Les termes de l’accord de Trump avec l’Iran, s’ils se confirmaient, feraient de cette guerre un échec « épique »
Le président américain affirme avoir presque finalisé un "Mémorandum d'accord relatif à la PAIX" avec l'Iran ; il a aussi laissé entendre que l'Iran pourrait "peut-être" adhérer aux Accords d'Abraham. Ces vœux pieux ne peuvent masquer la catastrophe qui se profile pour les Iraniens, le monde libre et Israël
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David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

« Les hommes doivent être caressés ou anéantis, car ils se vengent des offenses légères, mais ils ne le peuvent pour les graves ; l’offense qu’on fait à un homme doit donc être telle qu’on ne redoute point sa vengeance », écrivait Niccolò Machiavelli dans son manuel destiné aux dirigeants, Le Prince.
Une maxime vieille de 500 ans qui reste plus que jamais d’actualité – même si elle a évolué au fil des siècles.
Le président américain Donald Trump lui-même en a invoqué une variante, qui avait été attribuée à Ralph Waldo Emerson, après avoir été acquitté lors de son procès en destitution, en 2020.
« Quand on frappe le roi, il faut le tuer », avait écrit Trump sur Twitter.
Le 28 février, les États-Unis et Israël ont lancé une campagne militaire contre le régime islamique iranien, un régime extrémiste, sanguinaire et rapace. Avec différents objectifs : détruire son programme d’armement nucléaire, anéantir son industrie de missiles balistiques, mettre un terme au soutien qu’il n’a cessé d’apporter à ses proxys terroristes – le Hezbollah et le Hamas – mettre fin à des décennies de terrorisme mondial et créer les conditions permettant aux Iraniens de le chasser du pouvoir une bonne fois pour toutes.
« Nous veillerons à ce que l’Iran ne se dote pas de l’arme nucléaire », avait promis Trump lors d’un discours prononcé ce jour-là, en précisant les objectifs de sa campagne.
S’adressant ensuite au peuple iranien, il avait exhorté les citoyens : « Et quand nous en aurons terminé, prenez le contrôle de votre gouvernement ». « Il ne vous restera plus qu’à vous en saisir, » avait-il assuré.
Bien qu’ils aient apparemment fait preuve d’un excès de confiance après la guerre de douze jours qui avait eu lieu au mois de juin dernier – au cours de laquelle ils avaient frappé des cibles militaires iraniennes, éliminé de nombreux scientifiques nucléaires de premier plan et bombardé trois installations nucléaires souterraines stratégiques – il est désormais évident que les États-Unis et Israël ont sous-estimé la ténacité du régime et qu’ils n’ont pas pris les mesures stratégiques élémentaires nécessaires qui auraient pu garantir le succès de l’opération.
Les premières frappes contre les dirigeants iraniens, menées sous l’impulsion d’Israël, ont éliminé Ali Khamenei, le guide suprême, ainsi que de nombreuses autres personnalités de haut rang. Cependant, le recours aux forces kurdes pour envahir le pays, ainsi qu’une tentative présumée pour le moins étrange de faire appel à l’ancien président Mahmoud Ahmadinejad, connu pour sa haine d’Israël et pour son négationnisme, afin qu’il devienne le nouveau dirigeant de l’Iran, ne pouvaient en aucun cas se substituer à une planification stratégique efficace, avec notamment la mise en place d’une direction alternative fiable, ce qui était nécessaire pour persuader le peuple iranien de descendre à nouveau dans la rue et de « prendre le contrôle » de son gouvernement.
Pire encore – bien pire – le Commandement central américain (CENTCOM) n’est pas parvenu à se déployer efficacement pour sécuriser le détroit d’Ormuz au début de la guerre. Il s’agissait d’une opération extrêmement complexe, qui nécessitait une importante présence navale et une puissance aérienne considérable. Elle aurait dû être menée sous le feu des missiles et des drones iraniens – ce que les frappes aériennes conjointes visaient en priorité, sans être en mesure de les éliminer totalement.
Il était pourtant évident que le régime chercherait à affirmer son contrôle sur le détroit, qu’il s’en servirait pour perturber gravement l’approvisionnement énergétique mondial et qu’il attiserait ainsi les inquiétudes des pays du monde entier quant aux conséquences néfastes de la guerre. Une opposition interne qui ne manquerait pas de mettre Trump dans une situation très délicate et de le contraindre à agir.
Et c’est, bien sûr, très exactement ce qui s’est passé.
Le désir désespéré du président américain de voir le détroit d’Ormuz enfin rouvert se manifeste clairement dans un message qu’il a publié samedi sur Truth Social. Il y affirme qu’un « protocole d’accord relatif à la PAIX » a été « en grande partie négocié » avec l’Iran, qu’il sera annoncé « sous peu » et qu’il prévoira la « réouverture » du détroit d’Ormuz.
La réouverture imminente du détroit d’Ormuz – qui ne posait aucun problème avant la guerre – a été le seul détail concret de cet accord de façade que Trump a choisi de mentionner. Aucune trace de tous les véritables objectifs de la guerre – avec notamment l’élimination de la menace nucléaire iranienne et la disparition de ses proxys terroristes. Et pour enfoncer le clou – ce qui n’est guère surprenant – l’agence de presse semi-officielle iranienne Fars a immédiatement indiqué que le détroit resterait sous le contrôle de l’Iran, que l’annonce de Trump était « incomplète » et qu’elle « ne correspondait pas à la réalité ».
Des priorités divergentes entre les États-Unis et Israël
À l’heure où j’écris ces lignes, l’accord qui devait être annoncé « sous peu » n’a pas encore été rendu public, et Trump n’a cessé de changer d’avis à ce sujet. Les dispositions qui ont été rapportées sont tout simplement catastrophiques, en plus d’être humiliantes pour le président américain.
Ces dispositions entraîneraient l’afflux de sommes colossales dans les caisses de Téhéran à court terme, permettant ainsi de financer le développement de capacités militaires plus puissantes, permettant également d’armer et de renforcer davantage ses proxys, et d’encourager davantage le terrorisme mondial, y compris contre les Juifs.
Et à ce stade, il n’y a absolument aucun accord sur les principales raisons qui ont conduit à cette guerre, notamment sur la question d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire. En réalité, l’accord se contente de prévoir une obligation très vague de discuter de la question nucléaire dans les semaines et dans les mois à venir – une recette infaillible pour garantir des manœuvres dilatoires sans fin de la part d’un régime qui savoure sa victoire et qui sait qu’il dispose des moyens de dissuader les États-Unis de reprendre le conflit et, par conséquent, de compliquer toute future attaque israélienne.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a salué les conflits de l’an dernier et de cette année contre l’Iran en évoquant des illustrations exceptionnelles de la lutte commune menée par les États-Unis et Israël contre le plus grand ennemi du monde.
Cependant, les priorités, les intérêts et les préoccupations des deux alliés, bien que globalement alignés, ne sont pas identiques. Et à mesure que la guerre actuelle s’enlise, ces divergences ne font que s’accentuer.
Les dirigeants et les citoyens israéliens, de tous les bords politiques ou presque, considèrent à juste titre la République islamique comme une menace directe et existentielle – comme un régime qui doit être renversé pour le bien du peuple iranien, de la région et du monde libre, mais avant tout pour la survie d’Israël.
Nous ne connaissons que trop bien les ravages qui ont été causés par le Hamas, le proxy frontalier le plus faible de l’Iran, le 7 octobre 2023. Nous redécouvrons actuellement les capacités meurtrières du Hezbollah, de l’autre côté de la frontière nord. Et nous avons toutes les raisons de craindre qu’une fois en possession de l’arme nucléaire tant convoitée, l’Iran cherchera à l’utiliser contre le seul État juif au monde.
Les États-Unis, et a fortiori sous Trump, reconnaissent eux aussi les ambitions génocidaires de la République islamique à l’égard d’Israël, son hostilité meurtrière envers les États-Unis et ses visées prédatrices dans la région et bien au-delà. Cependant, faire tomber ce régime n’est pas la priorité absolue de Trump, d’autant que le renverser, même si cela s’avérait possible, coûterait très certainement la vie à de nombreux Américains.
De nombreux Américains ont été – et sont encore – prêts à risquer, voire à perdre leur vie pour assurer la défense de leur pays. Il en va de même pour de nombreux Israéliens. La distinction fondamentale à ce stade du conflit avec l’Iran réside dans le fait que les Américains ne considèrent généralement pas ce régime comme une menace existentielle directe, immédiate, voire imminente, pour la nation. Les Israéliens, dans leur ensemble, le considèrent comme tel.
Pas d’accord du tout
Tenter de psychanalyser le président américain, qui ne cesse de parler sans fin et qui se contredit sans cesse, est une initiative vaine. Mais on peut voir son conflit intérieur se jouer aux yeux de tous.
Il sait que le régime de Téhéran est aussi dangereux qu’il l’a toujours été, voire plus, mais il veut croire que ce n’est pas le cas. Il sait, il affirme que l’Iran utiliserait des armes nucléaires pour détruire Israël s’il en disposait, mais il a déclaré qu’une « garantie » iranienne de vingt ans mettant fin à l’enrichissement suffirait. Il a « réaffirmé » la volonté du président iranien de « garantir au monde » que la République islamique ne chercherait pas à se doter d’armes nucléaires, comme si de telles paroles avaient la moindre valeur. De manière fantaisiste, pour rester poli, il a émis l’hypothèse cette semaine que l’Iran pourrait « peut-être » se montrer disposé à rejoindre les Accords d’Abraham, les accords de normalisation avec l’État juif qu’il a juré de détruire.
Pour enfoncer une porte ouverte : les vœux pieux, déconnectés de la réalité, ne peuvent se substituer à une élaboration cohérente des politiques et à une planification stratégique.
Israël ne dispose pas, du moins pour l’instant, des munitions nécessaires pour détruire seul les installations nucléaires iraniennes. L’an dernier, il a fallu un partenaire disposé à coopérer pour détruire les installations d’enrichissement et autres sites nucléaires stratégiques du régime, pourtant hautement protégés. Et même ainsi, ces sites n’ont pas été complètement détruits. Le stock de 440 kg d’uranium hautement enrichi destiné à l’arsenal nucléaire que le régime prétend ne pas vouloir a apparemment survécu, et il refuse de s’en séparer.
Israël n’avait pas non plus les moyens de créer à lui seul les conditions permettant au peuple iranien de se soulever avec une chance raisonnable de renverser le régime. Cet objectif, bien qu’il fût d’un intérêt mondial primordial, nécessitait lui aussi la présence d’un partenaire disposé à s’engager, et il en a de nouveau trouvé un dans l’Amérique de Trump.
Ce serait une tragédie mondiale si, comme cela semble de plus en plus probable, une planification stratégique insuffisante et le succès qui découle de la politique d’extorsion énergétique de l’Iran permettaient au régime non seulement de survivre, mais aussi d’en ressortir renforcé et plus dangereux. À court terme, cela aggraverait la menace claire et immédiate qui pèse sur Israël.
Mais il n’est pas encore trop tard.
S’exprimant lundi lors d’une cérémonie organisée à l’occasion du Memorial Day au cimetière national d’Arlington, le président a souligné que des Américains avaient perdu la vie en partie « pour garantir que le premier État au monde à soutenir le terrorisme ne dispose jamais de l’arme nucléaire. Oh, et ils n’en auront pas », a-t-il promis pour la énième fois.
« Ils n’auront jamais l’arme nucléaire… Je suis certain que vous le savez. »
Malheureusement, nous n’en savons rien. C’est même tout le contraire. Lever la pression militaire et débloquer des dizaines de milliards de dollars, sans avoir d’abord privé le régime de son uranium enrichi, et sans même avoir entamé la négociation d’un accord qui lui barrerait la route vers la bombe, risque de donner à la République islamique toute la marge de manœuvre dont elle a besoin pour se doter de l’arme nucléaire.
Depuis que son annonce de samedi a provoqué les moqueries en Iran et une sorte de panique en Israël, Trump affirme qu’il ne se précipite pas pour conclure un accord, qu’il n’y aura « qu’un accord exceptionnel pour tous ou pas d’accord du tout » et qu’il ne « conclut pas de mauvais accords ».
Ce serait le moment idéal de le prouver.
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