Les photos d’un soldat tombé au combat, qui a pris près de 150 000 clichés, exposées à Jérusalem
Lavi Lipshitz, 20 ans, a immortalisé des dizaines de milliers de moments intimes dans les rues israéliennes. Ses photos sont désormais exposées près de deux ans après sa mort à Gaza
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Le sergent-chef Lavi Lipshitz, 20 ans, tué au combat dans le nord de la bande de Gaza le 31 octobre 2023. (Crédit : Armée israélienne)
Photographie prise par le sergent-chef Lavi Lipshitz, tué au combat, présentée dans une exposition consacrée à ses œuvres. (Crédit : Autorisation)
Photographie prise par le sergent-chef Lavi Lipshitz, tué au combat, présentée dans une exposition consacrée à ses œuvres. (Crédit : Autorisation)
Autoportrait pris par le soldat tué Lavi Lipshitz, exposé lors d'une exposition présentant ses œuvres le 30 septembre 2025. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)
Photographie prise par le sergent-chef Lavi Lipshitz, tué au combat, présentée dans une exposition consacrée à ses œuvres. (Crédit : Autorisation)
Détail de « Warriors' Rest », une photographie prise par le sergent-chef Lavi Lipshitz le 17 août 2023. Lipshitz a été tué au combat dans la bande de Gaza le 31 octobre 2023. (Crédit : Instagram till_when_photo_diary)
Avant que sa vie ne soit brutalement interrompue à Gaza il y a près de deux ans, Lavi Lipshitz avait déjà pris quelque 150 000 photos. Le jeune homme de 20 ans, qui ne sortait jamais sans son appareil photo, a laissé derrière lui un véritable trésor d’images, aujourd’hui exposées pour la première fois à Jérusalem.
Soldat de la brigade Givati, Lipshitz a été le premier à être tué au combat, touché par un tir de roquette du groupe terroriste palestinien du Hamas le 30 octobre 2023, lors de la première incursion terrestre de l’armée israélienne dans la bande de Gaza, déclenchée à la suite du pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre.
Dès qu’il a reçu son premier appareil photo à l’âge de 12 ans, Lipshitz a su capturer des instants intimes et fugaces à travers la photographie de rue : une femme descendant de son scooter pour saluer un sans-abri, un manifestant masqué croisant le regard d’un policier, un train filant devant des silhouettes assises côte à côte sur un quai.
Ces clichés – parmi des centaines d’autres – tracent le parcours de Lipshitz, à la fois comme artiste et comme jeune homme. Ils sont désormais présentés jusqu’en avril 2026 au Djanogly Visual Arts Center, dans le sud de Jérusalem.
S’il a acquis une renommée posthume grâce aux photos qu’il diffusait en ligne pendant son service militaire, les travaux antérieurs de Lipshitz étaient restés jusqu’ici enfermés dans un disque dur que ses parents hésitaient à ouvrir.
Peu après sa mort, les conservateurs de Jérusalem Hila Timor-Ashur et Guy Biran avaient contacté la famille pour proposer une exposition, mais la perte était alors trop récente.
« Nous avions besoin de plus de temps », a confié Shlomit Lipshitz, la mère de Lavi, au Times of Israel.
En mai dernier, les conservateurs ont repris contact avec sa famille avec un objectif précis : faire découvrir le travail de leur fils à une génération plus jeune.
L’exposition se tient dans un bâtiment discret du sud de Jérusalem abritant une galerie dédiée aux jeunes artistes. Elle est répartie en trois petites salles rassemblant chacune plusieurs centaines de photos.
Dès l’entrée, des projections de ses clichés de rue illuminent les murs sombres. À droite, une salle intime regroupe les autoportraits du soldat tué ; à gauche, un espace baigné de lumière présente ses œuvres abstraites et ses paysages, imprimés sur bois.
« Nombre de ses photos témoignent de sa quête constante de la lumière et du bon angle ; nous sommes partis de cette quête pour construire l’exposition », explique Timor-Ashur. Dans ses images, on retrouve souvent des bâtiments solitaires éclairés dans la nuit ou des espaces sombres traversés de rais lumineux.
Il avait également pris des centaines d’autoportraits – en uniforme, jouant de la guitare, ou cadrant son propre visage. De petits miroirs disséminés entre les clichés invitent les jeunes visiteurs à se projeter dans le regard du soldat disparu.
« Enfant, il a très tôt trouvé sa propre manière de s’exprimer », explique Timor-Ashur.
L’un des objectifs des commissaires de l’exposition était d’adresser un message aux adolescents : leur montrer qu’eux aussi peuvent transformer leurs passions créatives en véritables voies d’expression, comme Lavi Lipshitz l’a fait avec la photographie.
Comprendre le regard de Lavi
Lorsque Shlomit et son mari Nitzan ont accepté, non sans hésitation, la proposition d’organiser l’exposition, ils ont pour la première fois exploré la collection numérique laissée par leur fils. Elle comprenait 141 181 photographies prises au cours des huit dernières années de sa vie.
L’expérience a été « bouleversante », se souvient sa mère.
« Ouvrir l’ordinateur de Lavi et parcourir les dossiers de ses photos du collège et du lycée a été une épreuve en soi », confie Shlomit. « Chaque image faisait ressurgir un souvenir, rétablissait un dialogue entre nous et lui. Nous avons cherché à retrouver son regard, à comprendre comment il pensait, ce qu’il voyait. »
Bien que difficile, ce processus n’a fait que renforcer ce que Shlomit savait déjà de son fils défunt et de sa manière de percevoir le monde avec une rare profondeur.
« Le champ d’action de ce garçon était tellement vaste. Il voulait toujours faire, créer, développer et apprendre. Sa curiosité le poussait constamment à aller de l’avant », dit-elle. « Il aimait profondément les sujets de ses photos. Il s’intéressait aux personnes en marge de la société ; il voulait que nous les remarquions, que nous ne détournions pas le regard. »
Lipshitz dévorait les ouvrages de théorie photographique pour perfectionner son art. Il a relu plusieurs fois Sur la photographie de Susan Sontag et La Chambre claire de Roland Barthes. Il ne passait pas un jour sans qu’il utilise son appareil photo et revisitait souvent les mêmes thèmes visuels au fil des ans.
La tâche monumentale de passer au crible l’œuvre de Lipshitz est revenue aux commissaires de l’exposition. Après plusieurs mois, ils ont réussi à réduire la collection à 4 000 images, parmi lesquelles ses parents ont pu faire leur sélection.
« Ce qui le rendait unique, c’est qu’il savait être présent dans tant de moments humains sans jamais perturber ses sujets. Les gens acceptaient le regard de son objectif et n’en avaient pas peur », explique Timor-Ashur. « Il a saisi des instants d’une grande tendresse chez les haredim, les mendiants, les travailleurs étrangers, des groupes de personnes qui n’étaient pas nécessairement de son entourage. »
Shlomit a qualifié le processus de sélection des photos de « gagnant-gagnant » pour la famille comme pour les commissaires. « J’ai eu le sentiment qu’ils le comprenaient profondément à travers ses photos, même s’ils ne l’avaient jamais rencontré. Cela m’a montré que son art et sa personne ne faisaient qu’un : il était son œuvre », a-t-elle confié.
« Till When », une chronique de la vie militaire
La passion de Lavi Lipshitz pour la photographie l’a conduit à l’Académie israélienne des arts et des sciences, un internat de Jérusalem destiné aux lycéens à haut potentiel, où il s’est spécialisé dans les arts visuels. Une grande partie de ses clichés ont été pris dans la capitale.
La transition vers la vie militaire après l’obtention de son diplôme a été « très compliquée », se souvient sa mère. « C’était totalement différent de ce qu’il connaissait à l’école. Il lui a fallu du temps pour comprendre le langage militaire ; il restait un artiste dans l’âme. »
Le jeune homme n’avait pas envisagé de servir dans une unité de combat : il espérait devenir photographe militaire. Le projet n’a pas abouti, et il a finalement été affecté en Cisjordanie comme soldat de combat, raconte sa mère.
« Mais il n’a jamais cessé de photographier ; à aucun moment, pendant son service, il n’a renoncé à lui-même. »
Pendant son service, Lipshitz a ouvert un compte Instagram intitulé Till When (« Jusqu’à quand »), où il publiait des images de son quotidien dans l’armée. Après sa mort, des Israéliens se sont rendus nombreux sur sa page, commentant ses photos et en faisant un espace de commémoration en ligne.
Ses clichés saisissaient les aspects les plus ordinaires de la vie militaire : des soldats somnolant dans un bus, des haltes dans des stations-service, des urinoirs hors d’usage.
« Il ne nous a jamais dit à quel point c’était difficile pour lui, mais il comprenait qu’il devait apprendre à vivre avec le conflit. Plus il restait dans l’armée, plus il passait de temps avec son équipe, et mieux il apprenait à les connaître », explique Shlomit.
Lipshitz était déjà conscient du risque qu’il courait avant le 7-Octobre. Après une opération à Jénine l’été précédant le pogrom perpétré dans le sud d’Israël par le groupe terroriste palestinien du Hamas, il avait pris l’initiative d’écrire une lettre à sa famille, les exhortant à continuer à vivre leur vie s’il venait à être tué.
« Je vous demande de ne pas vous laisser submerger par le chagrin. Le chagrin peut être quotidien et épuisant, mais l’activité qui peut en naître n’est pas épuisante ; elle est constructive », écrivait-il dans cette lettre, aujourd’hui partagée par sa mère.
« Rien ne m’a jamais été plus difficile que de ne rien faire. Alors je demande à tous ceux qui m’entourent : agissez, toujours. »
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