Lipstadt nuance ses propos liant l’incendie d’une synagogue au mouvement anti-Israël
L'ex-envoyée spéciale pour l'antisémitisme avait qualifié l'incendie de Jackson d'étape dans la "mondialisation de l'Intifada", mais l’incendiaire ne semble pas lié à l'extrême gauche
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JTA — Alors que l’on apprenait ce week-end qu’un incendie criminel avait gravement endommagé la seule synagogue de Jackson, dans le Mississippi, plusieurs personnalités ont établi un lien entre l’auteur de cet acte et le militantisme anti-Israël.
« C’est une tragédie majeure. Mais c’est plus que cela », a écrit Deborah Lipstadt, ancienne envoyée spéciale du Département d’État américain pour lutter contre l’antisémitisme, sur le réseau social X.
« Il s’agit d’un incendie criminel et d’une nouvelle étape dans la mondialisation de l’Intifada. »
Apprenant par la suite que l’incendiaire semblait avoir été motivé par une forme d’antisémitisme associée à l’extrême droite, et non au mouvement anti-Israël, elle a quelque peu nuancé ses propos. Cependant, les premiers commentaires de Lipstadt sur les motivations de l’incendiaire reflètent un sentiment de désorientation plus général parmi les Juifs de la Diaspora, confrontés à une flambée de l’antisémitisme provenant de tous les horizons politiques, de la gauche à la droite en passant par l’extrémisme islamiste.
Les communautés et militants juifs se sont livrés à un débat houleux pour déterminer quel camp représentait la plus grande menace, et les nouveaux cas signalés suscitent souvent des spéculations immédiates sur les motivations des agresseurs. Lipstadt, professeure à l’université Emory qui a travaillé au Département d’État sous la présidence de Joe Biden, a elle-même critiqué la politisation des accusations d’antisémitisme. « Quand on ne voit cela que de l’autre côté de la barrière politique, avait-elle déclaré au Los Angeles Times en 2024, je me pose la question suivante : est-ce que vous vous intéressez vraiment à la lutte contre l’antisémitisme, ou est-ce que votre objectif principal est de vous en prendre à vos ennemis ? »
« Mondialiser l’Intifada » est une expression couramment utilisée dans les manifestations de gauche et anti-Israël. La plupart des auteurs d’attaques antisémites à grande échelle perpétrées hors d’Israël depuis le pogrom commis par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 – notamment à Washington, à Boulder, dans le Colorado, à Bondi Beach, et lors de l’incendie criminel du domicile du gouverneur de Pennsylvanie Josh Shapiro – ont rendu publiques leurs affiliations anti-Israël et/ou islamistes.
Cependant, lorsque l’identité du pyromane de Jackson a été révélée et que le suspect a comparu devant le tribunal, ses déclarations et son activité sur les réseaux sociaux n’ont révélé aucun lien évident avec le mouvement anti-Israël.
Au lieu de cela, le suspect, Stephen Spencer Pittman, 19 ans, diplômé d’une école catholique, a utilisé des expressions telles que « synagogue de Satan » et « Jésus-Christ est Seigneur », très prisées par des figures de proue de l’extrême droite en ligne qui propagent l’antisémitisme, comme Nick Fuentes et Candace Owens.
Cependant l’expression « synagogue de Satan » a également des racines plus profondes ; elle a été popularisée par Louis Farrakhan, leader de l’organisation suprémaciste noire Nation of Islam (NOI).
Un compte Instagram qui lui serait attribué contient également des références à un « régime chrétien » et à un extrait de la série animée pour adultes « Drawn Together », dans lequel un personnage antisémite est surnommé « corbeau juif ». (L’un des créateurs de la série est juif.)
Ni les déclarations publiques de Pittman devant le tribunal, ni son compte Instagram ne font référence à un activisme anti-Israël.
Rétrospectivement, Lipstadt a-t-elle eu raison de faire d’emblée un lien entre l’incendie et la « mondialisation de l’Intifada » ?
« Il était peut-être inopportun de ma part d’avoir utilisé cette expression », a-t-elle déclaré à la Jewish Telegraphic Agency.
Lipstadt a insisté : « Je ne disais pas qu’il s’agissait d’une attaque de gauche. Ce n’est clairement pas le cas. » Elle n’a pas non plus « voulu laisser entendre qu’il s’agissait d’une attaque islamiste ».
Elle a suggéré que cette expression, qui utilise un mot arabe associé aux soulèvements violents palestiniens de la fin des années 1980 et du début des années 2000, pouvait être interprétée comme une haine envers les Juifs provenant de toutes parts.
« Si ‘mondialiser l’Intifada’ signifie ‘attaquer les Juifs partout’, alors cela correspond tout à fait », a-t-elle ajouté.
« Cela dépend donc de la façon dont vous souhaitez interpréter cette expression. »
Lipstadt n’était pas la seule personnalité à avoir établi un lien entre l’incendiaire et la « mondialisation de l’Intifada » ainsi que d’autres slogans anti-Israël avant que son identité ne soit révélée.
« Tout a commencé avec le [mouvement anti-Israël Boycott, désinvestissement et sanctions] BDS. Certains ont dit que ce n’était que des mots », a écrit Marc Edelman, professeur de droit juif à la City University of New York (CUNY), sur X ce week-end.
« Discours à la faculté de droit de la CUNY : ‘mondialiser l’Intifada’. Encore des mots ? Récents slogans pro-Hamas. Encore des mots ? Et maintenant, les violences à Pittsburgh, Washington, Sydney, Jackson, Mississippi et ailleurs. Comme le disait la gauche, les mots comptent ! », a-t-il poursuivi.
Même une politicienne anti-Israël a condamné cet incendie criminel tout en évoquant le récent activisme anti-Israël radical dans sa propre ville.
« La plus ancienne et la plus grande synagogue du Mississippi, ainsi que deux de ses rouleaux de la Torah, ont été incendiés hier, jour du Shabbat, lors d’une horrible attaque antisémite, quelques jours après que des manifestants ont scandé ‘Nous soutenons le Hamas’ ici même, à New York », a écrit Shahana Hanif, membre du conseil municipal de New York originaire de Brooklyn, réélue lors d’une campagne électorale largement axée sur Israël, sur X.
Elle faisait référence aux récentes manifestations pro-Hamas devant des synagogues à New York, qui ont été dénoncées par des progressistes critiques envers Israël, notamment le maire Zohran Mamdani et la représentante américaine Alexandria Ocasio-Cortez.
« Ces slogans sont antisémites et profondément blessants. On peut s’opposer à la vente de terres en Cisjordanie sans pour autant soutenir la violence contre les Juifs. L’incendie criminel qui s’est produit hier dans le Mississippi nous rappelle brutalement les conséquences de la haine », a ajouté Hanif.
Hanif a suscité certaines critiques de la part du mouvement anti-Israël pour sa déclaration, notamment de la part du groupe à l’origine des manifestations pro-Hamas devant des synagogues de New York, qui s’est offusqué de cette comparaison.
« Établir un lien entre les chants entonnés lors d’une manifestation pour la Palestine, qui soutient le mouvement de résistance d’un peuple occupé, et l’attentat à la bombe perpétré par le Ku Klux Klan contre une synagogue est tout à fait irresponsable et révoltant », a écrit le groupe radical PAL-Awda NY/NJ à Hanif.
Sur la chaîne Telegram du groupe, consultée par la JTA, PAL-Awda a ajouté : « Nous vous voyons, vous, les politiciens qui prétendez soutenir la Palestine, mais qui suivez ensuite le scénario de la hasbara pour associer les personnes qui résistent à l’oppression coloniale aux suprémacistes blancs qui bombardent les synagogues du Mississippi. »
« Hasbara » désigne en hébreu les efforts d’Israël en matière de relations publiques.
Des groupes pro-Israël ont pour leur part dénoncé cette hypocrisie, certains partageant une capture d’écran d’un tweet de Hanif relayant un message d’un activiste anti-Israël contenant l’expression « Mondialisons l’Intifada ».
La JTA n’a pas pu vérifier l’authenticité de ce message.
Contrairement à Lipstadt, Edelman, professeur de droit à la CUNY, a déclaré à la JTA qu’il s’en tenait à son évaluation initiale de l’incendie criminel.
« Rien ne change le fait que les actions menées à Washington, et à Sydney, en Australie, ont convergé vers une position anti-Israël d’extrême gauche », a-t-il déclaré, faisant référence aux fusillades de masse perpétrées au Capital Jewish Museum et à Bondi Beach – la première perpétrée par un activiste déclaré anti-Israël, la seconde par des terroristes islamistes déclarés. (Edelman a précisé qu’il avait récemment obtenu une bourse Fulbright en Australie.)
« Il n’est pas non plus surprenant que la rhétorique d’extrême droite, comme cela a été le cas pendant des générations dans ce pays, ait également conduit à une augmentation de la violence à l’encontre des groupes minoritaires, notamment les Juifs américains », a ajouté Edelman.
Mais selon Edelman, il existe une différence fondamentale entre les deux camps.
« La grande différence ici, et je le dis en tant que membre du parti démocrate, c’est que la gauche a toujours été meilleure que cela », a-t-il souligné.
« Et aujourd’hui, ce n’est peut-être plus le cas. »
Pour Lipstadt, cet incident lui a surtout appris que les Juifs ne devraient pas perdre leur temps à déterminer quelles attaques antisémites, qu’elles viennent de la gauche ou de la droite, sont les pires.
« Tout cela est horrible », a-t-elle déclaré.
« Tout cela est mortel. C’est toxique et dangereux. »
L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.
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