Selon des médecins en Iran, le bilan de la répression serait de plus de 16 500 morts
Un réseau de médecins évoque le chiffre de 330 000 blessés par les forces de l'ordre ; Des témoins oculaires ont déclaré à un journal britannique que le CGRI avait tiré sur la foule

Le bilan humain de la répression des manifestations en Iran dépasserait les 16 500, selon une information britannique publiée dimanche, adossée au témoignage d’un réseau de médecins iraniens qui excède de beaucoup les précédentes estimations.
Selon ces médecins, la plupart des victimes sont des personnes de moins de 30 ans, auxquelles s’ajoutent plus de 330 000 blessés et la majorité des morts seraient survenues en l’espace de deux jours, titre le Sunday Times. Par ailleurs, des enfants et des femmes enceintes auraient été tués.
Cette information ne donne pas de date mais les précédents témoignages plaident en faveur d’un regain de meurtres le vendredi 9 janvier, au lendemain de la coupure d’Internet par le régime iranien, ainsi que le samedi suivant.
Les chiffres communiqués par les médecins viennent de la compilation des données collectées par le personnel de huit grands services hospitaliers ophtalmologiques et 16 services d’urgence iraniens. Les médecins ont fait parvenir leurs informations via des terminaux Internet Starlink introduits clandestinement en Iran, d’où ils sont bannis, mais dont le nombre se monterait à des dizaines de milliers.
Des patients hospitalisés sont décédés parce que les forces de l’ordre ont refusé d’autoriser les transfusions sanguines qui s’imposaient. Dans certains centres hospitaliers, le personnel a lui-même donné son sang pour sauver des patients, lit-on dans l’article.
« Il s’agit là d’un niveau de brutalité inédit », explique au journal le professeur Amir Parasta, chirurgien ophtalmologique irano-allemand à l’origine, avec d’autres, de ce réseau de médecins. « Cette fois, ils utilisent des armes militaires car nous prenons en charge des blessures par balle et des éclats d’obus au niveau de la tête, du cou ou de la poitrine. »
An Iranian in Mashhad just shared this footage of hundreds of defenseless men sprinting after Khamenei’s IRGC forces with nothing left to lose.
Live ammunition, tear gas, snipers…nothing is stopping them.
– @Tarikh_football pic.twitter.com/KzG9r6iMa5
— Imtiaz Mahmood (@ImtiazMadmood) January 17, 2026
Selon Parasta, les chiffres sont sans doute bien inférieurs à la réalité dans la mesure où il est probable qu’un grand nombre de blessés n’aillent pas à l’hôpital de crainte d’y être enlevés par les forces de l’ordre. Selon des vidéos venues d’Iran et de précédentes informations, les forces de l’ordre auraient interpelé des blessés par balle à l’hôpital.
L’Iran est revenu à un calme fragile suite à la répression des manifestations qui ont commencé le 28 décembre dernier contre la situation économique avant de se muer en un mouvement généralisé exigeant le démantèlement du régime religieux.
Dans un discours diffusé à la télévision officielle pour la fin d’une fête religieuse, le Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a déclaré samedi que les manifestations avaient fait « plusieurs milliers » de morts — c’est la première fois qu’un dirigeant iranien évoque l’ampleur des victimes de cette vague de protestations.
Dimanche, un responsable iranien a déclaré que les autorités avaient confirmé la mort d’au moins 5 000 personnes lors des manifestations, dont près de 500 membres des forces de l’ordre, accusant « les terroristes et émeutiers armés » d’avoir tué « des Iraniens innocents ».
Le responsable, qui a refusé que son nom apparaisse en raison de la sensibilité de la question, a également déclaré à Reuters que les affrontements les plus violents et meurtriers avaient eu lieu en secteur kurde iranien, dans le nord-ouest de l’Iran, une région dans laquelle les séparatistes kurdes sont actifs et les manifestations relativement fréquentes.
« Le bilan ultime ne devrait pas sensiblement augmenter », a souligné le responsable en ajoutant qu’« Israël et des groupes armés étrangers » avaient soutenu et équipé ceux qui sont descendus dans la rue.
Vendredi, sur la foi d’un réseau d’activistes en Iran qui confirme les décès signalés, l’agence américaine Human Rights Activists News Agency estimait le bilan humain de la répression à 3 090 morts, dont 163 personnes au moins affiliées au gouvernement.
Les médecins iraniens ont également enregistré un nombre important de blessures aux yeux, les forces de l’ordre ayant utilisé des fusils à pompe pour tirer des plombs sur les manifestants, ce qui a fait perdre la vue à 700 sinon 1 000 personnes. De précédentes informations avaient fait état de blessures aux yeux causées par des fusils à pompe.
Le nombre total de personnes à avoir perdu la vue pourrait s’élever au final à plusieurs milliers.
Selon le Sunday Times, à Téhéran, la clinique Noor a soigné à elle seule 7 000 blessures oculaires. Une source dont le frère travaille à la clinique a déclaré qu’une nuit, les médecins avaient dû prendre en charge – et retiré un oeil voire les deux yeux – à 800 personnes blessées par des balles de fusil à pompe. La source a rapporté que son frère avait parlé à des médecins installés dans d’autres villes et qu’il était fort possible que le nombre de personnes ayant perdu la vue monte à plus de 8 000.
« J’ai parlé à des dizaines de médecins sur le terrain, qui sont sous le choc, en larmes », a déclaré Parasta. « Ce sont des chirurgiens qui ont vu la guerre. »
Dans des vidéos et des reportages en provenance d’Iran, on voit des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique et sa milice Basij parcourir les rues à moto et tirer sur des manifestants. Dans certains cas, les forces de l’ordre installées sur des pick-ups ont tiré avec des mitrailleuses.
Le Sunday Times a pu s’entretenir avec des témoins du carnage qui sont parvenus à quitter l’Iran depuis le début des manifestations. L’un d’entre eux a dit : « Dites au monde entier que vendredi, ils ont tiré sur tout le monde à balles réelles. Très calmement, les forces du CGRI visaient les gens à la tête. »
« Depuis les toits, des tireurs d’élite ont tiré dans le dos des gens en visant la tête », aurait déclaré un autre témoin. « Nous étions en train de marcher quand soudain plusieurs personnes se sont effondrées à côté de nous, en sang. Quand nous avons tenté d’aller vers ces personnes pour emporter les corps, ils ont ouvert le feu sur nous. »
A leaked video from Iran, dated Sunday, January 11, shows a joint patrol of Iranian police and the IRGC’s Basij militia operating in the northern Mazandaran Province, with Basij members armed with assault rifles and machine guns. pic.twitter.com/o9YYnGI7HM
— Clash Report (@clashreport) January 15, 2026
« Chaque jour, de gros camions arrivent, chargés de corps empilés les uns sur les autres, et les familles doivent chercher leurs proches », a déclaré un autre Iranien qui a pu quitter le pays. « Les rues ici sentent le sang. Toute la journée, les forces du CGRI patrouillent avec des armes et des masques sur le visage pour menacer les gens. »
« Des personnes avec des blessures aux yeux auxquelles on a justement dû retirer les yeux ont été enlevées dans les blocs opératoires par les forces de l’ordre », a déclaré au journal un manifestant qui a pu quitter l’Iran samedi.
Ce bilan humain n’est pas sans rappeler celui de la révolution de 1979, car il est bien supérieur à celui des précédentes manifestations réprimées par l’État, notamment en 2009 et 2022.
Les autorités iraniennes ont à plusieurs reprises accusé les États-Unis d’avoir été à l’origine de ces manifestations de masse qu’elles ont qualifiées d’ « émeutes » et d’opérations « terroristes ».
Samedi dernier, le président américain Donald Trump, qui avait menacé d’attaquer l’Iran en raison de la mort de manifestants, a semblé appeler à la fin du régime de Khamenei en Iran.
« C’est le moment de chercher un nouveau dirigeant pour l’Iran », a déclaré Trump à Politico.







