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Saar: La reconnaissance d’un État palestinien « poussera Israël à prendre des décisions unilatérales »

Aux côtés de son homologue danois, le ministre des Affaires étrangères est resté vague quant à l'annexion éventuelle de certaines parties de la Cisjordanie par Israël

À gauche, le ministre danois des Affaires étrangères Lars Lokke Rasmussen et, à droite, le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar lors d'une conférence de presse à Jérusalem, le 7 septembre 2025 (Crédit : Shlomi Amselem/GPO)
À gauche, le ministre danois des Affaires étrangères Lars Lokke Rasmussen et, à droite, le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar lors d'une conférence de presse à Jérusalem, le 7 septembre 2025 (Crédit : Shlomi Amselem/GPO)

Le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar a critiqué le projet de certains pays occidentaux de reconnaître un État palestinien lors de l’Assemblée générale des Nations unies qui aura lieu au mois de septembre. Il a averti qu’une telle initiative pousserait Israël à prendre des mesures de réciprocité dont il n’a pas précisé la nature.

S’exprimant lors d’une conférence de presse, à Jérusalem, où il se tenait aux côtés du ministre danois des Affaires étrangères, Lars Lokke Rasmussen, Saar a souligné l’importance du « dialogue » avec l’Europe sur les questions régionales, tout en dénonçant « la vague d’obsession anti-israélienne qui sévit aujourd’hui en Europe ».

Il a répété le positionnement israélien laissant entendre que la reconnaissance unilatérale d’un État palestinien par les pays occidentaux « serait un cadeau pour le Hamas » après le pogrom commis par le groupe terroriste dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023, une attaque sanglante qui avait été à l’origine de la guerre actuelle à Gaza.

« Cela poussera Israël à prendre également des décisions unilatérales, ce qui serait une grave erreur », a mis en garde Saar, qui a exhorté « les États responsables en Europe, y compris le Danemark » à s’opposer à cette initiative.

« Nous avons encore le temps de l’empêcher », a-t-il indiqué, ajoutant que la reconnaissance d’un État palestinien « ne nous rapprochera pas de la paix ou de la sécurité » et qu’elle « déstabilisera la région ».

Alors qu’il lui était demandé si Israël prévoyait d’annexer certaines parties de la Cisjordanie en réponse à la reconnaissance d’un État palestinien, Saar est resté vague. Il a qualifié cette reconnaissance « d’énorme erreur », affirmant que la création d’un État palestinien était depuis longtemps considérée comme l’une des questions finales à régler dans le cadre des négociations israélo-palestiniennes.

« On ne peut pas dissocier la création d’un État de la problématique de la paix, car elle rendrait la paix encore plus difficile à atteindre. Un accord de paix ne pourra être conclu à l’avenir que dans un contexte bilatéral », a dit Saar.

Le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar, à droite, rencontre le ministre danois des Affaires étrangères Lars Lokke Rasmussen à Jérusalem, le 7 septembre 2025. (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit)

Plusieurs pays occidentaux ont annoncé leur intention de reconnaître un État palestinien lors de l’Assemblée générale des Nations unies qui se tiendra à la fin du mois. C’est notamment le cas de la France, du Royaume-Uni, de l’Australie, du Canada et, plus récemment, de la Belgique. Le Danemark s’est jusqu’à présent abstenu de le faire.

Israël et les États-Unis ont précédemment dénoncé cette reconnaissance d’un État palestinien qui s’apparente, selon eux, à « une récompense pour le terrorisme » dans le sillage du pogrom du 7 octobre.

Imprécision sur l’annexion de la Cisjordanie

Lors de la séance de questions-réponses qui a eu lieu au cours de la conférence de presse, Saar a refusé de dire directement si Israël prévoyait d’appliquer sa souveraineté à certains pans de la Cisjordanie. Il a toutefois expliqué que cette possibilité était en cours de discussion.

« Nous discutons de cette question avec [le Premier ministre Benjamin Netanyahu] », a noté Saar, qui a ajouté qu’une « décision sera prise. Je pense que je n’ai pas besoin d’en dire plus ».

Il a confié avoir discuté du sujet avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio lors de sa visite à Washington le mois dernier, disant que « s’il doit y avoir du nouveau, je suis sûr que cela sera annoncé ».

Vendredi, l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, a semblé indiquer que Washington ne s’était pas opposé à une éventuelle décision de faire appliquer la souveraineté israélienne en Cisjordanie.

« Les États-Unis n’ont jamais demandé à Israël de ne pas exercer sa souveraineté », a indiqué Huckabee, selon un message qui a été diffusé par un journaliste de la Quatorzième chaîne sur le réseau social X. Huckabee a ensuite confirmé cette information.

Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, lors d’une conférence de presse au ministère des Finances à Jérusalem, le 6 août 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La semaine dernière, le ministre des Finances Bezalel Smotrich a appelé à l’annexion d’environ 82 % de la Cisjordanie afin « d’enterrer l’idée d’un État palestinien » en réponse aux différents projets de reconaissance de ce dernier.

Les médias israéliens avaient signalé que Netanyahu devait discuter de l’annexion avec des ministres de haut rang dans la journée de jeudi. Mais la discussion a été annulée après que les Émirats arabes unis ont publiquement averti qu’une telle initiative constituait une « ligne rouge » qui « mettrait fin à toute perspective d’intégration régionale ».

Selon un article publié samedi, Netanyahu a été pris au dépourvu par l’avertissement sévère qui a été lancé par les Émirats arabes unis. La question a depuis été largement retirée de l’ordre du jour.

La majorité des membres de la communauté internationale considèrent que la présence d’Israël en Cisjordanie – que l’État juif contrôle depuis la conquête du territoire lors de la guerre des Six Jours en 1967 – constitue une violation du droit international. Les États-Unis ont fait figure d’exception notable pendant les deux mandats du président américain Donald Trump.

Les ministres des Affaires étrangères s’affrontent sur les questions humanitaires à Gaza

Lors de la conférence de presse conjointe, Saar et le ministre danois des Affaires étrangères ont présenté des points de vue divergents sur la situation humanitaire à Gaza. Ils ont également exprimé des opinions différentes sur la question du transfert des malades hors du territoire.

Saar a déclaré que des progrès avaient été réalisés concernant la crise humanitaire dans l’enclave, affirmant qu’il y avait eu « un grand changement sur le terrain ».

« Ce n’est pas quelque chose qu’on peut voir dans les médias occidentaux mais le fait est que nous avons respecté tous nos engagements pris avec l’Union européenne sur cette question », a-t-il poursuivi, faisant référence aux accords conclus par Israël avec Bruxelles au mois de juillet, accords qui augmentaient les flux d’aides humanitaires en direction de l’enclave.

Des Palestiniens inspectent les décombres après qu’une frappe israélienne a rasé la mosquée al-Tawheed Wal Sunna, apparemment après un avertissement de l’armée israélienne, dans le quartier de Daraj à Gaza, le 7 septembre 2025. (Crédit : Omar AL-QATTAA / AFP)

« De plus, après avoir également mis en place la politique des couloirs humanitaires et des largages aériens, d’énormes quantités de marchandises sont entrées dans la bande de Gaza, ce qui s’est traduit par une baisse spectaculaire du prix des produits. La situation actuelle est donc totalement différente de ce qu’elle était il y a quelques mois », a annoncé Saar.

Il a poursuivi en disant qu’il « y a aujourd’hui en Europe une vague d’obsession anti-israélienne. L’Europe est confrontée à des défis sécuritaires et stratégiques. Je pense que l’Europe a autant besoin d’Israël qu’Israël a besoin de l’Europe. Un dialogue constructif ne peut se fonder sur des menaces et des sanctions ».

Saar a ajouté que son homologue danois et lui-même avaient convenu dimanche matin de coopérer sur les questions humanitaires, y compris sur les évacuations médicales « afin de voir ce que nous pouvons faire ensemble ».

Rasmussen a toutefois semblé minimiser les progrès réalisés par Jérusalem sur les questions humanitaires. « Nous ne sommes pas d’accord sur une avancée majeure », a-t-il fait remarquer, expliquant qu’il avait « réitéré l’offre du Danemark d’aider à la prise en charge des patients de Gaza à Jérusalem-Est ou en Cisjordanie ».

Il a accusé Israël de ne pas être « disposé à ouvrir l’accès à ces patients ».

« Cela aurait bien sûr été beaucoup plus facile si vous aviez autorisé le transport des patients de Gaza vers Jérusalem-Est, mais je ne peux pas vous y contraindre, même si cela pourrait sauver de nombreuses vies », a précisé le ministre danois des Affaires étrangères.

« Cela dit, je me réjouis de constater que nous avons au moins convenu de demander à une équipe conjointe d’étudier les alternatives possibles, avec par exemple des investissements à Gaza », a-t-il déclaré. « Nous devons explorer cette piste et travailler en étroite collaboration, car nous sommes prêts à fournir du personnel, des fonds et du matériel ».

Le ministre danois des Affaires étrangères, Lars Lokke Rasmussen, s’exprime lors d’une conférence de presse conjointe avec le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, à Jérusalem, le 7 septembre 2025. (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit)

Rasmussen, ancien Premier ministre danois, a noté que le dialogue entre Israël et l’UE, au mois de juillet dernier, avait entraîné des améliorations, mais il a souligné que le Danemark restait « extrêmement préoccupé par la catastrophe humanitaire en cours à Gaza ». Il a encore une fois appelé Israël « à mettre un terme à l’offensive militaire à Gaza, afin de garantir une aide humanitaire immédiate et sans entrave ».

Il a fait remarquer que le Danemark, en tant que président de l’UE pour le second semestre, discutait de la question avec ses partenaires européens.

Alors que les médias étrangers lui demandaient avec insistance pourquoi Israël n’autorisait pas les évacuations médicales vers la Cisjordanie ou Jérusalem-Est, Saar a répondu : « C’est la guerre, et nous avons nos préoccupations en matière de sécurité. Je peux aussi vous demander pourquoi Copenhague ne veut pas non plus accueillir ces patients ».

« Mais nous avons convenu d’examiner si nous pouvons le faire avec certains États arabes, et nous travaillerons de manière constructive pour voir si nous pouvons trouver des solutions acceptables. Nous sommes impatients de travailler ensemble sur ce sujet, non seulement sur la question de ces évacuations médicales, mais aussi sur tout ce qui touche à la situation humanitaire. Nous sommes ouverts à une collaboration avec le Danemark et l’UE », a dit Saar.

Des Palestiniens déplacés fuyant le nord de Gaza transportent leurs biens le long de la route côtière vers le sud de Gaza, le 5 septembre 2025. (Crédit : AP Photo/Jehad Alshrafi)

La guerre à Gaza avait commencé avec le pogrom commis par les hommes armés du Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023. Des milliers de terroristes avaient envahi Israël, massacrant plus de 1200 personnes et kidnappant 251 personnes qui avaient été prises en otage à Gaza.

Le ministère de la Santé de Gaza, qui est placé sous la direction du Hamas, affirme que plus de 64 000 personnes ont été tuées ou sont présumées mortes dans les combats jusqu’à présent – un bilan invérifiable et qui ne fait aucune distinction entre civils et terroristes. Israël a affirmé de son côté, au mois d’août, que les soldats avaient tué plus de 22 000 hommes armés sur le front, en plus de 1 600 autres qui avaient été abattus sur le territoire israélien, le 7 octobre.

Israël déclare chercher à minimiser les pertes civiles et le pays souligne que le Hamas utilise les civils de Gaza comme autant de boucliers humains, lançant ses attaques depuis des zones civiles, notamment depuis des maisons, des hôpitaux, des écoles et des mosquées.

Le bilan israélien de l’offensive terrestre contre le Hamas à Gaza et des opérations militaires le long de la frontière avec la bande de Gaza s’élève à 460 morts.

Les groupes terroristes de la bande de Gaza détiennent encore 48 otages, dont les corps sans vie d’au moins 26 personnes dont la mort a été confirmée par Tsahal. Vingt d’entre eux seraient encore en vie et le sort réservé à deux autres suscite de vives inquiétudes quant à leur sort, ont déclaré des responsables israéliens.

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