
La proposition, qui a été rejetée en lecture préliminaire, visait à supprimer le droit à la citoyenneté des personnes ayant un grand-parent juif sans être elles-mêmes juives
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Les législateurs ont rejeté mercredi une proposition de loi controversée qui visait à supprimer la clause de la Loi du retour permettant aux personnes ayant un grand-parent juif, mais n’étant pas elles-mêmes juives, d’immigrer en Israël et d’obtenir automatiquement la citoyenneté.
Le texte, qui aurait modifié les critères de citoyenneté en vigueur depuis des dizaines d’années, a été rejeté en lecture préliminaire par 54 voix contre 18, malgré le soutien des députés ultra-orthodoxes, qui avaient exceptionnellement mis fin à leur boycott des projets de loi de la coalition pour appuyer cette mesure.
Le ministre des Affaires religieuses Michael Malkieli (Shas) avait annoncé avant le vote qu’il soutiendrait la proposition du député Avi Maoz (Noam), et ce, même si elle n’avait pas reçue l’approbation de la commission des Lois quelques jours plus tôt. Le texte était également soutenu par le parti ultra-orthodoxe Yahadout HaTorah.
Shas et Yahadout HaTorah boycottent actuellement tous les projets de loi de la coalition afin de faire pression sur le président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, Yuli Edelstein, pour qu’il soumette enfin aux députés son projet de loi révisé sur la conscription des Haredim.
Si elle avait été adoptée, la mesure aurait modifié la Loi du retour en supprimant une clause introduite en 1970, qui permet à toute personne ayant au moins un grand-parent juif d’immigrer en Israël et d’obtenir la citoyenneté, même si elle n’est pas elle-même juive selon la halakha.
« Dans sa version actuelle, la Loi du retour permet également à un petit-fils de Juif d’obtenir le statut et les droits des olim, même si lui-même – et parfois même ses parents – n’est pas considéré comme Juif », peut-on lire dans les notes explicatives du texte.
« Cela signifie que la loi est exploitée par de nombreuses personnes ayant rompu tout lien avec le peuple juif et ses traditions, ce qui vide en réalité la loi de son intention première, qui était d’ouvrir les portes du pays aux Juifs de la diaspora. »
Formulée en 1950, deux ans après la création de l’État d’Israël, la Loi du retour garantit à tout Juif, où qu’il se trouve dans le monde, le droit automatique d’immigrer en Israël. Alors que les autorités religieuses orthodoxes ne reconnaissent comme Juif que celui dont la mère est juive ou qui s’est converti par la voie orthodoxe, la loi a été élargie en 1970 pour inclure également les enfants et petits-enfants de Juifs.
Plusieurs propositions visant à modifier cette clause avaient déjà été soumises fin 2022 et début 2023, dans le cadre des accords ayant précédé la formation du gouvernement actuel.
Il y a actuellement des centaines de milliers d’Israéliens qui ne sont pas considérés comme Juifs par le Grand Rabbinat.
S’opposant au projet de loi en amont du vote, le député Evgeny Sova (Yisrael Beytenu) a mis en garde contre les conséquences du projet de loi, affirmant que de nombreuses personnes essentielles à la vie des communautés juives de la diaspora sont des petits-enfants de Juifs et que la modification de la loi du retour nuirait à de nombreuses personnes de la Diaspora.
Ce projet de loi reviendrait à leur signifier qu’ils ne font plus partie « de la famille juive », a-t-il déclaré.
En réponse aux critiques l’accusant de racisme et de dénigrement envers des soldats non reconnus comme Juifs selon la halakha mais combattant pour Israël, Maoz a refusé de céder à ce qu’il a qualifié de « démagogie » aux dépens des soldats.
Le rabbin Seth Farber, directeur de l’ONG ITIM, qui aide les citoyens à naviguer dans la bureaucratie religieuse israélienne, a estimé que « les efforts de Maoz ne sont rien de moins qu’une provocation ».
« Si la Loi du retour, le saint des saints de l’entreprise sioniste, doit être modifiée, cela doit se faire à l’issue de délibérations sérieuses, en consultant tous les courants du judaïsme et surtout pas à un moment où l’unité du peuple juif est menacée », a précisé Farber au Times of Israel.
« Je suis heureux que la coalition ait rejeté l’initiative inappropriée de Maoz et qu’elle l’ait rejetée d’emblée. »
Les députés ont également rejeté une proposition de loi du député Chili Tropper (Kakhol lavan) visant à permettre l’inhumation de victimes d’attentats terroristes non reconnues comme juives dans les sections juives des cimetières, à la demande de leurs familles.
« Cela prouve une fois de plus que nous n’avons tiré aucune leçon du 7 octobre », a réagi Farber.
« Dès le Talmud, notre tradition reconnaît l’importance d’enterrer Juifs et non-Juifs côte à côte, au nom de la paix. Depuis plusieurs décennies, des solutions halakhiques permettent déjà d’inhumer des soldats non juifs dans les cimetières militaires. Cette proposition ne faisait qu’étendre cette dignité aux victimes du terrorisme. Il est triste que des luttes politiques se fassent sur le dos de ceux qui sont tombés pour la sanctification du nom divin. »
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