Malgré la guerre et les conditions difficiles, les Thaïlandais restent fidèles à l’agriculture israélienne
Depuis 2023, 51 travailleurs thaïlandais ont été tués par des terroristes, et 31 ont été enlevés le 7-Octobre, mais ça ne les a pas poussés à fuir les champs et les vergers israéliens
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Qwon et son mari, Tay, un couple thaïlandais qui s’occupe d’avocatiers au sein d’une petite coopérative agricole de l’ouest de la Galilée, se sont mêlés à leurs voisins israéliens lors d’une célébration de Shavouot en mai, marquant la fête juive des récoltes près des champs qu’ils aident à cultiver.
Une semaine plus tôt, quatre civils israéliens avaient été blessés, dont un gravement, lors d’une attaque de drone du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah à seulement 13 kilomètres de là. Pourtant, a déclaré Qwon au Times of Israel, en utilisant son téléphone pour traduire : « Je n’ai pas peur, car j’ai confiance dans la défense civile israélienne. »
Même après le 8 octobre 2023, date à laquelle le groupe terroriste soutenu par la République islamique d’Iran a commencé à tirer presque quotidiennement des roquettes et à lancer des drones sur le nord d’Israël, Qwon et les neuf autres travailleurs thaïlandais de la coopérative ont continué à s’occuper des 1 000 dunams (100 hectares) d’avocatiers aux côtés de leurs homologues israéliens, souvent sous le feu ennemi.
Les violences se sont atténuées depuis la mise en place, le 19 juin, d’un fragile cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, négocié par l’administration Trump – même si les agriculteurs et les travailleurs du nord sont toujours exposés.
Malgré le danger, Qwon et Tay sont restés en Israël. Ils comptent parmi les dizaines de milliers de travailleurs thaïlandais devenus indispensables à l’agriculture israélienne, aidant à entretenir les champs qui fournissent une grande partie des produits agricoles du pays.
Depuis plus de deux ans et demi, ils supportent également certains des coûts les plus lourds de la guerre.
46 citoyens thaïlandais ont été tués dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023, lorsque des milliers de terroristes menés par le Hamas ont franchi la frontière depuis Gaza, tuant plus de 1 200 personnes et prenant 251 otages.
Parmi ces otages, 31 étaient originaires de Thaïlande. 28 ont finalement été relâchés. Trois sont morts en captivité à Gaza, selon les autorités israéliennes.
Dans le nord d’Israël, cinq ouvriers agricoles thaïlandais ont perdu la vie lors de tirs de roquettes du Hezbollah.
Pourtant, en observant la foule d’Israéliens célébrant Shavouot, Qwon semblait visiblement de bonne humeur.
« J’aime bien les Israéliens », a-t-elle déclaré.
« Même si je ne suis qu’une simple ouvrière, les gens d’ici ne m’ont jamais manifesté le moindre préjugé. »
« Relativement stable »
Les Thaïlandais constituent actuellement la plus grande communauté de travailleurs étrangers en Israël.
Ils ont commencé à affluer en grand nombre dans le pays en 1993, lorsque le gouvernement israélien a proposé des visas de travail temporaires pour réduire la dépendance d’Israël à l’égard de la main-d’œuvre agricole palestinienne, pour des raisons de sécurité, à la suite de la Première Intifada, qui avait débuté en 1987.
Selon la commission des Travailleurs étrangers de la Knesset, on comptait plus de 195 000 travailleurs étrangers en situation régulière en Israël en avril 2025, auxquels s’ajoutaient plus de 33 000 travailleurs sans papiers.
Au début de la guerre entre Israël et le Hamas, en 2023, alors que plusieurs dizaines de leurs compatriotes étaient retenus en otage à Gaza, des milliers de travailleurs thaïlandais sont rentrés chez eux et la Thaïlande a gelé un accord bilatéral permettant à davantage de travailleurs de se rendre en Israël. L’accord a été rétabli à l’été 2024. Dans le cadre de ce programme, les travailleurs thaïlandais peuvent rester en Israël avec un permis de travail valide pendant une durée maximale de cinq ans.
« Les travailleurs thaïlandais sont extrêmement importants pour les agriculteurs du nord et de tout Israël », a déclaré un porte-parole du ministère de l’Agriculture.
« Depuis le début des guerres, le ministère a enfin réussi à lever les obstacles qui limitaient le nombre de travailleurs. Il est désormais beaucoup plus facile pour les agriculteurs de recruter des travailleurs thaïlandais. »
Assia Ladizhinskaya, porte-parole de Kav LaOved, un groupe d’aide juridique pour les travailleurs vulnérables, a qualifié les conditions de travail des travailleurs thaïlandais de « relativement stables » dans l’ensemble.
Ladizhinskaya a expliqué que, comme ils arrivent en Israël par l’intermédiaire d’une agence gouvernementale, leurs conditions sont « bien meilleures que celles des travailleurs recrutés par des agences privées dans d’autres pays ».
« Dans l’ensemble, la situation est positive », a-t-elle déclaré.
Cependant, ces travailleurs sont parfois confrontés à des conditions de vie en deçà des normes, à un salaire horaire « qui les incite à hésiter avant de s’absenter du travail », et à un manque de recours juridiques lorsqu’ils sont employés par des employeurs qui ne cotisent pas à leur fonds de retraite.
Combler un vide
Les travailleurs thaïlandais restent exposés à d’éventuelles attaques de drones et de roquettes, tant du Hamas au sud que du Hezbollah au nord.
« Ils ont vécu près de trois ans de guerre », a déclaré au Times of Israel Moti Yanko, responsable des 3 000 dunams (300 hectares) de plantations de bananes, d’avocatiers et d’ananas du kibboutz Cabri, situé juste au sud de la frontière libanaise, en désignant du doigt certains des 32 travailleurs thaïlandais employés dans l’exploitation.
Un matin de mai, sous un ciel nuageux, les hommes marchaient à travers un champ de bananiers, transportant de lourdes tiges de bananes fraîchement coupées pour les charger sur un wagon ouvert.
Des rangées et des rangées de bananiers s’étendaient à perte de vue, sans aucun abri antiatomique en vue.
« Nous sommes tous ici, dans les champs, sans aucun abri provisoire », a déploré Yanko, faisant référence aux structures préfabriquées en béton déployées pour offrir une protection rapide – bien que partielle – en cas de tir de missiles ou de roquettes.
« Quand la sirène retentit, je me couche par terre avec eux. »
Lors d’une attaque de roquettes du Hezbollah en 2024, Yanko a tourné une courte vidéo satirique à l’intention de ses filles pour les rassurer quant à sa sécurité. Celles-ci lui ont suggéré de publier des vidéos humoristiques sur les réseaux sociaux, ce qu’il a fait.
Il a touché un public israélien plus large, puis des spectateurs du monde entier, en exprimant sa gratitude envers les travailleurs thaïlandais qui travaillent à ses côtés dans le kibboutz.
Dans plusieurs vidéos, Yanko s’exclame de sa voix rauque caractéristique : « Thaïlande ! Thaïlande ! »
Peu après une nouvelle attaque à la roquette du Hezbollah, Yanko s’est filmé portant sur la tête, en guise de chapeau, un fragment métallique provenant d’un missile intercepteur du système « Dôme de fer ».
« Quand les gens rient, cela leur remonte le moral », a-t-il souligné.
Yanko s’est ensuite tourné vers sa responsable, Najat Badran, 39 ans, qui vit dans la ville voisine de Cheikh Danoon et qui travaille avec lui depuis treize ans.
Badran, qui parle arabe et hébreu mais pas thaï, a expliqué qu’elle communiquait avec les ouvriers à l’aide de gestes et d’applications de traduction sur son téléphone.
Elle a ajouté que les ouvriers thaïlandais avaient remplacé « les Juifs, qui se sont tournés vers la haute technologie, puis les Arabes, qui ont eux aussi cessé de travailler dans l’agriculture ».
« Plus personne ne veut porter des bananes sur le dos », a-t-elle déclaré.
Moshav Ben Ami
À Ben Ami, un moshav situé à environ 7 kilomètres de la frontière libanaise, Benny Senesz vit dans l’exploitation d’avocatiers que son père, Shaul, a fondée en 1949.
Benny a confié au Times of Israel qu’il avait grandi en aidant ses parents. Outre l’exploitation agricole, sa mère tenait une chatterie et son père, un chenil pour les chiens. Aujourd’hui, Benny suit les traces de son père au chenil pour chiens, tandis que son épouse, Gila, s’occupe des chats.
De son vivant, « mon père s’occupait seul de tout dans les champs », a expliqué Senesz.
« Mais en plus de nos 40 dunams, nous louons 60 dunams supplémentaires de vergers d’avocatiers. Nous cultivons également des framboises ; nous avons donc besoin de main-d’œuvre. »
Au cœur de cette propriété immaculée se dresse une petite maison où vivent deux ouvriers thaïlandais. Ils cultivent leurs propres légumes, notamment des haricots verts et des piments forts. Senesz a confectionné les drapeaux d’Israël et de Thaïlande qui flottent au sommet d’un mât dressé au milieu des vergers d’avocatiers.
« Je ne les envoie pas travailler seuls », a expliqué Senesz.
« Je suis agriculteur. Quoi qu’ils fassent, je fais pareil. »
Il a expliqué que lorsque la guerre a éclaté en 2023, « ils étaient soumis à un stress énorme ».
Au début, les ouvriers se sont réfugiés dans le mamad – abri antiatomique -, et ont séjourné chez la famille élargie des Senesz.
« Je m’inquiète pour eux, je veille sur eux, et ils sont très fidèles et m’en sont reconnaissants », a déclaré Senesz, qui a depuis aménagé un abri provisoire à côté de la maison des ouvriers thaïlandais, où ils peuvent se réfugier en cas d’attaques de roquettes.
Il a expliqué que son épouse, Gila, les emmenait chez le dentiste et à leurs rendez-vous médicaux, et que la famille fêtait leurs anniversaires avec eux et leur offrait des cadeaux.
Napa, qui travaille en Israël depuis cinq ans, a déclaré au Times of Israel, par l’intermédiaire d’un interprète au téléphone, qu’il allait bientôt rentrer en Thaïlande, où sa femme et ses deux enfants « [l]’attendent ».
Il a ajouté qu’il ne savait pas encore ce qu’il ferait une fois de retour dans son pays.
« J’étais inquiet quand il y avait des tirs de roquettes pendant la guerre », a déclaré Napa.
« Mon patron m’a dit que je pouvais partir. Mais mon gagne-pain est important pour moi, mon patron est sympa, et je voulais rester. »
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