Le réalisateur de « NAZA » accuse les médias israéliens d’avoir ignoré les morts civiles à Gaza
Au milieu d’un tollé national, Yuval Abraham affirme que les allégations anonymes faisant état de préjudices intentionnels infligés à des innocents ont été vérifiées
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

Le co-réalisateur israélien d’un documentaire affirmant que les décisions de ciblage de l’armée israélienne pendant la guerre de Gaza prévoyaient systématiquement des pertes civiles massives a défendu les affirmations du film et son angle d’approche lors de sa première interview accordée à des médias israéliens depuis qu’il a remporté un prix prestigieux au Festival du film de Venise ce week-end.
Au cours de l’interview diffusée lundi sur la Treizième chaîne, qui a souvent pris une tournure tendue, le journaliste Raviv Drucker a remis à plusieurs reprises en question la manière dont Yuval Abraham et la co-réalisatrice Rachel Szor auraient pu vérifier les allégations du film, formulées par 24 soldats anonymes de Tsahal.
Drucker est l’un des rares Israéliens à avoir vu le film dans son intégralité, celui-ci n’ayant pas encore été rendu public.
Le journaliste de la Treizième chaîne s’est montré particulièrement sceptique quant aux allégations selon lesquelles l’armée israélienne aurait approuvé des frappes dont elle savait qu’elles tueraient des centaines de civils ou qu’elle aurait autorisé des frappes qui auraient tué des centaines de civils sans tenir compte des avertissements d’évacuation, même en l’absence de cible du groupe terroriste palestinien du Hamas. Tsahal a fermement démenti ces allégations.
Drucker a déclaré qu’à plusieurs reprises, lorsqu’il rendait compte de témoignages de soldats, il s’était trouvé dans l’impossibilité de les vérifier ou avait découvert qu’ils étaient inexacts.
Abraham a répondu que les allégations contenues dans le film avaient été vérifiées, soulignant qu’il avait produit ce documentaire en partenariat avec le journal britannique The Guardian et que les réalisateurs du film avaient dû prendre des mesures pour protéger l’identité des soldats.
NAZA, Hebrew military shorthand for "collateral damage," is a documentary about AI-assisted targeting and the civilian-casualty thresholds calculated before Israeli strikes in Gaza.
Yuval Abraham, co-director of NAZA, did an interview on Israeli TV with veteran investigative… pic.twitter.com/C2GZM5pw3D
— Max ???? (@MaxNordau) September 14, 2026
« Il s’agit d’un film du Guardian, réalisé en collaboration avec un grand journal, dont l’équipe de rédaction a eu accès aux documents bruts », a déclaré Abraham.
« L’identité des personnes a été vérifiée, les cas dont elles ont parlé ont été vérifiés. »
Lundi, The Guardian a publié son propre communiqué, qualifiant « d’autoritaire » la réaction du gouvernement israélien au film, saluant les réalisateurs de NAZA et s’engageant à défendre le film contre « toute attaque ou tentative de censure ».
Interrogé lors d’une interview sur la Treizième chaîne au sujet des raisons pour lesquelles le film ne consacrait pas davantage de temps au pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre, ni aux mauvais traitements infligés aux otages israéliens détenus à Gaza, Abraham a répondu que ces sujets y figuraient bel et bien et a interpellé à plusieurs reprises Drucker pour qu’il mène davantage d’enquêtes journalistiques sur le bilan civil de la guerre dans l’enclave.
« Pourquoi n’avez-vous pas diffusé ces informations ? », a demandé Abraham à Drucker.
« En trois ans, dans les émissions d’investigation [des journaux télévisés israéliens], il n’y a pas eu, si je ne me trompe pas, un seul reportage traitant des règles d’engagement à Gaza, de la politique en matière de dommages collatéraux, ou analysant en profondeur les conséquences sur la vie des Palestiniens innocents dans la bande de Gaza. »
« Vous dites que [notre film] n’était pas assez complexe. D’accord. Alors, pourquoi n’avez-vous pas diffusé vous-même quelque chose de complexe ? », a demandé Abraham, sans obtenir de réponse de la part de Drucker.
Plus de 73 000 Palestiniens auraient été tués au cours de l’opération militaire israélienne à Gaza, déclenchée par l’assaut barbare et sadique mené par le Hamas, qui s’est soldé par le massacre de plus de 1 200 personnes et la prise en otage de 251 autres. Ce bilan des victimes palestiniennes est fourni par le ministère de la Santé de Gaza, contrôlé par le Hamas, et ne fait pas de distinction entre civils et terroristes.
El discurso de Yuval Abraham tras ganar el Premio Especial del Jurado en #Venezia83 con #Naza: "La negación de un delito es lo que ayuda a que persista. Y por eso es muy importante para nosotros que los israelíes vean esta película. Es nuestro país el que comete estos crímenes" pic.twitter.com/g56MZs2Vaf
— ???? Jorge Daniel Díaz ???? (@jorgedanieldiaz) September 12, 2026
L’armée israélienne estime que ce bilan est globalement exact, les responsables de Tsahal estimant que deux à trois civils ont été tués pour chaque terroriste. L’armée affirme avoir tué plus de 24 000 terroristes à Gaza et 1 200 autres en Israël lors de l’attaque du 7-Octobre.
Interrogé sur la possibilité de projeter le film en Israël, Abraham a répondu : « C’est notre objectif. Nous le souhaitons vraiment. Nous ferons tout notre possible pour qu’il soit diffusé le plus largement possible en Israël. »
Abraham et Szor font désormais l’objet de menaces de poursuites judiciaires en Israël, notamment de se voir retirer leur nationalité, ainsi que de condamnations de la part de l’ensemble de la classe politique. Mais Abraham affirme qu’il considère toujours Israël comme sa patrie.
« Israël est ma patrie, c’est l’endroit où je veux vivre, l’endroit qui compte tant pour moi », a-t-il assuré.
« Alors, bien sûr, j’ai peur de ne pas pouvoir y retourner. Que ferai-je ici, à l’étranger ? »
Parmi les allégations du film figure notamment, dans une vidéo promotionnelle du documentaire, celle selon laquelle l’armée aurait planifié de frapper pendant la guerre contre le Hamas dans la bande de Gaza, au cours de laquelle 500 morts parmi les civils avaient été anticipées. Tsahal rejette cette affirmation, la qualifiant de « totalement fausse ».
« Tsahal n’a jamais planifié, approuvé ni mené une frappe à Gaza au cours de laquelle on aurait pu s’attendre à ce que 500 civils, ou un nombre proche de ce chiffre, soient tués. Aucune allégation crédible n’a d’ailleurs été avancée tout au long de la guerre suggérant qu’une frappe de Tsahal aurait causé un nombre de victimes même proche de ce chiffre », a affirmé l’armée.
Tsahal a souligné qu’Abraham et Szor « ne pouvaient en aucun cas vérifier cette allégation, qu’il n’existait aucune preuve tangible à l’appui, et qu’ils l’avaient pourtant publiée malgré tout ».
Yuval Abraham and Rachel Szor look drawn and solemn amid strong applause for Golden Lion Contender ‘NAZA’ exposing Israeli targeting of civilians in Gaza #VeniceFilmFestival pic.twitter.com/hqyzoZhwHM
— Deadline (@DEADLINE) September 10, 2026
Des témoignages présentés dans le film font état d’un « massacre à l’échelle industrielle » à Gaza. L’un des officiers, lors d’une série d’entretiens anonymes, a déclaré que l’armée utilisait un système assisté par l’intelligence artificielle (IA) qui identifiait des cibles à l’aide de données recueillies auprès de milliers de téléphones portables piratés.
L’armée israélienne affirme que les décisions relatives à la sélection et à l’approbation des frappes ont été prises « exclusivement par du personnel humain… et non par l’intelligence artificielle ».
Plus tôt lundi, le chef d’état-major de Tsahal, le lieutenant-général Eyal Zamir, a chargé le responsable juridique en chef de l’armée d’étudier la possibilité d’engager une action en justice contre le film et les personnes impliquées, affirmant que le film diffamait Tsahal. Il a également ordonné une enquête sur la fuite de documents classifiés utilisés dans sa production.
L’armée israélienne n’a pas autorisé les journalistes à entrer de manière indépendante à Gaza depuis le début de la guerre.
Netanyahu et d’anciens otages fustigent les réalisateurs israéliens
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est joint au concert de condamnations à l’encontre de NAZA plus tard dans la journée de lundi.
« Nous luttons contre l’incitation à l’antisémitisme dans le monde entier, mais lorsqu’elle vient de l’intérieur, c’est intolérable », a déclaré Netanyahu, avant d’essayer d’établir un lien entre le film et ses rivaux politiques, Yaïr Golan et Gadi Eisenkot, alors que les élections à la Knesset approchent.
Par ailleurs, l’ancien otage Eliya Cohen a publié une vidéo dans laquelle il s’en prend aux deux co-réalisateurs israéliens.
Cohen a déclaré reconnaître qu’Israël est un pays démocratique et que la loi ne permet pas de les arrêter pour leur documentaire.
Il a toutefois exhorté la population à accrocher des affiches à l’effigie des réalisateurs afin qu’ils soient contraints de parcourir les rues d’Israël « dans la honte ».
Cohen a ajouté que les deux hommes avaient diffamé les soldats de Tsahal qui s’étaient battus pour le ramener chez lui après sa captivité.
« Les gens doivent leur cracher dessus dans la rue. »
Il a affirmé que les allégations formulées dans le film mettaient en danger les soldats de Tsahal ainsi que les Juifs de la Diaspora.
Un autre ancien otage, Rom Braslavski, a qualifié Abraham et Szor de « traîtres » qui « devraient être envoyés en prison ».
L’ancienne otage Liri Albag a, elle aussi, demandé l’expulsion des deux réalisateurs du pays.
« Le 7-Octobre, si vous aviez été dans la zone proche de Gaza, aucun des terroristes ne se serait arrêté pour dire : ‘Hé, laissez-le tranquille, celui-là est inoffensif – ne lui faites pas de mal’ », a écrit Albag dans une publication Instagram, accompagnée d’une photo d’Abraham.
« Ou peut-être auriez-vous simplement rejoint la lutte pour ‘la libération de la Palestine’ et fait du mal à votre propre peuple ? », a-t-elle poursuivi.
« J’avais d’abord prévu d’écrire ‘fait du mal à votre propre sang’, mais je me suis ensuite souvenue que nous ne partageons vraiment pas le même sang, et Dieu merci pour ça !!!!!!!!!! »
« C’est écœurant. Vous avez trahi votre propre peuple au profit de gens qui souhaitent votre mort. Et pour cela, il n’y a pas de pardon. »
« Comment diable des gens comme ça peuvent-ils avoir la nationalité ici ?!?!?! Expulsez-les immédiatement de notre pays. »
700 professionnels du cinéma prennent la défense des réalisateurs de « Naza »
Alors que les critiques nationales à l’encontre du film s’intensifiaient, un important groupe de professionnels du cinéma israélien a cherché à faire valoir un point de vue alternatif.
Plus de 700 d’entre eux ont signé une pétition exprimant leur soutien à Abraham et Szor et dénonçant les efforts du gouvernement visant à les réduire au silence ou à les mettre hors la loi.
« Nous, cinéastes, appelons tous ceux qui continuent de se battre pour la liberté d’expression et la liberté artistique à se joindre à nous pour exprimer notre soutien et notre solidarité envers Rachel Shor et Yuval Abraham, les créateurs du film ‘No Other Land’ », peut-on lire dans la pétition, qui fait référence au précédent film du binome, récompensé aux Oscars, traitant de la violence des résidents d’implantation et des démolitions de maisons visant les Palestiniens en Cisjordanie.
« Ces derniers jours, nous avons assisté à une campagne sans précédent d’incitation à la haine et de propos virulents à l’encontre des cinéastes – une campagne qui frôle dangereusement la légitimation de la violence à leur encontre et constitue une menace pour leur vie », indique la pétition.
Parmi les signataires figurent Ari Folman, réalisateur de « Valse avec Bachir », Hagai Levy, réalisateur de « In Treatment » (BeTipul), Shlomi Elkabetz, acteur dans « Our Boys », Shira Geffen, actrice dans « In Treatment », et Nir Bergman, réalisateur primé,
Les signataires ont également critiqué ceux qui se sont prononcés contre NAZA sans même l’avoir vu.
« Nous espérons que le film sera bientôt distribué en Israël afin que chacun puisse le voir, se forger sa propre opinion et participer à un véritable débat, attendu depuis longtemps, sur la guerre à Gaza et ses conséquences – un débat qui, à ce jour, n’a pratiquement pas eu lieu dans les médias ou la société israéliens », peut-on lire dans la pétition.
Le gouvernement israélien transmet des arguments à ses diplomates pour répondre à NAZA
Parallèlement, la chaîne N12 a rapporté lundi que des agences gouvernementales israéliennes, dont le ministère des Affaires étrangères, ont tenu des réunions intensives afin de formuler une réponse au film. On ignore si ces réunions ont débuté avant la projection du film à Venise.
Selon la chaîne, Israël reconnaît à quel point ce film nuit à son image en Occident.
Les diplomates israéliens à l’étranger ont reçu des consignes pour orienter leurs réponses aux allégations portées par le film.
Selon la chaîne N12, les principaux messages sont les suivants :
– dans les démocraties dynamiques, il y a toujours des personnes qui publient des mensonges ;
– il n’y a pas de génocide à Gaza, et quiconque prétend le contraire ne sait pas ce que ce terme signifie ;
– Tsahal consacre des ressources considérables pour minimiser les dommages causés aux civils ;
– le film est truffé d’incohérences ;
– Tsahal a annulé des centaines d’opérations à Gaza par crainte de dommages collatéraux à l’encontre des civils palestiniens.
la Communauté du Times of Israël !







