Rechercher
"Les méchants finissent toujours par perdre"

Qu’est-ce que Pourim, et pourquoi les Israéliens relient-ils cette fête à la mort de Khamenei ?

Des frappes conjointes israélo-américaines contre le régime iranien ont lieu alors que les Juifs s'apprêtent à célébrer une fête biblique commémorant une autre guerre contre un responsable perse qui cherchait à les détruire

Illustration : Des manifestants portant des costumes représentant le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei (à gauche), et l'ancien dictateur iranien Ebrahim Raïssi (à droite), lors de l'Assemblée générale des Nations unies, à New York, le 21 septembre 2021. (Crédit : Jason DeCrow/AP Photo)
Illustration : Des manifestants portant des costumes représentant le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei (à gauche), et l'ancien dictateur iranien Ebrahim Raïssi (à droite), lors de l'Assemblée générale des Nations unies, à New York, le 21 septembre 2021. (Crédit : Jason DeCrow/AP Photo)

Samedi matin, un peu plus d’une heure après le début des frappes aériennes israéliennes et américaines contre le régime iranien, le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est adressé à Israël et au monde entier dans une allocution vidéo.

Dans son discours, Netanyahu a souligné que la confrontation avec l’ayatollah Ali Khamenei et ses partisans avait lieu alors que les Juifs s’apprêtaient à commémorer une autre guerre menée contre un dirigeant de la Perse antique.

« Mes frères et sœurs, dans deux jours, nous célébrerons la fête de Pourim », a-t-il déclaré.

« Il y a deux mille cinq cents ans, dans la Perse antique, un tyran s’est dressé contre nous avec le même objectif : détruire complètement notre peuple. Mais Mordechaï le Juif et la reine Esther, grâce à leur courage et à leur ingéniosité, ont sauvé notre peuple. En ces jours de Pourim, le sort a été jeté, et le méchant Haman est tombé avec lui. »

« Aujourd’hui encore, à Pourim, le sort a été jeté, et la fin du régime maléfique viendra également », a-t-il ajouté.

Netanyahu n’était pas le seul à mentionner Pourim dans ses déclarations liées au dernier conflit.

Montage photos (de gauche à droite) : Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de la cérémonie d’accueil de son homologue indien, Narendra Modi, à l’aéroport international Ben Gurion, près de Tel Aviv, le 25 février 2026 ; l’ayatollah Ali Khamenei s’exprimant lors d’une réunion à Téhéran, en Iran, le 1ᵉʳ février 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90 ; Bureau du Guide suprême iranien via AP)

Avigdor Liberman, le chef du parti d’opposition Yisrael Beytenu, a établi une comparaison directe entre le personnage biblique Haman et l’ayatollah Khamenei.

Les grands rabbins Kalman Ber et David Yosef ont également écrit une lettre dans laquelle ils recommandent d’intensifier les prières et le jeûne afin d’obtenir une issue favorable à la guerre.

« Nous sommes témoins de la détermination des pilotes de l’armée de l’air, des soldats de Tsahal et de tous les autres membres des forces de sécurité », ont-ils écrit.

« Et tout comme nous avons mérité d’être sauvés à l’époque de Pourim après avoir jeûné et imploré [Dieu]… il incombe aujourd’hui à la population d’intensifier ses jeûnes et ses prières. »

Qu’est-ce que Pourim ?

Pourim est la seule fête instituée par les rabbins dont l’histoire fait l’objet d’un volume à part entière dans le canon biblique : le Livre d’Esther – la Meguilat Esther.

L’histoire se déroule à Suse, la capitale de l’Empire perse, où vivaient de nombreux Juifs après avoir été exilés par les Babyloniens, qui détruisirent Jérusalem et le Premier Temple en 586 avant notre ère.

La plupart des historiens identifient le roi perse Assuérus mentionné dans la Bible comme Xerxès Iᵉʳ et situent l’histoire sous son règne (485-465 avant notre ère).

« Esther dénonçant Haman » (huile sur toile, 1888) par Ernest Normand. (Crédit : Wikipédia)

L’histoire raconte qu’Esther, une jeune femme juive, est choisie par le roi pour devenir sa reine, tout en cachant son judaïsme. À ce moment-là, l’un des plus proches conseillers et confidents d’Assuérus croise le chemin de Mordechaï, l’oncle d’Esther. Furieux que Mordechaï ne lui témoigne pas le respect qu’il estime lui être dû en se prosternant devant lui, Haman persuade le roi d’ordonner l’extermination du peuple juif dans tout son empire.

Son complot est dévoilé lorsque Esther, risquant sa vie, révèle sa véritable identité au roi. Assuérus autorise alors les Juifs à riposter contre leurs ennemis le jour même où Haman espérait les massacrer, le 13ᵉ jour du mois d’Adar du calendrier hébraïque, qui tombe cette année ce lundi. Ayant obtenu le droit de se défendre, les Juifs ont anéanti leurs ennemis dans une victoire retentissante.

Partout dans le monde, Pourim est célébré le lendemain des combats, le 14ᵉ jour du mois d’Adar, sauf à Jérusalem et dans quelques anciennes « villes fortifiées ».

Les villes entourées d’un rempart à l’époque de la reine Esther (Vᵉ siècle avant notre ère) célèbrent la fête un jour plus tard. Elle sera donc célébrée mardi soir et mercredi à Jérusalem et dans plusieurs autres villes qui étaient entourées d’un mur dans l’Antiquité.

Le parade annuelle de Pourim, à Jérusalem, le 16 mars 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Cette coutume vise à commémorer la façon dont les Juifs de Suse, la capitale de l’Empire perse où se déroule l’histoire de la reine juive, ont combattu leurs ennemis pendant un jour de plus.

Depuis 1979, et la transformation de l’Iran en un régime théocratique par la Révolution islamique, qui a publiquement déclaré son intention de détruire Israël, l’histoire de Pourim est souvent utilisée par les dirigeants israéliens comme un récit édifiant.

Lorsque, samedi soir, les autorités ont confirmé la mort de Khamenei au cours d’une frappe israélienne menée tôt ce jour-là, certains ont redoublé d’efforts pour établir des comparaisons bibliques, car l’opération a également eu lieu le Shabbat précédant Pourim, qui revêt une importance particulière dans la culture juive.

N’oubliez pas votre ennemi juré, Amalek

Le Shabbat précédant Pourim est appelé « Shabbat Zachor » (du mot hébreu signifiant « se souvenir »).

Ce jour-là, on lit également dans la Torah les versets qui ordonnent au peuple juif de ne pas oublier le mal que lui a fait Amalek pendant son errance dans le désert :

« Souviens-toi de ce que te fit Amalek en chemin, lors de votre sortie d’Égypte, comment, sans crainte de Dieu, il t’attaqua par derrière, frappant tous les traînards à l’arrière, alors que tu étais affamé et las. C’est pourquoi… tu effaceras la mémoire d’Amalek de dessous les cieux. Ne l’oublie pas ! » (Deutéronome 25:17-19, JPS).

Dans la littérature et la rhétorique bibliques, rabbiniques et juives modernes, la figure d’Amalek est devenue l’incarnation de l’ennemi juré du peuple juif à chaque génération.

Une bannière dans une exposition permanente à Yad Vashem, le musée israélien de la Shoah, exhortant les visiteurs à « se souvenir de ce qu’Amalek vous a fait », sur une photo non datée distribuée par le bureau du Premier ministre. (Crédit : Autorisation)

Dans la Meguilat Esther, Haman est décrit comme l’Agagite, ou un descendant du roi Agag, lui-même descendant d’Amalek et roi des Amalécites à l’époque du premier roi israélite Saül, plusieurs siècles avant l’histoire de Pourim.

Samedi soir, ces versets ont été partagés sur le réseau social X par le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, pour adresser un avertissement à « quiconque tente de relever la tête ici en Israël », qui, selon lui, « se retrouvera face à une force de police déterminée, énergique et intransigeante ».

Depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, les dirigeants israéliens ont souvent évoqué les ennemis du pays en les associant à Amalek.

Netanyahu lui-même a cité l’histoire biblique, entre autres, dans le discours qu’il a prononcé lors de la prestation de serment du gouvernement d’union nationale d’urgence, formé immédiatement après le 7-Octobre, le 13 octobre 2023.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu annonçant les frappes contre l’Iran, le 28 février 2026. (Crédit : Capture d’écran/X)

« Je l’ai toujours dit et répété chaque fois qu’il y avait une attaque terroriste ou un meurtre perpétré par le Hamas ou l’une des autres organisations [terroristes] – je l’ai dit lorsqu’une famille a été assassinée dans sa voiture ou lorsqu’un bus a été fait exploser – ce cas particulier enseigne une règle générale. S’ils le pouvaient, ils nous tueraient tous », avait alors déclaré Netanyahu.

« Aujourd’hui, contre l’ennemi, avec l’ancien commandement ‘Souvenez-vous de ce qu’Amalek vous a fait’ qui résonne dans nos oreilles, nous unissons nos forces pour assurer l’éternité d’Israël », avait-il ajouté.

Quelques mois plus tard, ces propos ont été repris par les détracteurs d’Israël comme preuve que le pays avait l’intention de commettre un « génocide » contre la population de Gaza, en raison du commandement biblique imposant au peuple d’Israël d’exterminer la nation d’Amalek, y compris les femmes et les enfants.

Netanyahu a jugé nécessaire de préciser que ce n’était pas son intention, mais qu’il souhaitait plutôt souligner l’ampleur des horreurs perpétrées par le Hamas le 7-Octobre.

Un Pourim moderne ?

Concernant la guerre contre la République islamique d’Iran, Netanyahu s’est non seulement abstenu de mentionner Amalek, mais il a également clairement souligné qu’Israël ne considérait pas le peuple iranien comme un ennemi, présentant Israël comme son allié dans la lutte contre le régime.

« Notre action conjointe créera les conditions permettant au courageux peuple iranien de prendre son destin en main », a déclaré Netanyahu samedi, faisant référence à la campagne israélo-américaine.

« Le moment est venu pour toutes les composantes du peuple iranien – les Perses, les Kurdes, les Azéris, les Baloutches et les Ahwazis – de se libérer du joug de la tyrannie et de créer un Iran libre et en quête de paix », a-t-il ajouté.

Un ouvrier israélien accrochant une figurine représentant le guide suprême iranien Ali Khamenei dans le cadre des préparatifs du défilé annuel de Pourim, dans une usine de décors, près de Kfar Saba, en Israël, le 10 février 2014. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Lorsque la nouvelle de la mort de Khamenei a été annoncée, ce soir-là, de nombreux Israéliens ont célébré l’événement.

Les médias israéliens ont diffusé des photos et des vidéos montrant des gens danser et chanter, tandis que d’autres se moquaient de ces nouveaux développements, suggérant par exemple de préparer des « Oznei Khamenei », une variante des biscuits traditionnels de Pourim appelés « Oznei Haman » (« oreilles d’Haman » en hébreu) ou « hamantaschen » (« poches d’Haman » en yiddish).

Plusieurs groupes juifs à l’étranger, tels que l’American Jewish Committee (AJC) et la Conference of Presidents of Major American Jewish Organizations (CoP), ont également exprimé leur soutien à l’élimination de Khamenei.

« Demain, pas de maternelle, pas de déguisements, pas de spectacle [de Pourim] à l’auditorium voisin, et pas de fêtes dans les jours à venir », a écrit sur Facebook Daniela Fubini, une habitante du moshav Kochav Michael, situé dans le sud du pays.

Préparation de hamantaschen, ou « Oznei Haman », à la boulangerie Neuman’s Bakery, à Jérusalem. (Crédit : Miriam Alster/Flash 90)

« Mais en même temps, un jour, nous pourrons raconter à [mon fils] Matan que lorsqu’il était petit, nous avons vécu une version moderne de l’histoire de Pourim et que la version contemporaine de Haman a connu une fin tragique. »

« Les méchants finissent toujours par perdre », a-t-elle ajouté.

« Ce méchant a peut-être causé des dommages irréparables en Iran et en Israël, mais à la fin : adieu. »

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.