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« Diffamation » : Des élus israéliens fustigent un film israélien sur les frappes létales à Gaza pilotées par l’IA

Après le rejet par Tsahal des allégations formulées dans "NAZA", Eyal Zamir aurait prévu une réunion sur la réponse à apporter ; Naama Lazimi s’insurge contre la demande de déchéance de nationalité des réalisateurs

Les réalisateurs Yuval Abraham (à droite) et Rachel Szor (à gauche), lauréats du Prix spécial du jury pour « NAZA », participant à une séance photo sur le tapis rouge à l'issue de la cérémonie de clôture de la 83ᵉ édition du Festival du film de Venise, au Lido de Venise, en Italie, le 12 septembre 2026. (Crédit : Scott A Garfitt/Invision/AP)
Les réalisateurs Yuval Abraham (à droite) et Rachel Szor (à gauche), lauréats du Prix spécial du jury pour « NAZA », participant à une séance photo sur le tapis rouge à l'issue de la cérémonie de clôture de la 83ᵉ édition du Festival du film de Venise, au Lido de Venise, en Italie, le 12 septembre 2026. (Crédit : Scott A Garfitt/Invision/AP)

Dimanche, des responsables politiques israéliens de tous bords ont vivement critiqué Yuval Abraham et Rachel Szor pour leur documentaire NAZA, qui traite des meurtres présumés de civils à Gaza commis par Israël à l’aide de l’intelligence artificielle (IA), et qui a remporté un prix spécial du jury au Festival du film de Venise.

L’armée israélienne a rejeté les allégations formulées dans le film, et plus particulièrement celle présentée dans une vidéo promotionnelle du documentaire, selon laquelle elle aurait planifié de frapper, pendant la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas dans la bande de Gaza, au cours de laquelle 500 morts parmi les civils avaient été anticipées.

Dans un article sans source, Ynet a indiqué que le chef d’état-major de Tsahal, le lieutenant-général Eyal Zamir, devait tenir lundi une réunion sur la réponse de l’armée à ce film, alors que le service de presse de Tsahal avait déjà publié plusieurs communiqués.

Le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major de Tsahal et favori des prochaines élections, a écrit dimanche sur le réseau social X : « Le choix des créateurs israéliens de se présenter sur la scène internationale, de présenter une image déformée et partiale, et de jeter le discrédit moral sur les soldats qui défendent notre patrie relève de l’aveuglement moral, d’un détachement de la réalité et porte préjudice à l’État d’Israël en cette période de détresse. »

S’exprimant en anglais, Benny Gantz, chef du parti Kakhol Lavan et ancien chef d’état-major de Tsahal, a déclaré : « Ceux qui sont à l’origine de ce film n’ont jamais mis les pieds sur un champ de bataille, et je ne souhaite pas non plus qu’ils aient jamais à le faire. Mais en menant la guerre la plus juste depuis la refondation d’Israël, contre un groupe meurtrier, capable et prêt à assassiner des femmes et des enfants, Tsahal se conforme aux normes morales et juridiques les plus élevées. En tant qu’ancien chef d’état-major de Tsahal et ministre de la Défense, je peux en témoigner sans équivoque. Quiconque ne possède pas cette compréhension élémentaire ferait mieux de continuer à écrire des fictions ! »

Gadi Eisenkot, dirigeant du parti Yashar, et d’autres candidats saluent Adina Bar-Shalom, fille du défunt chef spirituel de Shas, le rabbin Ovadia Yosef, lors d’un événement à Rosh HaAyin, le 7 septembre 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Le chef du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, a qualifié les réalisateurs « d’ennemis d’Israël » qui « ont transformé la guerre imposée à Israël après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 en un spectacle de calomnies et de sang contre l’État d’Israël, contre Tsahal et contre nos magnifiques combattants ! ».

Selon lui, Abraham et Szor sont prêts à « vendre leur pays » pour récolter des applaudissements et ne représentent qu’une petite minorité en Israël.

Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a qualifié le film « d’antisémite » et a présenté ses créateurs comme « un préjudice direct pour le peuple d’Israël ».

« À ceux qui calomnient nos soldats héroïques, qui risquent leur vie pour que nous puissions vivre en paix et en sécurité, je dis : vous êtes une honte et un déshonneur pour l’ensemble du peuple d’Israël. Allez vous faire voir », a écrit Ben Gvir sur X. « Je suis sûr que vos amis, nos ennemis du Hamas à Gaza, vous accueilleront à bras ouverts ! »

Lundi, le ministre de la Culture, Miki Zohar, a déposé une demande auprès de l’Autorité de la population, de l’immigration et des frontières (PIBA) du ministère de l’Intérieur afin d’examiner la possibilité de révoquer la nationalité des cinéastes, donnant ainsi suite à une menace qu’il avait proférée la veille.

Zohar accuse Abraham et Szor d’avoir « manqué à leur devoir de loyauté envers l’État et d’avoir collaboré avec l’ennemi », affirmant qu’ils devraient faire l’objet d’une enquête pour déterminer comment ils se sont procuré les éléments nécessaires au film, « et si, au cours de leur obtention ou de leur publication, des actions ont été menées qui constituent une aide à l’ennemi en temps de guerre ».

Dimanche, Zohar avait déjà accusé les réalisateurs de « trahison » et demandé la révocation de leur nationalité.

Le ministre de la Culture et des Sports, Miki Zohar, lors de l’inauguration du Musée israélien de la bande dessinée, à Holon, le 10 février 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

« La haine de soi dévorante des producteurs, qui sont prêts à nuire à leur patrie pour s’attirer les applaudissements des antisémites du monde entier, est inconcevable et constitue une trahison envers le pays », avait déclaré Zohar dans son communiqué précédent.

Israël peut légalement révoquer la nationalité, bien qu’il le fasse rarement.

En 2022, la Cour suprême a statué que l’État pouvait révoquer la citoyenneté des personnes ayant commis des actes terroristes ou trahi leur pays.

La loi prévoit que le ministre de l’Intérieur doit présenter la demande de révocation, que le ministre de la Justice doit l’approuver et que des juges doivent la valider.

La députée Naama Lazimi, du parti Les Démocrates, assistant à une audition de la commission des Finances de la Knesset, le 4 août 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Sans défendre explicitement les cinéastes, le député Naama Lazimi (Les Démocrates) a vivement critiqué Zohar dimanche pour avoir cherché à révoquer leur citoyenneté pour « trahison », invoquant les propres défaillances du gouvernement et ses liens avec des pays ennemis.

« C’est la folie à l’état pur – honnêtement, on n’a pas besoin ‘d’attentats terroristes’ quand on a des ministres comme ça », a-t-elle écrit sur X.

Lazimi a déclaré que, du point de vue du gouvernement, le scandale du « Qatargate » et le fait que le Premier ministre Benjamin Netanyahu ait supervisé le financement qatari du Hamas tout en ignorant, selon certaines informations, les avertissements précédant le 7-Octobre, n’avaient « rien de grave ».

Dans l’affaire dite du « Qatargate », Yonatan Urich, conseiller de Netanyahu, Eli Feldstein, ancien porte-parole de ce dernier, et Yisrael Einhorn, ancien conseiller de campagne, sont accusés d’avoir accepté de l’argent pour mener une campagne de relations publiques en faveur du Qatar au lendemain de l’assaut barbare et sadique du 7-Octobre, malgré les liens étroits entre cet émirat du Golfe et le Hamas, et ce alors qu’ils travaillaient au bureau du Premier ministre.

Abraham et Szor affirment s’être appuyés sur des entretiens avec 24 lanceurs d’alerte différents issus de l’armée ou des agences de renseignement militaires israéliennes, qui se sont exprimés à condition que leur identité soit protégée.

Abraham a défendu le travail d’investigation du film, produit en partenariat avec le journal britannique The Guardian, le qualifiant de « rigoureux », et a souligné que d’autres journalistes des grands médias avaient également relayé ces révélations.

Il a affirmé que les réalisateurs avaient reçu des menaces, mais n’a pas donné davantage de détails.

La guerre à Gaza a éclaté lorsque quelque 6 000 Gazaouis dont 3 800 terroristes dirigés par le Hamas ont pris d’assaut le sud d’Israël le 7 octobre 2023, tué plus de 1 200 personnes, principalement des civils, enlevé 251 otages de tous âges, et commis de nombreuses atrocités et en utilisant la violence sexuelle comme arme à grande échelle.

Selon le ministère de la Santé du groupe terroriste palestinien du Hamas, plus de 73 500 personnes seraient mortes à Gaza depuis le début de la guerre, dont plus de 1 330 depuis le cessez-le-feu d’octobre 2025.

Ce bilan, qui ne peut être vérifié, ne fait pas la distinction entre terroristes et civils.

Si l’armée israélienne estime que le bilan du Hamas est globalement exact, elle note que le ratio de morts serait d’environ un terroriste pour trois civils.

Abraham et Szor faisaient également partie de l’équipe à l’origine du documentaire « No Other Land », sorti en 2024, qui retrace les démolitions menées par Israël dans le village palestinien de Masafer Yatta, en Cisjordanie, et qui avait cette fois remporté l’Oscar du meilleur documentaire.

Emanuel Fabian et l’AFP ont contribué à cet article.

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