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L’interdiction des fans du Maccabi Tel Aviv à Birmingham suscite une accusation d’antisémitisme

La police de Birmingham dit avoir bloqué la vente de billets aux Israéliens pour le match de jeudi à Aston Villa par souci de sécurité. Mais pour beaucoup, la raison est plus insidieuse

Un joueur du Maccabi Tel Aviv frappe le ballon pendant un match. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Un joueur du Maccabi Tel Aviv frappe le ballon pendant un match. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le match de football de la Ligue Europa UEFA qui opposera jeudi l’équipe britannique d’Aston Villa à l’équipe israélienne du Maccabi Tel Aviv se déroulera à Birmingham en l’absence des supporters israéliens, après une saga inhabituelle et politiquement chargée.

Nombreux sont ceux, en Israël, qui ont accusé les responsables de Birmingham, où est basé l’équipe d’Aston Villa, d’antisémitisme flagrant, utilisant la vente de billets pour le match comme un outil visant à isoler Israël à un moment où le sentiment anti-juif se renforce en Grande-Bretagne. La police de la ville a affirmé que cette décision constituait une mesure de sécurité indispensable, les incidents racistes lors des matchs de football se multipliant en Israël et dans toute l’Europe.

La controverse a débuté lorsque le groupe consultatif en charge de la sécurité de Birmingham, le Birmingham Safety Advisory Group, qui travaille avec la police locale, a conseillé à Aston Villa de ne pas autoriser les supporters du Maccabi Tel Aviv à assister au match du 6 novembre prévu à Villa Park. La police des West Midlands a classé ce match comme « à haut risque », invoquant « les renseignements actuels et les incidents précédents », notamment une violente émeute au cours de laquelle des gangs ont attaqué des supporters du Maccabi après un match amical à Amsterdam, en novembre dernier.

Dans le football européen, les équipes destinent habituellement une partie de leurs billets à la vente par l’équipe visiteuse. Il s’agit généralement de places situées une section séparée des tribunes. Une pratique qui contraste avec celle en cours dans la plupart des grands sports américains, où les supporters de l’équipe visiteuse peuvent acheter des billets pour des sièges situés à tout endroit du stade.

Le 16 octobre, à la suite de la publication du rapport du groupe consultatif sur la sécurité, Aston Villa a annoncé qu’il interdirait aux supporters du Maccabi d’assister au match.

Une décision immédiatement critiquée par les responsables juifs et israéliens, ainsi que par l’ancienne otage du Hamas Emily Damari, citoyenne britannique. Pour le Board of Deputies of British, cette interdiction de créer une « notion nuisible de zones interdites » aux Juifs et aux Israéliens au Royaume-Uni, dans un contexte où la montée de l’antisémitisme incite déjà les Juifs à réfléchir à deux fois avant de quitter leur domicile.

Selon le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar, qui a appelé les autorités du Royaume-Uni à revenir sur leur décision, cette interdiction est « honteuse » et « lâche ».

Des manifestants participent à une marche contre l’antisémitisme à Londres, au Royaume-Uni, le 8 décembre 2024. (Campaign Against Antisemitism)

Cette interdiction a été accueillie avec une « profonde tristesse » par le gouvernement britannique, qui a toutefois annoncé qu’il respecterait cette décision. « Le fait que ce match ait été utilisé comme une arme pour attiser la violence et la peur par ceux qui cherchent à nous diviser est absolument inacceptable », a fait savoir un porte-parole du gouvernement.

« Il s’agit d’une mauvaise décision. Nous ne tolérerons pas l’antisémitisme dans nos rues », a affirmé le Premier ministre britannique Starmer sur le réseau social X. « Le rôle des forces de l’ordre est de s’assurer que tous les supporters puissent profiter du match sans craindre ni violence ni intimidation. »

Le Maccabi s’est inquiété pour ses supporters de « l’atmosphère toxique » règnant au Royaume-Uni

Afin de rétablir le dialogue, le chef de mission adjoint de l’ambassade britannique en Israël, Thomas Phipps, supporter avoué d’Aston Villa, a rencontré l’équipe du Maccabi mardi avant son départ pour le Royaume-Uni et s’est vu remettre un maillot du club israélien portant son nom.

« Le football ne devrait pas nous diviser », a souligné Phipps, souhaitant l’équipe un bon voyage – et une défaite retentissante de 0-3.

Mais le mal était fait. Le 20 octobre, le Maccabi Tel Aviv a fait savoir qu’il n’accepterait aucun billet pour le match, et ce même si les autorités locales revenaient sur leur décision. Le désaccord avait déjà créé une tension dangereuse, de nature à menacer la sécurité de ses supporters, a rapporté l’équipe.

« Le bien-être et la sécurité de nos supporters sont des priorités absolues. Au vu de l’évolution de la situation, nous avons pris la décision de refuser toute attribution de billets au nom des supporters visiteurs, et notre décision doit être comprise dans ce contexte », a annoncé le club dans un communiqué. « Ces mensonges haineux ont engendré une atmosphère toxique qui rend très incertaine la sécurité de ceux de nos supporters qui souhaiteraient assister au match. »

Le Maccabi Tel Aviv a nié tout comportement inadapté de ses supporters, et formulé une accusation à peine voilée d’intention antisémite.

« Différents groupes bien établis cherchent très clairement à dénigrer les supporters du Maccabi Tel Aviv, dont la plupart n’ont rien à voir avec le racisme ou le hooliganisme. Ces groupes exploitent des incidents isolés à des fins sociales et politiques », a indiqué le communiqué.

Des supporters lors du match de la Super Coupe d’Israël entre le Hapoel Beer Sheva et le Maccabi Tel Aviv au stade Bloomfield de Tel Aviv, le 13 juillet 2025. (Crédit : Flash90)

Le week-end dernier, a rapporté le Times, le Board of Deputies of British Jews a proposé de distribuer 500 billets à des supporters juifs britanniques. Si la police des West Midlands s’est d’abord montrée réceptive à cette idée, Aston Villa n’a en revanche jamais donné suite, selon le journal.

Malgré l’interdiction faite aux supporters israéliens, la police déploiera plus de 700 agents autour du stade afin de prévenir tout acte criminel ou trouble à l’ordre public, a fait savoir la BBC.

Accusations d’antisémitisme

Si Aston Villa a insisté sur le fait que sa décision était uniquement motivée par des considérations de sécurité, pour beaucoup, il s’agit d’une mesure antisémite de la part des autorités d’une ville qui a été le théâtre de nombreuses manifestations anti-Israël depuis l’invasion d’Israël par le Hamas, le 7 octobre 2023. Selon les chiifres du recensement de 2021, environ 30 % de la population de la ville est musulmane.

Cette décision a été prise deux semaines seulement après un attentat antisémite perpétré le jour de Yom Kippour dans la ville voisine de Manchester, qui a fait deux morts et quatre blessés. Cet événement a brièvement propulsé l’antisémitisme au premier plan de l’agenda national, les responsables gouvernementaux prenant des mesures pour lutter contre la haine.

Le rabbin Daniel Walker (3ᵉ à gauche) parmi des policiers armés, discutant avec des membres de la communauté juive après une attaque terroriste meurtrière devant la synagogue de la Congrégation hébraïque de Heaton Park, à Crumpsall, au nord de Manchester, le 2 octobre 2025. (Crédit : Paul Currie/AFP)

À la suite de l’annonce de l’interdiction par Aston Villa, Lisa Nandy, la secrétaire britannique à la Culture, aux Médias et aux Sports, s’est dite alarmée par le fait que l’évaluation des risques reposait, apparemment, « en grande partie sur les menaces qui pèsent sur les supporters du Maccabi assistant au match parce qu’ils sont Israéliens et parce qu’ils sont juifs ».

Eliot Pollak, président du club des Jewish Villans, les supporters juifs d’Aston Villa, a fait part de son désaccord, estimant que la décision d’interdire les supporters du Maccabi était à la fois justifiée et préoccupante.

« C’est extrêmement déprimant et inquiétant. Mais si vous en parliez à n’importe quel Juif, il ne serait – et j’en suis convaincu – ni surpris ni particulièrement perplexe », a indiqué Pollack au Times of Israel cette semaine, ajoutant qu’il assistait aux matchs d’Aston Villa depuis plus de 30 ans, et qu’il y portait une kippa sans aucun problème.

« Il est très difficile de contrôler toute cette zone. De plus, les supporters se déplacent pour toute la journée. Les inquiétudes en matière de sécurité sont donc tout à fait légitimes. Mais pourquoi en sommes-nous arrivés à un point où des milliers de Juifs ne peuvent plus se rassembler en toute sécurité dans notre ville ? », s’est interrogé Pollack.

Pourquoi en sommes-nous arrivés à un point où des milliers de Juifs ne peuvent plus se rassembler en toute sécurité dans notre ville ?

Pollack a déclaré ne pas être encore certain d’assister au match, par crainte de troubles, précisant toutefois que d’autres Juifs de sa connaissance iraient voir la rencontre. Le club des Jewish Villans a été créé il y a deux ans et compte actuellement entre 30 et 50 membres, a fait savoir Pollack.

Toutefois, d’autres organisations juives, comme le Jewish Leadership Council, ont pour leur part dénoncé le fait que punir les supporters juifs et israéliens parce que la police n’était pas en capacité de garantir leur sécurité était « pervers », les rendant ainsi victimes d’une double exclusion.

Cette situation intervient dans un contexte de hausse de l’antisémitisme dans tout le pays, et de guerre entre Israël et le Hamas à Gaza depuis deux ans. Au cours du premier semestre de 2025, plus de 1 500 incidents antisémites ont été recensés au Royaume-Uni, soit le deuxième total le plus élevé jamais enregistré, selon des estimations du Community Security Trust (CST), une organisation à but non lucratif qui assure la protection des Juifs britanniques.

Des manifestants brandissent une banderole appelant à l’imposition de sanctions à Israël lors d’une manifestation de soutien aux Palestiniens de Gaza dans un contexte de craintes de famine dans le territoire en proie à la guerre, devant Downing Street, à Londres, le 29 juillet 2025. (JUSTIN TALLIS / AFP)

Le risque lié aux supporters bagarreurs

Une grande partie de l’évaluation des risques réalisée par le Birmingham Safety Advisory Group s’est concentrée sur les émeutes impliquant des supporters du Maccabi Tel Aviv, survenues après un match de Ligue Europa à Amsterdam en novembre 2024, qui ont fait au moins 10 blessés parmi les supporters du Maccabi et conduit à des dizaines d’arrestations.

Si les enquêtes israéliennes ont conclu que l’émeute avait été coordonnée par des gangs arabes et musulmans locaux, la police s’est également intéressée aux actes racistes commis par des supporters israéliens avant l’émeute. Plus précisément, des supporters du Maccabi auraient scandé des slogans racistes anti-arabes comme « Mort aux Arabes », retiré des drapeaux palestiniens des bâtiments, et vandalisé des biens.

Sur cette image tirée d’une vidéo, des policiers montent la garde en formant une ligne près du stade Ajax, à Amsterdam, aux Pays-Bas, le 7 novembre 2024. Les supporters du Maccabi Tel Aviv ont été pris pour cible par des émeutiers anti-israéliens lors d’une attaque apparemment préméditée après un match de football au stade Ajax. (Crédit : AP Photo InterVision)

Plus récemment, des manifestations pro-palestiniennes ont eu lieu durant les matchs disputés par l’équipe nationale israélienne en Norvège et en Italie. La police avait alors utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les groupes violents.

Le rapport du groupe consultatif sur la sécurité de Birmingham a fait valoir que certains groupes de supporters du Maccabi, connus sous le nom de « ultras » et comprenant des éléments d’extrême droite, ont déjà été impliqués dans des incidents racistes. Ce fait, combiné au climat géopolitique et aux menaces de manifestations de la Palestine Solidarity Campaign et d’autres groupes, rendait l’accueil des Israéliens trop risqué sur le plan sécuritaire, a donc conclu la police.

La montée du racisme dans le sport

Le problème du racisme dans le football est largement identifié dans les ligues européennes, alors même que des études montrent qu’il connait une hausse en Israël.

En Europe, l’organisation anglaise à but non lucratif Kick It Out, qui lutte contre le racisme dans le football, a constaté que la discrimination n’a cessé d’augmenter ces dernières années. Elle a recensé près de 1 400 incidents visant tous types de groupes au cours de la saison 2024/25, un chiffre qui constitue un record et représente plus du double du nombre de signalements enregistrés quatre saisons plus tôt.

Le Fare Network, un autre groupe de lutte contre la discrimination, a récemment déclaré que les insultes racistes proférées à l’encontre des joueurs noirs avaient doublé au cours des premières semaines de la saison en cours.

En Israël, les slogans racistes ont augmenté de 64 % durant la saison 2024-2025, selon Kick It Out Israel – un groupe non directement affilié à l’organisation britannique du même nom.

Matan Segal, directeur du groupe Kick It Out Israel (Crédit : Autorisation)

Selon un rapport publié à la fin de la saison 2024-2025, l’organisation a recensé 367 slogans racistes au cours de la période. Les supporters du Maccabi Tel Aviv en sont responsables à hauteur de 118. Le Beitar Jérusalem, souvent considéré comme l’équipe la plus raciste d’Israël, arrive en deuxième position avec 115 slogans.

Cela ne signifie pas nécessairement, toutefois, que le Maccabi est plus raciste que le Beitar, a fait remarquer Matan Segal, directeur de Kick It Out Israel.

« Notre approche repose sur le fait que nous ne pourrons jamais entendre tout ce qui se passe dans les tribunes. Les chiffres eux-mêmes ne reflètent donc pas toute la réalité », a expliqué Segal. En d’autres termes, l’importance de l’étude réside dans la tendance générale, et non dans les données elles-mêmes, a-t-il souligné.

Les tensions liées à la guerre de Gaza ont contribué à cette hausse globale, a indiqué Segal. Le slogan le plus fréquemment entendu – 73 occurrences enregistrées au cours de la saison – était « Victoire à l’armée israélienne, f* les Arabes ». Dautres qualifiaient certains joueurs de « terroristes ».

Les affiliations politiques étaient déjà ancrées dans le football israélien avant la création de l’État, a noté Segal. La plupart des équipes portaient le nom de mouvements populaires dans les années 1930 et 1940. Les équipes nommées Hapoel étaient à l’origine associées au syndicat socialiste des travailleurs du pays. Le nom Beitar était lié au mouvement de jeunesse sioniste révisionniste fondé par Zeev Jabotinsky. Le terme Maccabi était quant à lui relatif à un mouvement de clubs sportifs juifs qui a gagné en popularité au début du XXe siècle.

Le Beitar Jérusalem et le Bnei Sakhnin s’affrontent au stade Teddy de Jérusalem le 25 janvier 2025. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Flash90)

Par ailleurs, le Bnei Sakhnin, le club arabo-israélien le plus titré du pays, est une source de fierté pour la jeunesse arabe, et ce même s’il subit les attaques du Beitar Jérusalem et d’autres clubs, a constaté Segal.

Le groupe Kick It Out Israel, qui est financé par le centre de coexistence Givat Haviva, a dénombré quelque 165 incidents violents l’an dernier, parmi lesquels des jets d’objets et des invasions de terrain, ainsi que deux annulations de matchs en raison d’un comportement indiscipliné des supporters.

Pour Segal, il est difficile de comparer cette situation à celle qui prévaut en Europe. Si aucune des organisations de surveillance ne dispose de données suffisantes pour comparer les actes racistes commis au cours de matchs de football dans différents pays, il n’y a toutefois aucune raison de penser que la situation est pire en Israël, a-t-il précisé.

L’omniprésence du racisme dans le football est cependant le symptôme de problèmes sociaux plus larges, a-t-il ajouté.

« Si un sport aussi pur que le football, dont le but est de rassembler des personnes d’horizons différents, conduit à ce type de comportement, alors il faut se demander ce qui ne va pas », a-t-il souligné.

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