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Philadelphie : Une prof qui se disait palestinienne était connue pour son hostilité à Israël

Des organisations juives locales ignoraient ses prétendues origines, mais savaient qu’Hannah Gann faisait l’éloge du 7-Octobre et diffusait un discours anti-Israël dans son lycée

Hannah Gann, enseignante juive dans une école publique et militante à Philadelphie qui s’est fait passer pour une Palestinienne pendant des années, s’adressant à une réunion du Conseil de l’éducation de Philadelphie, le 4 décembre 2025. (Crédit : Capture d’écran/JTA)
Hannah Gann, enseignante juive dans une école publique et militante à Philadelphie qui s’est fait passer pour une Palestinienne pendant des années, s’adressant à une réunion du Conseil de l’éducation de Philadelphie, le 4 décembre 2025. (Crédit : Capture d’écran/JTA)

JTA — C’est fin septembre que le monde entier a entendu parler pour la première fois d’Hannah Gann, lorsque cette enseignante et militante de Philadelphie, âgée de 34 ans, a avoué s’être inventé une identité palestinienne et africaine, les médias révélant qu’elle était en réalité juive.

Mais Jason Holtzman, directeur du Jewish Community Relations Council (JCRC) de Philadelphie, avait déjà entendu parler de Gann en décembre 2023.

À cette époque, a-t-il expliqué à la Jewish Telegraphic Agency, elle avait « tenu des propos assez virulents » lors d’un rassemblement local intitulé « Flood Philly For Palestine », une référence manifeste au « Déluge d’Al-Aqsa », nom donné par le groupe terroriste palestinien du Hamas à son assaut barbare et sadique du 7 octobre 2023.

Dans une vidéo de l’événement partagée avec la JTA, Gann déclare à propos des enfants de Gaza : « Nous leur devons de descendre dans la rue et d’envoyer chier la police jusqu’à ce que la Palestine soit libérée. »

Gann allait apparaître à plusieurs reprises sur les radars du JCRC avant que son nom ne fasse les gros titres en tant que « Rachel Dolezal palestinienne », lorsque son histoire – accompagnée d’un article du Philadelphia Inquirer indiquant qu’elle avait de la famille juive vivant en Israël – a fait le tour d’Internet, lui valant une notoriété instantanée.

La véritable Dolezal, une femme blanche qui s’est fait passer pour une Noire pendant des années, a occupé un poste de direction au sein de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP) tout en enseignant l’histoire afro-américaine dans une université du nord-ouest des États-Unis. Elle a, en parallèle, exprimé son intérêt à rencontrer Gann.

Les révélations de Gann ont conduit à la dissolution du groupe local d’éducateurs anti-Israël qu’elle aidait à diriger depuis 2024. Après avoir rendu publiques ses confessions sur Instagram pendant plus d’une semaine, son compte a été désactivé ces derniers jours.

Pourtant, maintenant que le passé de Gann fait la Une des journaux, des groupes juifs alarmés par son comportement affirment que l’essentiel de l’histoire passe inaperçu.

« On présente les faits comme si elle était simplement coupable de fraude, comme si elle était la nouvelle Rachel Dolezal », a déclaré Holtzman à la JTA.

« Cela occulte une partie de l’histoire, à savoir qu’elle est également une extrémiste qui a diffusé des clichés antisémites et introduit des contenus incendiaires dans sa classe. »

Un inventaire d’incidents préoccupants

Dans le cadre du suivi mené par le JCRC sur le district scolaire de Philadelphie, le nom de Gann revient souvent.

En 2024, elle a contribué à l’organisation d’un projet de « teach-in » anti-Israël, un événement non officiel destiné aux enseignants du district. Selon le JCRC, cet événement « orientait les éducateurs vers des supports pédagogiques effaçant Israël des cartes » et « qualifiait le 7-Octobre de ‘résistance’ ».

Cette année-là, elle a également publié sur Instagram l’image d’un poing surgissant du sol et brandissant une arme à feu, avec en arrière-plan des parapentes – symbole des attaques du Hamas -, l’un de ses nombreux messages sur les réseaux sociaux recourant à un langage ou à des images extrêmes à propos d’Israël.

Vue générale des bureaux du district scolaire de Philadelphie, le 31 décembre 2015. (Crédit : Paul Marotta/Getty Images via JTA)

L’un des principaux reproches formulés par ses détracteurs juifs, à savoir qu’elle aurait fait entrer son militantisme dans sa classe ou dans ses plans de cours, est plus difficile à prouver. Cependant, sur une capture d’écran de son tableau blanc publiée sur les réseaux sociaux, Gann semblait avoir préparé un cours sur le thème « Black Power & Palestine ».

De plus, des membres du personnel du district scolaire qui étaient venus observer sa classe en 2024 avaient constaté qu’elle « comportait une affiche ‘La Palestine sera libre’, un drapeau palestinien, un keffieh et une carte d’Israël recouverte d’un motif de keffieh », a indiqué Holtzman.

Gann n’a pas répondu aux multiples demandes de commentaires de la JTA.

Des responsables du JCRC et un groupe de militants juifs locaux avaient fait pression sur le district pour que des mesures disciplinaires soient prises à l’encontre de Gann en raison de son comportement, avant même que le scandale concernant son identité n’éclate. Ils avaient notamment remis au surintendant un dossier complet reprenant les préoccupations des parents juifs en mars dernier. Mais ces efforts sont restés largement sans suite, selon eux.

« Nous l’avons signalé à maintes reprises au district scolaire au fil des ans », a déclaré Holtzman à la JTA.

Il a ajouté que, selon le JCRC, les participations de Gann à des rassemblements et son activité sur les réseaux sociaux constituaient une violation des codes de conduite du district régissant les activités du personnel susceptibles de nuire à la réputation de celui-ci – son récent aveu d’avoir falsifié son identité ethnique pouvant potentiellement enfreindre un code de déontologie exigeant des employés qu’ils s’abstiennent de toute falsification dans leurs dossiers personnels.

« Et ils n’ont pratiquement rien fait à ce sujet », a-t-il ajouté.

Holtzman et le JCRC n’étaient pas les seuls à exhorter le district scolaire de Philadelphie à prendre des mesures à l’encontre de Gann. Des militants juifs locaux ont déposé une plainte fédérale pour violation des droits civiques contre elle et d’autres militants du district avec lesquels elle avait formé une coalition. Ils ont même entamé une médiation avec le district afin d’établir de nouvelles lignes directrices concernant le comportement du personnel.

Images tirées des réseaux sociaux de l’enseignante de Philadelphie, Hannah Gann, et de ses interventions publiques lors de réunions du conseil scolaire, notamment des publications faisant référence à des parapentes et à un motif de vernis à ongles inspiré du Hamas. (Crédit : Collage réalisé par 70 Faces Media)

La plainte faisait valoir, entre autres, que les réseaux sociaux de Gann – sur lesquels elle a publié de nombreux messages controversés au sujet d’Israël – devaient être considérés comme le prolongement de sa salle de classe.

Pourtant, Gann a continué à enseigner en classe de seconde au lycée public The Workshop School, situé dans l’ouest de Philadelphie et axé sur l’apprentissage par projet. Sous la pression de ses camarades militants, elle a récemment révélé son identité.

Une confession surprenante

« J’ai menti au sujet de ma famille et je mens depuis des années », a-t-elle écrit sur Instagram le jour de Kippour.

« Je n’ai aucun patrimoine palestinien ni tunisien. Je suis une femme blanche jouissant de privilèges et d’une grande richesse. Tous ceux qui m’ont soutenue ont été manipulés. »

Les aveux de Gann ont pris de court même les groupes juifs de Philadelphie qui suivaient son parcours. Ils ont déclaré à la JTA qu’ils n’avaient pas réalisé qu’elle se présentait comme Palestinienne, ni qu’elle était en réalité juive. Certains de ses camarades militants ont indiqué, dans leurs propres messages sur les réseaux sociaux, qu’elle leur avait confié par le passé qu’elle était juive, tout en continuant à affirmer qu’elle était palestinienne.

Alors que le Philadelphia Inquirer a cité des militants l’accusant d’avoir une « famille de colons israéliens », les Juifs interrogés par la JTA ne savaient pas clairement si la famille israélienne de Gann vivait effectivement dans des implantations de Cisjordanie ou si les militants qualifiaient simplement tous les Israéliens de « colons ».

Lors de précédentes réunions du conseil d’établissement, Gann avait déclaré en public : « Je ne peux pas rendre visite à ma famille en Palestine » et « Je me suis efforcée d’enseigner malgré la souffrance de ma famille qui vit dans une zone de guerre, et je n’ai pris qu’un seul jour de congé pendant toute cette année scolaire. »

Pour certains Juifs, ce genre de subtilités n’a pratiquement aucune importance ; ils considèrent que tout ce débat autour de l’identité de Gann n’est qu’une diversion.

Selon eux, le véritable enjeu est qu’elle utilisait sa fonction d’enseignante dans le public pour promouvoir un discours anti-Israël comportant des mensonges sur Israël, sans craindre de sanctions : un microcosme de ce qu’ils considèrent comme une tendance plus large à la montée d’un sentiment anti-Israël parmi les enseignants du primaire et du secondaire dans de nombreux districts scolaires et syndicats d’enseignants, ce qui a suscité l’inquiétude des groupes juifs.

Un porte-parole d’un groupe ad hoc d’enseignants et de familles juives de la région de Philadelphie, qui a souhaité rester anonyme en raison de menaces de mort qu’il attribue à un membre de l’ancienne coalition de Gann, a déclaré à la JTA dans un communiqué que le district n’avait manifesté aucun intérêt pour Gann avant le scandale.

« Le préjudice causé à la communauté juive n’est jamais pris en compte ni réparé par le district », a écrit dans un courriel le représentant de l’Association des familles juives du district scolaire de Philadelphie (SDP JFA).

Des manifestants anti-Israël bloquant des routes lors d’un rassemblement devant l’hôtel de ville de Philadelphie, le 10 septembre 2024, à la veille du débat présidentiel opposant Kamala Harris et Donald Trump. (Crédit : Andrew Thomas/AFP via Getty Images via JTA)

Un porte-parole du district scolaire de Philadelphie a refusé de commenter la question de savoir si le district allait prendre des mesures disciplinaires à l’encontre de Gann ou s’il avait communiqué avec des groupes juifs au sujet de son comportement avant la semaine dernière.

« Le district apporte son soutien au personnel et aux élèves de la Workshop School, selon les besoins », a écrit le porte-parole dans un courriel adressé à la JTA.

Parallèlement, l’un des groupes militants anti-Israël anciennement associés à Gann, Philly Educators for Palestine, a annoncé la semaine dernière qu’il se dissoudrait « après mûre réflexion », même si « le travail se poursuit ». Son organisation mère, « Racial Justice Organizing Committee », a quant à elle déclaré qu’elle ferait une pause.

Avant cette annonce, Philly Educators for Palestine s’était publiquement désolidarisé de Gann et avait appelé le district à prendre des mesures disciplinaires à son encontre.

« C’est l’une des premières fois où je pense avoir vraiment un terrain d’entente avec les Philly Educators for Palestine », a ironisé Holtzman.

Dépôt d’une plainte relative aux droits civiques

En 2024, l’association SDP JFA a déposé une plainte relevant du Titre VI de la loi sur les droits civiques auprès du ministère américain de l’Éducation contre un groupe d’enseignants anti-israéliens du district, alléguant notamment que des élèves avaient été pris pour cible en raison de leur identité juive. Le JCRC, l’Anti-Defamation League (ADL) et StandWithUs, un groupe de défense pro-Israël, ont rejoint cette plainte.

Ces groupes ont finalement entamé une procédure de médiation avec le district, qui a accepté de mettre en place des changements tels que la rédaction d’une déclaration anti-harcèlement à l’échelle du district, la révision de sa politique anti-discrimination et la mise en place d’une nouvelle formation pour le personnel, selon une copie de l’accord de règlement consultée par la JTA. Ces groupes juifs affirment toutefois que ces recommandations n’ont jamais été pleinement mises en œuvre.

Des manifestants protestant devant la NRG Station avant le concert d’Ed Sheeran au Lincoln Financial Field, à Philadelphie, en Pennsylvanie, le 19 septembre 2026. (Crédit : Heather Barry/Getty Images/AFP)

Les noms des enseignants visés par l’enquête fédérale ont été masqués dans les documents officiels. Mais, selon des courriels partagés avec la JTA, Gann figurait parmi les personnes nommées dans la plainte modifiée de l’ADL.

« Des éléments de preuve suggèrent que Mme Gann utilise sa salle de classe et les réseaux sociaux comme une extension numérique de sa salle de classe pour diffuser une rhétorique antisémite, mener des campagnes politiques interdites et promouvoir des idéologies extrémistes auprès de ses élèves », peut-on lire dans une lettre envoyée par SDP JFA en mai dernier.

À la suite de ce courriel, Gann a fait des allusions indirectes à ces allégations sur Instagram, qualifiant ses détracteurs anonymes de « partisans du génocide qui adorent appeler le district scolaire pour se plaindre de ce que j’enseigne ». Elle a également publié un faux plan de cours pris sur le tableau blanc de sa classe, avec au programme des « leçons » telles que « Jésus était palestinien ».

Les parents et enseignants juifs membres du SDP JFA affirment que leur frustration à l’égard de Gann trouve également son origine dans une confrontation encore plus hostile avec Keziah Ridgeway, une collègue enseignante et ancienne alliée de Gann. À un moment donné, cette dernière s’était jointe à elle pour brandir des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « Du fleuve à la mer, la Palestine sera libre » lors d’une réunion du conseil d’établissement.

En 2024, à la suite d’une polémique autour d’un de ses plans de cours et d’une campagne menée contre elle par le SDP JFA, Ridgeway, se croyant prise pour cible par des harceleurs juifs en ligne, a publié sur Instagram les noms de plusieurs membres du groupe.

Dans des publications consultées par la JTA, elle a accompagné cette liste d’un autre message faisant référence à l’expression « Ain’t no fun when the rabbit got the gun » (« Ce n’est pas drôle quand c’est le lapin qui a le pistolet »), qui évoque un renversement soudain des rapports de force. Dans un troisième message, Ridgeway a demandé à ses abonnés de lui recommander des « magasins [émoji d’arme à feu] tenus par des Noirs à Philadelphie ou dans les environs ».

Les parents juifs ont interprété cette série de messages comme une menace à leur encontre et ont signalé Ridgeway au district, ce qui a finalement conduit à sa suspension pendant un an. Elle a alors poursuivi le district en justice, alléguant un préjugé anti-islamique. Gann a plaidé avec force en faveur de la réintégration de Ridgeway lors des réunions du conseil.

À la suite des récentes révélations de Gann, Ridgeway l’a elle aussi désavouée dans une vidéo Instagram.

« Je ne peux plus faire partie d’une communauté [qui inclut] quelqu’un qui a causé tant de tort », a écrit Ridgeway sur les réseaux sociaux.

Ridgeway a refusé de s’exprimer auprès de la JTA, invoquant la procédure judiciaire en cours.

Même s’ils estiment que c’est pour de mauvaises raisons, les membres de la SDP JFA souhaitent tout de même que des mesures soient prises à l’encontre de Gann. Ils cherchent à tirer parti de sa nouvelle notoriété en renouvelant leurs appels aux responsables du district pour qu’ils la sanctionnent et « réparent le préjudice causé à la communauté juive ».

Ces revendications font écho aux courriers que des parents juifs envoient déjà au district depuis près de deux ans. Dans un courriel adressé aux responsables l’année dernière, ils avaient résumé leurs griefs ainsi : « Permettre à Mme Gann de conserver son poste d’enseignante revient à faire passer le message que la sécurité et la dignité des élèves juifs ne sont pas prises au sérieux, que leur enseignante peut appeler publiquement à leur extermination sans en subir les conséquences. »

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