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New York : Des victimes d’attentats en Israël recouvrent leurs cicatrices de tatouages

Healing Ink tatoue survivants et proches dans un processus thérapeutique pour se reconstruire et devenir « plus beau qu’avant »

Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

Un événement organisé par Healing Ink, à New York, le 26 février 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)
Un événement organisé par Healing Ink, à New York, le 26 février 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

NEW YORK – En décembre 2000, Omer Golan attendait le bus à Mehola Junction, en Cisjordanie. Il venait de remporter une partie de backgammon lorsqu’un kamikaze l’a saisi par derrière et s’est fait exploser avec 7 kg d’explosifs mélangés à des clous et de vieilles balles.

Golan, alors âgé de 20 ans et en service militaire, s’est réveillé trois semaines plus tard à l’hôpital Rambam de Haïfa, dans un état critique. Des éclats d’obus étaient incrustés dans sa chair, il était partiellement paralysé et presque sourd, et sa peau était couverte de brûlures qui avaient carbonisé la majeure partie d’un tatouage représentant un dauphin dans son dos, dont seule la tête restait visible.

Les restes carbonisés du tatouage déconcertaient le personnel médical qui s’occupait de lui, lequel ne cessait de lui demander pourquoi il avait un « oiseau décapité » sur l’épaule, a-t-il raconté.

Lorsqu’il s’est installé à Brooklyn, un ami tatoueur a ajouté le corps d’un oiseau à la tête du dauphin, un clin d’œil au malentendu du personnel sur le motif, et l’un des nombreux tatouages qu’il s’est fait faire en réponse à ses blessures.

À l’endroit où sa montre a fondu dans son poignet, il s’est fait tatouer le mot « Now », car « c’est maintenant », a-t-il expliqué. il a fait tatouer sur son avant-bras droit, par-dessus ses cicatrices, l’expression en hébreu « lehem veshashouyim » (« du pain et des jeux »), qu’il interprète comme signifiant « plaisir extravagant », en réponse aux tentatives d’amputation du membre après l’attaque.

Golan se remet encore de l’attaque : une balle de 9 millimètres qui s’était logée dans son avant-bras, enchevêtrée dans ses nerfs et ses muscles, émerge peu à peu de sa peau 25 ans plus tard, juste en dessous de son tatouage.

Les tatouages et les cicatrices d’Omer Golan, vus lors d’un événement Healing Ink, à New York, le 26 février 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Jeudi, il s’est fait faire son dernier tatouage, représentant trois cœurs reliés par des veines et entrelacés de lignes dorées. Le motif s’inspire de l’art japonais du kintsugi, dans lequel une poterie brisée est réparée avec de la laque dorée, plutôt que dissimulée.

« C’est une métaphore de choses brisées, puis réparées et réassemblées. Une fois restaurée, elle a plus de valeur, elle est plus belle qu’à l’état neuf », a déclaré Golan, lui-même artiste. « J’ai sans aucun doute été brisé et réassemblé de tant de façons différentes. »

Golan s’est fait tatouer ces cœurs lors d’un événement organisé par Healing Ink, un groupe de défense qui offre des tatouages gratuits aux victimes du terrorisme et aux membres de leur famille. L’événement illustrait le traumatisme durable et profond causé par les violences au Moyen-Orient, ainsi qu’une méthode contre-intuitive à laquelle certains ont recours pour y faire face.

Healing Ink organise chaque année des événements en Israël et dans au moins une ville américaine. Son dernier événement à New York remontait à 2017, en faveur des survivants des attentats du 11-Septembre et des familles des victimes. En 2021, le groupe a proposé des tatouages aux personnes affectées par le massacre de la synagogue Tree of Life à Pittsburgh.

Craig Dershowitz, directeur de Healing Ink, à New York, le 26 février 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Craig Dershowitz, directeur de Healing Ink, explique que les tatouages aident les survivants en leur permettant de « s’approprier leur propre histoire ».

« Quand vous portez une cicatrice, elle vous a été infligée par quelqu’un d’extérieur. Cela signifie que votre corps et votre perception de qui vous êtes ont été pris en otage par un étranger », dit Dershowitz, un Juif né à Brooklyn, basé à Los Angeles et couvert de tatouages.

« Ce que fait un tatouage, tant physiquement qu’émotionnellement, c’est réaffirmer : ‘Voilà qui je suis. J’ai choisi à quoi ressemble mon corps. J’ai choisi ce qui m’a été fait, à moi et à mon corps’. Cela permet de reprendre le contrôle de sa vie », ajoute-t-il.

Omer Golan se fait tatouer par Edit Ben Gida, originaire de Tel Aviv, à New York, le 26 février 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Plusieurs études viennent étayer cette hypothèse.

Certaines victimes de terrorisme hésitent à entamer une thérapie, mais se sentent plus à l’aise à l’idée de se faire tatouer avec d’autres survivants, ce qui peut servir de point d’entrée vers un soutien en santé mentale, a déclaré Dershowitz, qui porte le mot « Love » tatoué sur sa paupière gauche et « you » sur la droite.

L’événement de jeudi s’est tenu en partenariat avec American Friends of Natal, la branche américaine d’une association israélienne à but non lucratif qui vient en aide aux victimes de traumatismes.

« Les survivants d’un traumatisme redémarrent presque leur vie à zéro. Ils ont besoin de reprendre le contrôle des petites choses, comme se réveiller, préparer leur petit-déjeuner, faire leurs propres choix », explique Maayan Aviv, directrice d’American Friends of Natal. « Un tatouage est une façon de se réapproprier son corps, mais aussi, je crois, de garder en permanence avec soi le souvenir de la force qu’il a fallu pour y parvenir. »

Un événement Healing Ink à New York, le 26 février 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

« Les tatouages ne conviennent pas à tout le monde, mais pour ceux à qui cela convient, je pense que cela fait une immense différence », dit-elle encore.

Le tatouage en lui-même n’est qu’une partie d’un processus plus large. Healing Ink donne accès à des thérapeutes, les survivants collaborent avec des artistes pour concevoir leurs tatouages, et, par la suite, les participants sont mis en relation avec une communauté plus large de personnes ayant vécu des expériences similaires.

L’ambiance était plutôt joyeuse lors de l’événement de mercredi. Les participants discutaient entre eux et avec les organisateurs, et faisaient connaissance avec les tatoueurs.

Pour certains participants, la douleur physique, associée à l’environnement thérapeutique, est cathartique, a expliqué Dershowitz. Il n’est pas rare de voir des participants pleurer pendant le processus.

Un événement Healing Ink à New York, le 26 février 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

« La douleur intérieure que vous ne pouvez pas exprimer remonte à la surface parce que vous êtes piqué par une aiguille. Parfois, cela peut apaiser cette douleur, justement parce qu’elle ne pouvait pas être verbalisée », a-t-il déclaré. « Votre corps se dit : ‘ D’accord, je transforme cela en une douleur extérieure, et vous pouvez la laisser quitter votre corps’. »

Lors de l’événement, qui s’est tenu dans un club chic du centre-ville de Manhattan, 14 tatoueurs ont chacun tatoué un participant. Trois d’entre eux avaient fait le déplacement depuis Israël, tandis que certains artistes non israéliens avaient déjà participé à des voyages dans le pays.

Plusieurs membres de la famille d’Edan Alexander, ancien otage du groupe terroriste palestinien du Hamas, étaient présents. Originaire du New Jersey voisin et issu d’une famille israélienne, Alexander a été pris en otage alors qu’il était soldat lors de l’invasion et du pogrom perpétré par le groupe terroriste dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023. Alexander a été libéré l’année dernière et a repris son service militaire.

Événement « Healing Ink » à New York, le 26 février 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Sa mère, Yael Alexander, a discuté d’un motif avec l’un des artistes, mais a choisi de conserver ses deux seuls tatouages : la date de l’attaque du Hamas sur son bras et une petite lettre « E » en cursive sur son poignet, en hommage à son fils.

En Israël, les tatouages se sont imposés comme une façon poignante et assez répandue de commémorer les proches assassinés lors des massacres, en particulier parmi les survivants du festival Supernova. L’ex-otage Mia Schem, kidnappée lors de ce festival, s’est fait tatouer « We will dance again » sur le bras, à côté de la date 7.10.23.

D’autres Juifs de New York se sont également fait tatouer de leur propre initiative pour commémorer le pogrom.

Un militant pour les otages israéliens, à New York, le 20 septembre 2024. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Les participants à l’événement de jeudi ont élaboré leurs motifs avec les artistes. Une parente d’Alexander s’est fait tatouer un dessin abstrait et fluide sur le bras et l’épaule ; un autre participant a choisi un ouroboros, un serpent se mordant la queue symbolisant le renouveau, enroulé autour de sa cheville. Un chef cuisinier, passionné de cuisine pour sa femme et ses deux enfants, s’est fait tatouer sur le mollet un couteau de chef entouré de trois fleurs.

Shahar Malka, qui a quitté Israël pour s’installer à New York il y a huit mois, s’est fait tatouer un platane oriental, appelé dolev en hébreu, en mémoire de son cousin, également prénommé Dolev, tué au combat à Gaza.

Healing Ink fait partie d’Artists 4 Israel, une organisation à but non lucratif fondée par Dershowitz en 2009 en réponse à une vague de protestations anti-Israël lors de l’opération Plomb durci, un précédent conflit à Gaza. L’organisation a notamment mené des projets tels que la décoration d’abris anti-bombes dans le sud d’Israël par des graffeurs. Healing Ink a été lancé en 2016.

« On pourrait se demander en quoi une petite organisation de tatouage peut aider à surmonter ce que tout le monde a traversé », explique Dershowitz. « Mais ce qui me remplit de joie, c’est de parler à ces personnes après coup. Pour elles, cela semble avoir un réel impact. »

« Être témoin de l’aide que cela leur apporte me procure une immense joie », a-t-il ajouté. « Cela me donne au moins le sentiment que, d’une manière infime, je contribue à leur guérison. »

Omer Golan, à New York, le 26 février 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Pour Golan, le tatouage s’inscrit dans un long processus de guérison. Il précise qu’il lui reste près d’une trentaine de fragments d’obus dans le corps, dont certains seront retirés lors d’une opération prévue la semaine prochaine.

Avant l’attentat, il était musicien, mais il a dû abandonner la musique en raison d’une perte auditive causée par l’explosion. Il est ensuite devenu un artiste à succès. Après avoir perdu plusieurs amis lors du massacre du festival Supernova le 7-Octobre, il a lancé sa dernière initiative, une fondation d’IA appelée MyWhatIf qui vise à aider les utilisateurs à se remettre d’un traumatisme.

« J’ai perdu beaucoup d’amis le 7-Octobre, et je voulais faire quelque chose pour aider les gens », a-t-il déclaré.

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