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New York: Un boycott sort d’une coopérative new-yorkaise les produits de fabricants prônant la coexistence

Le vote à Park Slope a porté sur huit entreprises liées à Israël, dont une organisation caritative dirigée par des femmes et œuvrant au rapprochement entre Juifs et Arabes, ainsi qu'une usine de tahini appartenant à une famille musulmane

Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

Militants pour et contre un référendum en faveur du BDS à la coopérative alimentaire Park Slope Food Coop de Brooklyn, à New York, le 26 mai 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)
Militants pour et contre un référendum en faveur du BDS à la coopérative alimentaire Park Slope Food Coop de Brooklyn, à New York, le 26 mai 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

NEW YORK — Cette semaine, la coopérative alimentaire new-yorkaise Park Slope Food Coop a adopté une mesure de boycott anti-israélien visant des entreprises engagées dans des initiatives de coexistence israélo-palestinienne, des programmes visant à promouvoir les droits de la communauté LGBTQ et des entreprises familiales employant un personnel issu de la diversité.

Mardi, après une campagne de plusieurs années qui a secoué cette communauté progressiste de 17 000 personnes, les membres de la coopérative ont voté en faveur du boycott des produits israéliens.

Cette coopérative est une institution majeure du quartier de Brooklyn. Le boycott est devenu un enjeu à l’échelle de la ville, mobilisant des élus, des rabbins, des militants de rue et des groupes juifs de premier plan.

Selon les partisans du boycott, cette initiative a pour but de « mettre fin au génocide » ; selon ses opposants, elle est discriminatoire, source de division et fait porter aux producteurs alimentaires indépendants les conséquences des agissements de leur gouvernement.

La campagne en faveur du boycott, menée par le groupe Park Slope Food Coop Members in Solidarity with Palestine, a recensé huit entreprises liées à Israël dont les produits sont vendus à la coopérative et qui seraient visées par l’embargo.

Ces produits ont été retirés des rayons du magasin dès le lendemain du vote, a indiqué un membre de la coopérative au Times of Israel.

Parmi les huit entreprises identifiées par la campagne de boycott, la moitié sont dirigées par des Arabes israéliens ou vendent des produits provenant d’usines détenues par des Arabes.

Des militants pro et anti-BDS sur le trottoir devant la Park Slope Food Coop de Brooklyn, à New York, le 26 mai 2026. (Luke Tress/Times of Israel)

L’une de ces entreprises, Al Arz Tahini, appartient à des Arabes israéliens de Nazareth et soutient la cause LGBTQ.

Des Arabes israéliens conservateurs avaient appelé à boycotter Al Arz en 2020, après que l’entreprise a fait un don à une ligne d’assistance LGBTQ.

Des Israéliens arabes et juifs, ainsi que des diplomates israéliens, s’étaient alors mobilisés et avaient acheté le tahini de l’entreprise, ce qui avait fait grimper sa part de marché.

« Chez Al Arz Tahini, nous aimons les gens indépendamment de leur religion, de leur sexe, de leur genre ou de leur couleur de peau. La gastronomie rassemble les personnes », avait alors déclaré la société.

Equal Exchange, une autre entreprise visée par le boycott, vend de l’huile d’olive provenant d’une association à but non lucratif gérée par des femmes arabes et juives en Israël, et dont la mission consiste notamment à « jeter des ponts » et à « promouvoir la paix ».

Equal Exchange vend aussi de l’huile d’olive produite par des agriculteurs palestiniens en Cisjordanie.

D’après un article publié l’année dernière par la Linewaiters’ Gazette, le journal de la coopérative, l’huile d’olive vendue provenait à la fois de producteurs israéliens et palestiniens.

On ignore si le boycott s’appliquera tant aux huiles d’olive israéliennes qu’aux huiles d’olive palestiniennes produites par Equal Exchange. Cette précision ne figurait pas sur la liste du groupe à l’origine du boycott.

Contactés pour commenter cette affaire, les organisateurs du boycott ont renvoyé le Times of Israel vers un communiqué de presse paru après l’adoption de la motion.

« La victoire de ce soir prouve que les mouvements coopératifs sont des modèles puissants de solidarité et de démocratie participative », a écrit l’organisateur Taylor Pate dans un communiqué.

Equal Exchange est une coopérative de travailleurs basée aux États-Unis et qui se consacre au commerce équitable.

Une perte de revenus importante, mais un coup plus dur encore pour le moral

Rachel Simons, cofondatrice et PDG de Seed + Mill, autre entreprise inscrite sur la liste du boycott, a raconté que la société avait été créée par trois femmes à Chelsea Market, à New York ; elles ont commencé à vendre leurs produits dans la coopérative il y a environ six ans.

Simons a décrit ce partenariat comme « le contrat de ses rêves » en raison de son « attachement à la mission et aux valeurs d’une coopérative alimentaire ».

Des militants pour et contre le référendum du BDS devant la Park Slope Food Coop de Brooklyn, à New York, le 26 mai 2026. (Luke Tress/Times of Israel)

« Personne n’aurait pu être plus bouleversé que moi par cette situation, d’autant plus que j’apprécie profondément leur travail et que je soutiens leur mission de tout mon cœur », a-t-elle confié lors d’une interview, évoquant la coopérative et son action collective visant à fournir aux familles un accès à une alimentation abordable.

Seed + Mill propose des produits à base de sésame, notamment du tahini et du halva. Le tahini est confectionné par un père et son fils musulmans dans le nord d’Israël. L’entreprise emploie une main-d’œuvre mixte composée de musulmans, de Juifs et de Druzes, a précisé Simons. Selon elle, les décisions commerciales de la société ne sont pas motivées par des considérations idéologiques : c’est simplement qu’Israël produit un tahini de grande qualité, et qu’elle y a trouvé des partenaires qu’elle apprécie, et en qui elle a confiance.

« C’est tout simplement la réalité du monde du travail en Israël, où Arabes, Israéliens, Juifs, musulmans, Druzes et chrétiens travaillent ensemble. Il s’agit davantage d’une réalité de la vie quotidienne que d’une décision délibérée de favoriser la diversité au sein du personnel », a-t-elle ajouté.

Seed + Mill n’a reçu aucun message de la part de la coopérative. Les produits de l’entreprise étaient commercialisés dans le magasin par l’intermédiaire d’un distributeur tiers. Simons présume que la coopérative ne passera tout simplement plus de commandes.

Si les ventes à la coopérative représentaient un « chiffre d’affaires significatif » pour la société, c’est surtout le moral qui a été le plus affecté, a-t-elle souligné, déplorant que les dirigeants de la coopérative « ne m’aient pas demandé si je désirais m’adresser aux membres ».

« Nous sommes une marque, mais nous sommes aussi des êtres humains. Nous ne sommes pas simplement des robots vendeurs », a-t-elle expliqué. La plupart des membres de l’équipe ne sont pas Juifs, a-t-elle poursuivi ; « ils sont tout simplement très tristes et déconcertés par ce qui est arrivé à notre marque ».

Selon Simons, l’entreprise reçoit depuis des années des messages haineux, dont la fréquence s’est récemment intensifiée.

« Donnez-nous au moins une chance d’en parler, de rendre ce conflit plus humain, et venez dans notre magasin manger une glace, pour découvrir qui sont les personnes qui fabriquent ces produits », a-t-elle lancé.

Soom Tahini, un autre fabricant visé par le boycott, a annoncé en 2022 que son tahini était produit dans une usine détenue par un Arabe israélien.

Osem, un important fabricant de snacks en Israël qui a contribué à des programmes visant à accroître la participation des Arabes au marché du travail et à renforcer la coexistence entre Arabes et Juifs, a également été touché par le boycott.

L’UJA-Federation of New York, l’un des principaux groupes communautaires juifs de New York, a fait part jeudi de son intention d’acheter 20 000 sachets de snacks Bamba d’Osem, en réaction au boycott.

Ces Bamba seront distribués dimanche, lors du défilé de la Journée d’Israël à Manhattan, a affirmé la fédération.

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