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« Qui a tué nos enfants ? »: 6 ans après l’explosion au port de Beyrouth, les familles toujours sans réponse

"Jusqu'à présent, nous n'avons pas obtenu justice, personne n'a été tenu pour responsable ni arrêté", déplore Hiam al-Békaï, qui a perdu son fils

Les proches des pompiers tués lors de l'explosion du port de Beyrouth en 2020 brandissent leurs portraits, alors qu'ils défilent lors d'une cérémonie commémorative marquant le sixième anniversaire de cette gigantesque explosion à Beyrouth, au Liban, le mardi 4 août 2026. (Crédit : AP Photo/Hussein Malla)
Les proches des pompiers tués lors de l'explosion du port de Beyrouth en 2020 brandissent leurs portraits, alors qu'ils défilent lors d'une cérémonie commémorative marquant le sixième anniversaire de cette gigantesque explosion à Beyrouth, au Liban, le mardi 4 août 2026. (Crédit : AP Photo/Hussein Malla)

Des familles de victimes se sont réunies mardi au port de Beyrouth, dévasté il y a six ans par une explosion, pour réclamer « justice » et l’arrestation des responsables, dans un Liban habitué à l’impunité.

« Jusqu’à présent, nous n’avons pas obtenu justice, personne n’a été tenu pour responsable ni arrêté », déplore Hiam al-Békaï, qui a perdu son fils Ahmad dans le drame.

« C’est un anniversaire extrêmement douloureux, notre souffrance n’a pas cessé et la blessure n’a pas encore cicatrisé », a-t-elle dit à l’AFP lors d’un rassemblement organisé à la mémoire des victimes.

Le 4 août 2020, l’une des plus grandes explosions non nucléaires de l’histoire a dévasté des quartiers entiers de la capitale libanaise, faisant plus de 220 morts et de 6 500 blessés.

Cette catastrophe a été déclenchée, selon les autorités, par un incendie dans un entrepôt où étaient stockées sans précaution des tonnes de nitrate d’ammonium servant d’engrais, malgré des avertissements répétés aux plus hauts responsables.

« Nous devrions aujourd’hui avoir en main l’acte d’accusation et savoir qui a tué nos enfants (…), qui a apporté le nitrate, qui l’a stocké, qui a déclenché l’explosion », assène Hiam al-Békaï. « Nous voulons que (les responsables) répondent de leurs actes ».

Le juge en charge du dossier a clôturé son enquête en mars, ouvrant la voie à de possibles renvois devant le tribunal de près de 70 personnes auditionnées au cours des investigations, dont des responsables politiques, sécuritaires, militaires et des fonctionnaires, avait alors indiqué une source judiciaire à l’AFP.

Il a transmis les éléments au parquet pour avis avant d’éventuelles inculpations sous forme d’acte d’accusation.

Mais depuis, les choses n’ont pas avancé et aucune personne n’est actuellement détenue dans cette affaire au Liban.

« Terrible crime »

« Le procureur est en train de préparer ses réquisitions », a déclaré à l’AFP le ministre de la Justice Adel Nassar, présent au rassemblement. Selon lui, il devrait « dans un délai de 60 à 90 jours » communiquer ses conclusions au juge qui publiera alors l’acte d’accusation pour permettre l’ouverture du procès.

« Les victimes et les Libanais ont droit, face à un crime de cette ampleur, à ce que la vérité soit faite et la justice rendue », a-t-il conclu.

Le président libanais Joseph Aoun avait lui aussi appelé lundi à passer à l’étape des inculpations, « une nécessité qui ne supporte plus aucun délai » selon lui.

Des partisans des groupes chiites Hezbollah et Amal scandant des slogans contre le juge Tarek Bitar qui enquête sur l’explosion meurtrière du port maritime de l’année dernière, lors d’une manifestation devant le palais de justice de Beyrouth, au Liban, le 14 octobre 2021. (Crédit : Hussein Malla/AP)

Le juge d’instruction Tarek Bitar avait dû interrompre son enquête en janvier 2023 face à l’hostilité d’une grande partie de la classe politique, notamment du mouvement terroriste chiite Hezbollah qui accusait le magistrat de partialité.

Il avait été poursuivi un temps pour insubordination, mais avait pu reprendre son enquête début 2025 après l’arrivée au pouvoir de nouveaux dirigeants qui avaient promis de restaurer l’indépendance de la justice.

Les familles des victimes n’ont eu de cesse de dénoncer les ingérences politiques.

Présent mardi sur le port, William Noun, 32 ans, dont le frère Joe, pompier, a été tué, se souvient : « C’est ici qu’a eu lieu ce terrible crime. Ici, que j’ai passé dix jours d’enfer, jusqu’à ce que nous retrouvions des restes de mon frère ».

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