Michigan : Un candidat républicain au Sénat séduit les électeurs juifs malgré sa défiance envers l’AIPAC
L’équipe de Mike Rogers appelle le lobby pro-Israël à rester en dehors de la course, après son soutien financier à Haley Stevens, battue par Abdul El-Sayed, critique d’Israël
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JTA — Depuis qu’Abdul El-Sayed, critique progressiste d’Israël, a remporté la primaire démocrate dans la course au Sénat américain dans le Michigan, de nombreux électeurs juifs et pro-Israël de l’État et d’ailleurs se rangent – parfois à contrecœur – du côté de son adversaire républicain.
Mais des informations récentes ont semé le doute quant à la mesure dans laquelle le candidat républicain, l’ancien député américain Mike Rogers, est à l’aise avec le soutien qu’il reçoit de donateurs pro-Israël.
Selon plusieurs médias, Rogers et ses représentants ont fait savoir à l’AIPAC qu’ils souhaiteraient que ce géant du lobbying pro-Israël s’abstienne de dépenser directement en sa faveur lors de l’élection générale, afin d’éviter d’ouvrir une brèche qui permettrait d’attaquer le candidat, avec lequel El-Sayed est actuellement à égalité dans les sondages. La campagne suggère plutôt d’autres moyens de soutien, notamment en acheminant des fonds à un super PAC général pro-Rogers.
Rogers n’a pas répondu à une demande de commentaires de la Jewish Telegraphic Agency. Et rien n’indique que la campagne de Rogers ait rompu ses liens avec l’AIPAC, ses super PAC affiliés ou leur cercle de donateurs. Loin de là : selon le Times, Rogers a récemment assisté à plusieurs grandes collectes de fonds liées à l’AIPAC à Los Angeles.
De plus, la grande majorité des donateurs juifs alignés sur l’AIPAC qui soutiennent sa campagne restent à ses côtés, selon Dennis Bernard, un résident juif de l’agglomération de Détroit et collecteur de fonds politiques, qui a déclaré qu’il soutiendrait Rogers.
Néanmoins, la demande rapportée de Rogers – selon laquelle des intermédiaires devraient formuler des demandes de manière à contourner les lois sur le financement des campagnes électorales interdisant toute coordination directe avec les super PAC – souligne une crainte grandissante parmi les groupes juifs et pro-Israël.
Dans un climat politique où les deux partis se sont détournés, à des degrés divers, d’Israël et de l’AIPAC, de plus en plus de Juifs pro-Israël estiment que leur principal représentant sur la scène politique est peut-être devenu un handicap – plutôt qu’un atout.
Bernard, qui occupe le poste de président national des relations gouvernementales au sein du groupe faîtier non partisan Jewish Federations of North America (JFNA), a qualifié les manœuvres de Rogers vis-à-vis de l’AIPAC de « stratégie tactique ».
« Je suis sûr que Mike est très reconnaissant de l’aide apportée par l’AIPAC et qu’il n’essaie pas de refuser l’argent de l’AIPAC », a-t-il déclaré à la JTA.
Bernard a, à titre personnel, mis en relation plusieurs donateurs juifs proches de l’AIPAC avec la campagne de Rogers.
« Mike essaie actuellement de comprendre, comme tout le monde : comment accepter stratégiquement les fonds de la communauté juive dans ce monde en mutation ? »
Bernard a reconnu que le fait d’être associé à l’AIPAC était devenu un handicap politique dans de nombreuses courses électorales, ses détracteurs considérant cela comme équivalent à accepter « l’argent des centres de données ».
Contacté pour commenter la situation, un porte-parole de l’AIPAC a renvoyé la JTA aux déclarations faites lundi par l’organisation auprès du New York Times.
« La campagne de Rogers nous a clairement fait savoir qu’elle accueillait favorablement le soutien de l’AIPAC et de nos membres », a déclaré la porte-parole Deryn Sousa au Times.
L’AIPAC s’implique rarement dans les élections législatives, mais le groupe a déclaré qu’il continuait à considérer El-Sayed comme une cible prioritaire.
David Victor, un habitant du Michigan et ancien président de l’AIPAC qui reste impliqué dans le groupe, a renvoyé un journaliste s’interrogeant sur la campagne électorale vers l’organisation nationale.
Rien ne garantit qu’un rôle moins visible de l’AIPAC protégerait Rogers, fervent défenseur d’Israël, des accusations selon lesquelles il serait de mèche avec le groupe. De plus, du point de vue du lobby, permettre à d’autres de dépenser les fonds levés par l’AIPAC priverait le groupe à la fois du contrôle de son message et de la possibilité de s’attribuer le mérite de ce qu’il espère être une défaite d’El-Sayed.
El-Sayed, ancien responsable sanitaire du comté, a fait des dépenses massives de l’AIPAC en faveur de sa rivale au sein de son propre parti, la députée Haley Stevens, un argument majeur de sa campagne électorale. De nombreux autres candidats progressistes ont remporté la victoire lors de ce cycle électoral en faisant de l’AIPAC une cible.
L’AIPAC et ses défenseurs ont fait valoir que ses dépenses en faveur de Stevens, qui ont dépassé les 30 millions de dollars, ont contribué à réduire l’écart de victoire d’El-Sayed et à l’affaiblir lors de l’élection générale. Mais le groupe a essuyé de vives critiques au cours de ce cycle électoral, y compris de la part d’alliés idéologiques, en raison de ses dépenses agressives contre certains candidats libéraux pro-Israël. Selon les observateurs, ces dépenses ont contribué à propulser au pouvoir des personnalités plus hostiles à Israël.
Même s’il avait exprimé le souhait de réduire la visibilité des dépenses de l’AIPAC dans la campagne, Rogers a laissé entrevoir qu’il espérait détourner les électeurs juifs d’El-Sayed.
Il s’en est notamment pris à certains soutiens juifs libéraux de la campagne. Le rabbin Asher Lopatin, qui dirige la congrégation orthodoxe moderne Kehillat Etz Chayim à Huntington Woods, en banlieue de Détroit, s’est exprimé la semaine dernière lors d’une conférence de presse « Democrats for Mike » aux côtés de Rogers.
Actuellement en congé de son poste de directeur des relations communautaires à la Fédération juive du Grand Ann Arbor, le rabbin Lopatin a déclaré à l’assistance que lui-même, électeur démocrate de longue date, soutenait Rogers car El-Sayed « a fait preuve de mépris envers la communauté juive et, franchement, envers les valeurs américaines ».
Le rabbin a cité les propos tenus par El-Sayed après qu’un homme a foncé avec une camionnette chargée d’explosifs contre la synagogue Temple Israel à West Bloomfield, plus tôt cette année. À cette occasion, El-Sayed, évoquant le terroriste qui avait perdu des proches lors d’une frappe israélienne au Liban, avait déclaré : « Les gens qui souffrent font souffrir les autres. »
Lopatin a également évoqué les liens du candidat avec Hasan Piker, un streamer d’extrême-gauche anti-Israël, avec lequel El-Sayed avait fait campagne lors des primaires. Quelques jours après leur conférence de presse, El-Sayed a pris ses distances avec Piker à la suite des nouvelles déclarations de ce dernier, qui avaient suscité un tollé au sein de la communauté juive.
El-Sayed n’a pas répondu à une demande de commentaires de la JTA.
Le rabbin Lopatin a déclaré à la JTA qu’il avait pris la parole lors de l’événement organisé par Rogers « à titre personnel » et a ajouté que d’autres membres de la communauté juive l’avaient remercié d’avoir « pris leur défense ».
Il a également précisé que le malaise que Rogers aurait manifesté à l’égard de l’AIPAC n’affecterait en rien son soutien au candidat.
« Tant mieux pour lui. Les républicains ne manquent pas d’argent », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il n’avait lui-même aucun lien avec l’AIPAC.
« Si je devais faire une recommandation, je dirais : ‘AIPAC, restez en dehors de cette course. Vous avez fait ce que vous pouviez. Restez en dehors. Laissez-le se présenter.’ »
Rogers se positionne également comme un combattant de l’antisémitisme et présente son rival comme un instigateur de ce phénomène. S’adressant samedi à la convention d’investiture du Parti républicain du Michigan, il a déclaré qu’il soutiendrait les électeurs juifs qui, selon lui, seraient lésés par El-Sayed.
Qualifiant Piker de « colistier » du candidat, Rogers a déclaré que la rhétorique de ce duo « avait des implications concrètes » pour des personnes telles qu’une « jeune fille juive qui fréquente l’université du Michigan ».
Rogers a expliqué que cette étudiante, dont il n’a pas révélé le nom, lui avait confié qu’elle « cachait son collier à l’étoile de David afin que les antisémites violents du campus ne le voient pas et ne la harcèlent pas – ou pire encore ».
De son côté, Bernard, qui dirige également un cabinet de conseil financier, a déclaré qu’il était parfois judicieux, d’un point de vue commercial, de « ne pas s’attribuer le mérite d’une victoire ».
« Nous laissons le client ou quelqu’un d’autre s’en attribuer le mérite, et nous nous contentons d’empocher nos gros bénéfices avant de passer à autre chose », a-t-il ajouté.
« Parce que ceux qui ont besoin de savoir le savent déjà. »
la Communauté du Times of Israël !







