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Analyse

Sans filtre : Gadi Eisenkot, le nouveau visage du mouvement anti-Netanyahu

L'ex-chef de Tsahal veut incarner la rupture. En tête des sondages, il entre dans une campagne brutale comme principal adversaire du Premier ministre

Le président de Yashar, Gadi Eisenkot, prend la parole lors du lancement de la campagne électorale de son parti à Hod Hasharon, le 30 juin 2026. (Chaim Goldberg/Flash90)
Le président de Yashar, Gadi Eisenkot, prend la parole lors du lancement de la campagne électorale de son parti à Hod Hasharon, le 30 juin 2026. (Chaim Goldberg/Flash90)

Lorsque Gadi Eisenkot est monté à la tribune, le jour du lancement officiel de son nouveau parti, la semaine dernière, son message est passé tout autant par les mots que par la façon de les dire.

Eisenkot est le dernier candidat en date à briguer le poste de Premier ministre et déloger Benjamin Netanyahu, lequel dirige Israël de manière quasi-ininterrompue depuis 2009. Mais contrairement aux autres rivaux, le contraste entre le Premier ministre et son opposant est flagrant.

Netanyahu est en effet un orateur accompli, très à son aise sous les projecteurs. Il est (presque) toujours vêtu d’un costume et d’une cravate. Il sait quand faire monter sa voix en crescendo et quand faire une pause pour ménager un effet. Il sait comment faire applaudir le public. Il sait quand plaisanter (sauf récemment), exhorter, mettre en garde. Il n’a aucun problème à parler de la mort de son frère au combat pour appuyer un propos. Souvent, il se sert d’accessoires.

Il n’y a rien de tout cela chez Eisenkot.

Lorsque l’ex-chef d’État-major de Tsahal est monté à la tribune, il avait tout de… l’ex.chef d’État-major de Tsahal. Il n’a pas même fait un geste de la main pour saluer la foule venue l’écouter. Et lorsqu’il a commencé son discours, il l’a fait sur un ton monocorde, avec peu de variations.

Le candidat au visage bourru, vêtu pour l’occasion d’un costume à la veste ouverte, regardait le public, simplement, sans affectation. Lui aussi a pourtant tragiquement perdu des proches : son fils et deux de ses neveux au combat à la suite du pogrom du Hamas du 7 octobre 2023 — mais il n’en a fait aucune mention. Pas plus qu’il n’a cité le nom de Netanyahu.

« Nous allons ouvrir un chapitre nouveau et bien meilleur dans l’histoire d’Israël. Et nous allons l’écrire ensemble », a-t-il déclaré.

« Les dirigeants utilisent le terme d’ ‘unité nationale » comme un cynique slogan de campagne électorale. Je vais tout faire pour ramener l’unité de ce pays. »

Eisenkot propose une nouvelle ère pour le gouvernement israélien, se présentant comme une alternative non seulement à Netanyahu, mais aussi à Naftali Bennett et Yair Lapid, qui se joignent à lui pour s’opposer au Premier ministre. Leurs programmes sont proches de celui d’Eisenkot, mais leur image et leur style — soignés, testés par les sondages, parlant couramment anglais, à l’aise devant les caméras — sont conformes à l’ère Netanyahu.

La personnalité et la vie d’Eisenkot disent mieux que des mots que le pays est prêt non seulement pour une autre politique mais aussi pour un autre type de politicien.

La question est de savoir si un candidat au franc-parler, qui brigue le poste de Premier ministre pour la première fois, va survivre à une campagne électorale brutale — en particulier face à un dirigeant très expérimenté, de surcroit doté d’un talent inégalé pour remporter les élections (et plus ça paraît difficile, plus ça semble facile pour lui) et qui se bat désespérément pour sa survie en politique.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le chef d’État-major sortant de l’IDF, Gadi Eisenkot, lors d’une cérémonie au siège du ministère de la Défense à Tel-Aviv, le 15 janvier 2019. (Flash90)

« Gadi projette tout ce que Netanyahu n’est pas », explique au Times of Israel Gayil Talshir, politologue de l’Université hébraïque de Jérusalem.

« Il incarne l’authenticité, la droiture », ajoute-t-il. « Les gens voient en Gadi une figure responsable qui travaillera dans l’intérêt de la sécurité du pays. Il ne brille pas, il n’a pas de strass, il n’a pas les capacités rhétoriques, il n’a pas l’astuce politique de Netanyahu. »

Netanyahu — ainsi que ses relais dans les médias — estime qu’il manque à Eisenkot le courage pour diriger Israël à un moment aussi critique. Pour certains, ce sont les propos du dernier homme de paille d’une élite déconnectée des réalités qui s’efforce de conserver son emprise sur le pouvoir.

Mais alors qu’Eisenkot progresse dans les sondages, un consensus se dégage : il est l’homme qui affrontera le Premier ministre dans les urnes fin octobre.

« Netanyahu sait d’ores et déjà qui sera son principal rival aux élections », a écrit Amit Segal, commentateur politique de la Douzième chaîne, proche du camp du Premier ministre. « Ce sera Netanyahou contre Eisenkot, Eisenkot contre Netanyahu. »

Les angles d’attaque de Netanyahu

Netanyahu teste en temps réel des angles d’attaque contre Eisenkot, et jusqu’à présent, il en a deux principaux : il serait à la merci des politiciens arabes et ferait preuve de timidité face aux menaces existentielles.

Netanyahu fait, depuis plus de dix ans, son possible pour décrédibiliser les partis politiques arabes d’Israël et utilise les Arabes comme un repoussoir contre Eisenkot. Son fil d’actualité sur les réseaux sociaux regorge d’attaque juxtaposant la photo d’Eisenkot et celle du président de Raam, Mansour Abbas, membre d’une coalition anti-Netanyahu en 2021 qui a très temporairement débarqué le Premier ministre.

Le slogan « Eisenkot n’a pas de gouvernement sans les partis arabes » est en train de prendre.

Le chef de l’opposition Yair Lapid (à droite) et l’ancien Premier ministre Naftali Bennett lors d’une conférence de presse annonçant leur candidature commune aux prochaines élections, à Herzliya, dans le centre d’Israël, le 26 avril 2026. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Eisenkot, en effet, n’a pas exclu de travailler avec les partis arabes pour réunir une majorité à la Knesset, mais cette campagne négative sert également les calculs électoraux de Netanyahu : parmi les partis juifs de la Knesset, le bloc pro-Netanyahu est en effet systématiquement distancé par les partis anti-Netanyahu, mais aucun des deux n’atteint la majorité de 61 sièges. L’équilibre est effectivement entre les mais des partis arabes.

Si Netanyahu parvient à convaincre l’électorat israélien que toute forme de coopération avec eux est un anathème, cela pourrait priver ses opposants de la possibilité de former une coalition dans une Knesset dans l’impasse — ce qui lui permettrait de rester au pouvoir dans l’intervalle.

« Netanyahu a besoin d’un bloc de blocage qui garantira que le camp libéral [qui s’oppose à lui] ne puisse pas former de gouvernement », a déclaré Talshir. « Car cela signifie que nous passons à un gouvernement de transition et à de nouvelles élections. En d’autres termes, Netanyahu reste Premier ministre pendant au moins six mois de plus, voire un an. »

Gayil Talshir, professeure de sciences politiques à l’Université hébraïque de Jérusalem (Avec l’autorisation de l’intéressée)

L’autre angle d’attaque — le fait qu’Eisenkot rechignerait à l’action — est plus risqué pour le Premier ministre.

Il est vrai qu’Eisenkot a démissionné du cabinet de guerre de Netanyahu en 2024, après avoir, selon certaines informations, envoyé une lettre au Premier ministre pour se plaindre du fait que la guerre qui a éclaté le 7 octobre 2023 était « menée conformément à des objectifs tactiques, sans avancées significatives pour atteindre les objectifs stratégiques ».

Netanyahu a laissé entendre qu’Eisenkot avait souhaité mettre un terme à la guerre très tôt — une décision qui, selon lui, aurait privé Israël de plusieurs victoires qui ont, selon lui, considérablement affaibli le Hezbollah, l’Iran et d’autres adversaires (et provoqué la chute de Bachar al-Assad en Syrie).

Les pro-Netanyahu se font donc d’ores et déjà l’écho de cet argument. L’un d’eux, Yaakov Bardugo, a mis Eisenkot dans la liste des anciens ministres et chefs d’État-major de Tsahal qui se sont opposés au Premier ministre afin de « faire la paix avec le Hezbollah » avant qu’Israël ne décime les dirigeants du groupe terroriste en 2024.

« Si nous avions écouté [Yoav] Gallant, Gadi Eisenkot, Herzi Halevi, Benny Gantz, nous n’en serions pas du tout où nous en sommes », a déclaré Bardugo lors d’une récente émission de radio. « Et là, ils essaient de réécrire l’histoire. »

Il est également vrai que c’est Netanyahu lui-même qui a promu Eisenkot au poste de chef d’État-major de Tsahal, en faisant l’éloge de son bilan à l’époque. Plus problématique encore pour le Premier ministre est le fait que les Israéliens n’ont pas l’impression que Netanyahu a gagné les guerres qu’il évoque, mais qu’il en a au contraire fait un champ de mines politique.

Le Hamas garde le pouvoir sur une partie de Gaza et la majeure partie de sa population. Le Hezbollah est toujours implanté au Liban. Et en ce qui concerne l’Iran – la cible de Netanyahu depuis des dizaines d’années, plus de 90 % des Israéliens estiment que la République islamique sort gagnante des derniers affrontements.

Des drapeaux israéliens ornent la façade d’un bâtiment endommagé par un missile à fragmentation iranien, le 5 avril 2026. (Stav Levaton/Times of Israel)

« Il aurait mieux fait de dire : ‘Je me suis trompé, j’ai fixé de faux objectifs que je n’ai pas pu atteindre’ », a écrit Eisenkot sur X après que Netanyahu a revendiqué la victoire contre l’Iran le mois dernier.

« Cela aurait donné à Netanyahu beaucoup plus de crédit et de respect de la part du peuple, s’il avait admis qu’il avait fait des déclarations creuses. »

Cela ne signifie pas pour autant que les électeurs n’adhéreront pas aux propos de Netanyahu selon lesquels les guerres sont de grands succès.

« Netanyahu sait qu’à force de répéter les choses, les gens finissent par les accepter », estime Talshir. « Or, Netanyahu ne cesse de marteler : ‘Nous avons gagné, nous avons fait tout cela, l’Iran est affaibli, nous avons atteint 80 % de nos objectifs.’ »

L’ascension

Comme beaucoup d’autres dirigeants du camp anti-Netanyahu, Eisenkot a travaillé pour celui qu’il tente aujourd’hui de détrôner. Mais contrairement à d’autres, il ne cherche pas à l’imiter.

La différence est surtout d’ordre biographique : Netanyahu a grandi au sein de l’élite ashkénaze israélienne et a passé une partie de son enfance aux États-Unis ; Eisenkot est issu d’une famille d’origine marocaine issue d’une minorité marginalisée, a huit frères et soeurs et a grandi dans les villes périphériques à faibles revenus de Tibériade et d’Eilat.

Les ministres du cabinet de guerre Gadi Eisenkot (à droite) et Benny Gantz tenant une conférence de presse, à la Knesset, à Jérusalem, le 26 février 2024. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Il a gravi les échelons de la célèbre brigade d’infanterie Golani de Tsahal et est devenu chef d’État-major en 2015, succédant à son futur partenaire politique Benny Gantz. À la tête de l’armée, il s’est fait une réputation de bon organisateur et planificateur, ce qu’il a continué à après sa démobilisation, lorsqu’il a co-écrit en 2019 un document sur la stratégie de sécurité israélienne.

Ce document soutenait qu’Israël devait se limiter à des guerres courtes et défensives, combinées à une « campagne entre les guerres » consistant en des opérations offensives ciblées visant à convaincre l’ennemi que toute résistance à Israël était vaine. Cette approche, écrivait-il avec son co-auteur Gabi Siboni, était fondée sur l’idéologie de Zeev Jabotinsky, dont le sionisme révisionniste est le précurseur du Likud de Netanyahu.

« La paix n’est possible que lorsque les ennemis d’Israël savent que leurs efforts sont inefficaces et ne servent qu’à accroître leurs propres souffrances », ont écrit Eisenkot et Siboni. « Ils doivent être convaincus qu’ils obtiendront plus par le dialogue que par la violence. »

Eisenkot est également connu pour la mise en oeuvre de la « doctrine Dahiyeh », une stratégie militaire du nom du bastion du Hezbollah, dans la banlieue sud de Beyrouth, laquelle préconise l’utilisation d’une force disproportionnée contre un ennemi par la destruction des infrastructures civiles.

Pour autant, sa fermeté en faveur d’une paix par la force est tempérée par son engagement à combattre dans des limites légales et éthiques clairement définies, quitte à défier les autorités politiques.

Le moment le plus controversé de son mandat de chef de Tsahal est survenu en 2016 lorsqu’un infirmier de combat, Elor Azaria, a tué un terroriste palestinien blessé, qui ne représentait plus une menace.

Lors d’un jugement aux forts enjeux politiques, Tsahal, soutenue par Eisenkot, a jugé et condamné Azaria pour homicide involontaire.

Les partisans d’Elor Azaria, le soldat israélien jugé coupable d’homicide après avoir tiré sur un terroriste palestinien désarmé en mars 2016 à Hébron, manifestent devant le siège de l’armée à tel Aviv, le 4 janvier 2017. (Crédit : Flash90)

« Il pensait que l’armée avait une certaine éthique et qu’en sa qualité de chef d’État-major, il lui appartenait de veiller à ce qu’elle respecte cet éthique », a déclaré David Makovsky, chercheur principal au Washington Institute for Near East Policy, un groupe de réflexion basé à Washington pour lequel Eisenkot a travaillé après sa carrière militaire.

« S’il y a une violation de ces normes, alors on agit d’instinct. Et c’est ce qu’il a fait », a déclaré Makovsky à propos d’Eisenkot. « Et ce n’est pas la façon dont les autres politiciens voient les choses. »

Contrairement à Eisenkot, Netanyahu s’est prononcé contre les poursuites envers Azaria. Cédant aux appels de sa base et de ses alliés politiques, le Premier ministre a qualifié le jour du verdict de « jour difficile et douloureux » et a déclaré que le soldat devrait être gracié (il ne l’a pas été).

L’affaire Azaria pourrait refaire surface dans la campagne de Netanyahu, estime Talshir, comme une « carte dans sa manche » pour séduire les électeurs opposés aux poursuites contre les soldats accusés de mauvais traitements sur des terroristes. D’ailleurs, la question montre déjà le bout de son nez. Récemment, l’animateur pro-Netanyahu controversé Shimon Riklin a opposé la détermination d’Eisenkot à poursuivre Azaria à sa prétendue méfiance envers les ennemis d’Israël.

« Comment pouvez-vous parler de victoire alors que, tout au long de la guerre, vous avez fait preuve de mollesse, de défaitisme et d’un désir d’arrêter les combats ? » a écrit Riklin sur X la semaine dernière. « Si vous jouez les héros lorsqu’il s’agit d’Elor Azaria mais que vous avez constamment peur des ennemis d’Israël, vous ne pouvez pas diriger Israël. »

L’anti-Bibi et les « wannaBibis »

Suite au pogrom commis par le Hamas le 7-Octobre, Eisenkot, alors à la Knesset, a rejoint les rangs du cabinet de guerre d’urgence aux côtés du président de Kakhol lavan, Benny Gantz.

Au bout de deux mois de guerre, il a perdu son fils, Gal Meir Eisenkot, et a juré dans son éloge funèbre qu’il « continuerait la guerre [à Gaza] pour protéger l’État que tu aimais tant, et surtout pour qu’il soit fort, développé et juste ». Il a également perdu deux neveux au combat.

Gal Eisenkot, à gauche et son père Gadi Eisenkot (Crédit : Itay Cohen/Bemahane)

Lorsque la guerre s’est enlisée, Eisenkot a progressivement pris ses distances avec Netanyahu, puis Gantz.

À la mi-2024, Eisenkot et Gantz ont tous deux démissionné du cabinet de guerre, dénonçant la manière dont Netanyahu menait le conflit. L’année suivante, Eisenkot a démissionné du parti centriste de Gantz, alors en perte de vitesse, puis de la Knesset.

Il prépare aujourd’hui son retour à la tête de son tout nouveau parti centriste anti-Netanyahu, Yashar, ce qui signifie « tout droit » ou « honnête ».

Selon le bref programme publié sur son site internet, le parti est aligné sur les principes qui animent l’opposition anti-Netanyahu depuis des années. Sa première priorité est de créer une commission d’enquête d’État sur les dysfonctionnements qui ont émaillé le 7-Octobre. Ce point est celui qui lui a valu, et de loin, la plus importante salve d’applaudissements lors de son discours de campagne.

La plupart des Israéliens souhaitent une enquête extensive et indépendante sur la catastrophe, ce à quoi Netanyahu s’oppose fermement, lui préférant l’idée d’une enquête dont le mandat et la portée seraient définis par la Knesset, où sa coalition dispose de la majorité.

Le parti limiterait par ailleurs à deux le nombre maximum de mandats du Premier ministre.

Sans surprise venant d’Eisenkot, qui s’est toujours attaché à formuler des stratégies à long terme à la tête de Tsahal et ensuite, Yashar propose de créer une nouvelle stratégie de défense nationale fondée sur des plans établis et non sur des mesures circonstancielles, pour un « renforcement de la sécurité aux frontières ».

À l’instar d’autres partis centristes, Yashar se garde bien de mentionner la création d’un État palestinien, une idée à laquelle le gouvernement Netanyahu s’oppose fermement et qui est devenue toxique au sein de l’électorat après le 7-Octobre. Yashar appelle, sans plus de détails, à « agrandir le cercle de la paix et garantir une solide majorité juive », ce qui exclurait l’annexion de Palestiniens en Israël.

S’agissant de l’un des problèmes les plus inextricables et urgents d’Israël, à savoir l’intégration de sa population ultra-orthodoxe au sein de la société, Yashar propose deux initiatives : premièrement, étendre le service national à tous les Israéliens, y compris les Arabes et les Haredim, dont la grande majorité ne fait pas son service actuellement, avec un accent particulier sur le service militaire. Et deuxièmement, rendre obligatoire l’étude d’un tronc commun (avec notamment des matières comme l’anglais et les mathématiques) dans toutes les écoles, y compris les écoles ultra-orthodoxes, lesquels font souvent l’impasse sur les matières jugées profanes.

Le ministre de la guerre Gadi Eisenkot s’exprimant lors des funérailles de son fils Gal, à Herzliya, le 8 décembre 2023. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Le parti d’union de Bennett et Lapid, qui souhaite lui aussi débarquer Netanyahu, est lui aligné sur la plupart de ces principes. Ce qui les sépare d’Eisenkot, c’est l’image et l’expérience.

Lapid et Bennett ont de profondes divergences de fond avec le Premier ministre en exercice, mais des similitudes en matière de style — ce qui en fait, estime le correspondant de The Economist, Anshel Pfeffer, des « WannaBibis » (les aspirants Bibi).

Trapu, grisonnant, pas particulièrement charismatique, Eisenkot a une silhouette bien différente, peut-être plus attrayante pour les électeurs israéliens, en particulier la base mizrahi, très traditionaliste, de Netanyahu, avec laquelle Eisenkot partage ses origines.

Le parti Likud de Netanyahu se gausse de l’anglais d’Eisenkot, mais il est possible que son timbre de voix et son fort accent sonne bien aux oreilles de l’Israélien lambda. (L’anglais ne semble, en effet, pas être la priorité du parti d’Eisenkot : sur les réseaux sociaux, où il est actif, son nom est orthographié d’une façon et dans une vidéo sur X, les sous-titres anglais l’orthographient autrement encore.)

L’ancien Premier ministre Naftali Bennett (à droite) informe les journalistes au Washington Institute for Near East Policy aux côtés du chercheur du TWI David Makovsky, le 18 avril 2023. (Capture d’écran/Zoom)

« Avec lui, on a toujours eu l’impression qu’il se montre tel qu’il est », explique Makovsky. « Je crois que les gens sentent que c’est quelqu’un d’authentique. » avant de dire que son ex-collègue est un « ours en peluche avec une volonté de fer ».

« Il ne sera pas une cible facile », ajoute Makovsky. « Je crois que les gens voient en lui l’antithèse du candidat au profil lisse. »

C’est dans ce contexte — et celui de la mort du fils d’Eisenkot —, que le commentateur pro-Netanyahu Avishay Ben Haim a écrit sur X que le Premier ministre ferait bien de ne pas s’en prendre directement à Eisenkot mais plutôt aux structures qu’un gouvernement Eisenkot protégerait — à savoir le système judiciaire, que les électeurs de Netanyahu considèrent comme impérieux et que sa coalition tente depuis des années d’affaiblir et de décrédibiliser.

« La bonne campagne pour la coalition consiste à positionner Benjamin Netanyahu face à [au président de la Cour suprême] Isaac Amit et au système judiciaire », a écrit Ben Haim. « Il est impossible de mener une campagne négative contre un homme que tout le monde apprécie et qui est, de surcroit, un homme qui a perdu son fils. »

En route pour une campagne électorale caustique

L’image d’outsider d’Eisenkot pourrait s’avérer être un piège dans ce combat de gladiateurs qu’est la politique israélienne.

Il a en effet admis avoir été pris de court par l’alliance des partis de Lapid et Bennett en début d’année, réalisée sans consultation préalable.

Depuis lors, son parti a progressé dans les sondages. Mais la campagne n’en est qu’à ses débuts, et Eisenkot, qui dirige un parti pour la première fois, va devoir repousser toutes sortes d’attaques issues non seulement de politiciens d’opposition revendiquant le titre de principal adversaire de Netanyahu, mais aussi de Netanyahu lui-même, l’homme qui a remporté, ou survécu à, plus d’élections que quiconque dans toute l’histoire d’Israël.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (au centre à gauche) console le ministre du cabinet de guerre et ex-chef d’état-major de Tsahal Gadi Eisenkot (au centre en kippa blanche) lors des funérailles du fils d’Eisenkot, le sergent-chef Gal Meir Eisenkot, à Herzliya le 8 décembre 2023. Gal Eisenkot a été tué le 7 décembre lors d’une opération terrestre de Tsahal dans la bande de Gaza. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Pour l’instant, Eisenkot semble camper sur ses positions, pariant que son approche de la politique correspond au changement que veulent les électeurs. Ce qui est manifeste, en ce qui concerne ce pan de sa vie qui touche le plus les Israéliens, à savoir l’immense sacrifice personnel qu’il a consenti après l’attaque du 7-Octobre.

Un autre politicien se lançant dans la même campagne aurait invoqué la mort au combat de son fils décédé pour servir ses intérêts.

Eisenkot a préfère ne pas le faire, et n’a pas cité une seule fois le nom de son fils dans son discours, la semaine passée. Il a en revanche parlé de lui, du deuil et de la nécessité pour le pays de poursuivre le combat.

« C’est le peuple d’Israël que vous et moi, et tant d’autres autour de nous, connaissons si bien : sur le champ de bataille, dans les hôpitaux, dans l’étreinte de ceux qui ont été blessés à jamais », a-t-il déclaré avant d’ajouter : « La douleur de la guerre ne s’effacera jamais, mais je suis convaincu que nous aurons la force de nous épanouir et de reconstruire. »

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