Selon un Iranien, nombre de ses concitoyens attendent encore leurs « sauveurs », Israël et les USA
Un résident de Téhéran dont le frère a fait partie des milliers de personnes tuées par le régime dit que beaucoup en Iran considèrent « la frappe ciblant tous les dirigeants » comme leur dernier espoir
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Alors qu’il pleure encore la mort de son frère, tué par les forces gouvernementales il y a quelques jours, un manifestant résidant à Téhéran brosse un tableau désespéré et macabre de la situation sur le terrain en Iran, cette semaine – avec des militants qui doivent faire face à des menaces constantes et qui, pour un grand nombre d’entre eux, espèrent encore une intervention étrangère.
« La ville sent le sang et la mort. Tout le monde porte le chagrin dans son cœur », confie Ali – ce n’est pas son vrai nom – au Times of Israel dans la journée de lundi.
Si la mobilisation semble avoir été stoppée par la répression brutale des forces du régime, avec le massacre de milliers de personnes par les forces du régime, Ali affirme que les protestataires espéraient que les États-Unis et Israël viendraient à leur aide en lançant une action militaire pour aider à renverser la république islamique.
« Les gens sont dévorés par la rage », dit-il. « Ils attendent simplement une attaque américaine et israélienne qui pourrait mettre un terme à ce régime ».
Originaire de Téhéran, où il travaille également, Ali a transmis un compte-rendu écrit en farsi en préservant son anonymat – toute communication avec les médias étrangers, en particulier israéliens, présentant un risque pour sa sécurité.
Le Times of Israel a pu entrer en contact avec Ali par l’intermédiaire de Shervin Savadkoohi – exilé politique iranien et militant monarchiste qui vit au Royaume-Uni. Ce dernier tente de faire connaître les témoignages des Iraniens à un moment où le régime s’efforce de faire taire les récits des événements à l’intérieur du pays.
S’il a été impossible de confirmer de manière indépendante son identité ou ses déclarations, Ali a fourni au Times of Israel des images explicites qui montraient son frère décédé dans un sac mortuaire, puis inhumé, ainsi que des documents délivrés par l’hôpital et par la police en lien avec l’incident.
En remettant des photos de l’incident, il raconte comment, le 9 janvier, lui et ses frères étaient en tête de la manifestation quand les forces du régime ont attaqué la foule : « Mes deux frères et moi-même étions en première ligne, menant les autres pour que les gens restent motivés et qu’ils ne battent pas en retraite. Moi et l’un de mes frères, nous avons été touchés par des plombs de fusil, et mon autre frère a été touché par des balles réelles avant de mourir d’une hémorragie grave ».
« Il a sacrifié sa vie pour la patrie », s’exclame-t-il.
Les manifestations avaient commencé à la fin du mois de décembre. Les commerçants s’étaient alors mis en grève pour protester contre la chute vertigineuse du rial, l’économie du pays peinant à faire face aux lourdes sanctions internationales, avec des dirigeants qui semblaient profondément indifférents aux besoins de la population.
En quelques jours, les manifestations s’étaient étendues à tout le pays, rassemblant des dizaines de milliers de personnes dans les rues. Un grand nombre des protestataires avaient commencé à appeler au renversement du régime au pouvoir depuis la révolution de 1979, pendant laquelle il avait renversé le shah Mohammad Reza Pahlavi – le shah dont le fils, Reza, a encouragé, ces derniers temps, les manifestations depuis l’étranger.
Ali explique que la décision qui a été prise par le régime de couper l’accès à internet a rendu difficile l’organisation des manifestants, ajoutant que le mouvement de protestation a continué à se dérouler spontanément, des « individus plus courageux » guidant le reste de la foule.
« Tous les canaux de communication ont été bloqués lors des [premières] nuits des manifestations — nous n’avions même pas accès aux appels téléphoniques », se souvient-il.
Opposant de longue date à la république islamique, Ali déclare qu’il avait également pris part aux manifestations de 2009, 2017, 2019 et 2022. Il estime toutefois que la récente mobilisation a été « sans précédent ».
La réaction du régime semble elle aussi avoir été sans précédent, même s’il n’existe pas de chiffres fiables sur le nombre de blessés, de tués ou de détenus pendant les manifestations.
Au cours du week-end, le chef suprême de l’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, a déclaré que les manifestations avaient fait « plusieurs milliers » de morts. Un rapport établi par des médecins iraniens, cité par le Sunday Times, a estimé à près de 16 500 le nombre de morts lors de la répression des manifestations.
Ali, pour sa part, affirme que « près de 30 000 personnes ont été tuées ».
Lundi, le chef de la police iranienne a lancé un ultimatum aux manifestants qui avaient pris part aux récentes « émeutes », exigeant qu’ils se rendent dans les trois jours – sous peine d’en subir les conséquences.
Les services de sécurité iraniens parlent de près de 3 000 interpellations et les organisations de défense des droits, de leur côté, avancent le chiffre de 20 000.
Mercredi, des informations ont laissé entendre que des médecins avaient constaté que les forces de l’ordre iraniennes tiraient délibérément à la tête et aux yeux des manifestants pour les blesser durablement, avec plus de 400 blessures aux yeux qui ont été enregistrées dans un hôpital de Téhéran.
Interrogé sur les manifestants et sur leur espoir que le régime s’effondre, Ali répond que les dizaines de milliers de manifestants auraient besoin d’une aide extérieure pour un tel renversement des autorités au pouvoir. « Tout le monde attend le sauveur, parce que ce régime ne tombera pas sous les coups de l’insurrection d’un million de personnes — cela n’entraînera qu’un plus grand nombre de victimes. »
Compte tenu de cela, « nous voyons dans les États-Unis et dans Israël des sauveurs », poursuit-il en disant qu’une « frappe militaire contre les dirigeants et centres de pouvoir du gouvernement » serait la plus à même de provoquer un changement de régime.
« Même les patriotes dits des 12 jours espèrent une attaque », ajoute-t-il en évoquant, semble-t-il, celles et ceux qui s’étaient rassemblés autour du drapeau lors de la campagne israélienne du mois de juin dernier, une offensive qui avait pris pour cible les programmes nucléaires et balistiques de l’Iran, auxquels les États-Unis avaient fini par se joindre.
Les manifestations contre le gouvernement ont relancé les appels, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, en faveur du retour du prince héritier en exil, Reza Pahlavi, dont le père avait été chassé du pouvoir en 1979 – mais il est difficile d’évaluer l’ampleur de ce mouvement. Ali mise tout sur lui en expliquant : « Que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du pays, nous ne pouvons compter que sur une chose — Pahlavi. »
Interrogé sur le motif des manifestations actuelles, Ali énumère un certain nombre de griefs, à commencer par « l’instabilité économique, le manque de liberté et d’égalité entre les sexes, la dictature qui règne dans le pays mais aussi les inégalités en matière de bien-être et de confort entre les familles [de la classe supérieure] et nous, les gens ordinaires ».
En ce qui le concerne, il s’estime poussé dans la rue par « l’économie et la pauvreté du peuple, les incertitudes pour l’avenir de mon enfant, les pénuries d’eau et l’envie de venger le sang de nos concitoyens qui a été versé. »
Bien qu’il soit presque impossible de contacter les Iraniens sur le territoire depuis la coupure d’internet qui a été décidée par le régime, le 9 janvier dernier, des informations indiquent qu’Ali n’est pas le seul à espérer une intervention étrangère. Ces espoirs sont également ceux des Iraniens en exil et des groupes dissidents qui ont protesté devant les ambassades iraniennes en signe de solidarité avec leurs compatriotes.
« Le peuple iranien espère une opération à la Vénézuélienne, même si cela peut sembler un peu étrange pour l’Iran », explique au magazine The Atlantic une ex-manifestante qui a quitté l’Iran, ces derniers jours.
Avant le blackout imposé par le régime, une journaliste iranienne s’était montrée plus sceptique vis-à-vis de l’aide étrangère, disant au think tank Atlantic Council que bien qu’« il n’y ait aucune possibilité de réforme au sein de ce régime… l’Histoire a montré que le peuple iranien n’était pas la priorité des [États-Unis], du Royaume-Uni et d’Israël — ils sont guidés par leurs propres intérêts. C’est ce qui me fait peur pour l’avenir. »
Interrogée sur le soutien à Pahlavi, dont le père avait été appuyé par les États-Unis, elle avait déclaré : « il a quelques partisans parce qu’il n’y a pas de forte opposition nationale dans la mesure où toutes ces voix ont été écrasées partout dans le pays au fil des ans. J’ai du mal à croire à l’idée d’une personne soutenue par des puissances étrangères, liée à une monarchie et incapable de former une coalition. »
Un autre Iranien a expliqué au think tank que les gens « pensent qu’une fois débarrassés de ce régime, tout ira mieux. Nous voulons une séparation complète entre la religion et l’État. Il faut que les cartes soient redistribuées. »
Cependant, ni Washington ni Jérusalem, désignés par le régime comme le « Grand Satan » et le « Petit Satan », ne semblent susceptibles d’intervenir à ce stade.
Dans un premier temps, le président américain Donald Trump a menacé d’intervenir pour protéger les manifestants, encourageant les Iraniens, la semaine dernière, à continuer de descendre dans la rue au motif que « l’aide arrive ».
Ce qui a mis les médias en émoi, sur fond d’informations faisant état d’une frappe américaine imminente, jusqu’à ce que, la semaine dernière, Trump dise être revenu sur son projet d’attaque suite à la décision prise par la république islamique d’annuler l’exécution de 800 manifestants, et ce alors même que les informations disponibles ont fait état de milliers de victimes de la répression.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a appelé à la chute du régime et souhaité de la force au peuple iranien mais Israël s’est abstenu de toute menace d’attaque.
Ali continue d’espérer une intervention des États-Unis et d’Israël, mais d’autres en Iran se sentent trahis par Trump depuis qu’il a reculé.
« Les Iraniens s’estiment trompés, ils pensent que [Trump] les a trompés », a déclaré un manifestant à Time Magazine cette semaine.
Un autre est allé plus loin en disant au magazine que « Trump a sa part de responsabilité dans la mort » de milliers de manifestants victimes de la répression, parce que nombre d’entre eux étaient descendus dans la rue en voyant son message indiquant que les États-Unis allaient intervenir. »
Dimanche, un habitant de Téhéran a déclaré au Guardian que les Iraniens s’attendaient à ce que le régime redouble d’actions répressives contre les manifestants maintenant que Trump n’a plus les yeux tournés vers l’Iran.
« Dès que Trump regardera ailleurs, les exécutions reprendront », ont-ils dit.
Un autre habitant a déclaré au média : « Les manifestations ont cessé, les gens attendent de voir ce que Trump va faire. »
Selon Ali, les Iraniens sont plus unis que jamais face au régime, évoquant le « mouvement uni derrière le prince Reza Pahlavi » et affirmant que « les gens sont de plus en plus unis, même les partisans du régime se lassent du gouvernement » et que « le centre gris se réveille ».
« Chez tout le monde, il y a un mélange de colère et de peur — celle que leurs proches puissent être tués », a-t-il expliqué.
Interrogé sur les derniers mots qu’il aimerait envoyer à celles et ceux qui observent les manifestations depuis l’étranger, il conclut en disant : « Demain, ce sera trop tard pour nous aider — c’est maintenant qu’il faut le faire. »
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