Shmuel Zakai déplore que l’aéroport d’Israël soit devenu une « base militaire américaine »
Le directeur de l’Autorité de l’aviation civile met en garde contre une hausse des coûts et une baisse de la disponibilité, les avions US occupant toutes les zones de stationnement
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Sharon Wrobel est journaliste spécialisée dans les technologies pour le Times of Israel.

Le nombre important d’appareils militaires américains présents à l’aéroport Ben Gurion de Tel Aviv entrave le retour complet à la normale des liaisons aériennes commerciales du principal aéroport international d’Israël. Cette situation entraîne par ailleurs une augmentation des coûts d’exploitation pour les compagnies aériennes locales, des dépenses qui, de l’avis des responsables du secteur et de l’industrie de l’aviation, finiront par affecter les voyageurs.
Dans un contexte de tensions régionales persistantes avec l’Iran, le directeur de l’Autorité de l’aviation civile, Shmuel Zakai, dans une lettre obtenue par le quotidien financier israélien Calcalist, a mis en garde les responsables de la défense et du gouvernement contre le fait que la transformation de l’aéroport Ben Gurion en « base militaire américaine, avec un trafic aérien commercial limité » risque de compromettre le retour des compagnies étrangères et de nuire à la stabilité économique des compagnies israéliennes. Une situation qui ne manquera pas d’entraîner une hausse des tarifs aériens, qui sont déjà élevés.
Dans sa lettre, Zakai a instamment demandé à la ministre des Transports, Miri Regev, qui est également membre du cabinet de sécurité, de prendre les mesures nécessaires à l’évacuation de certains appareils militaires américains de Ben Gurion et à leur transfert vers des bases aériennes militaires, de manière à libérer de l’espace de stationnement pour les avions commerciaux.
« Les responsables de la défense ne semblent pas avoir pleinement conscience de la gravité des dommages causés à l’aviation civile, ni de l’impact de l’offre de vols sur les coûts et sur tous les citoyens du pays », a écrit Zakai.
Le ministère des Transports n’a pas souhaité répondre aux questions du Times of Israel.
Cette mise en garde intervient plus d’un mois après l’entrée en vigueur du fragile cessez-le-feu conclu entre les États-Unis, Israël et l’Iran, et la réouverture complète de l’espace aérien du pays. Si les compagnies israéliennes s’efforcent d’accélérer la reprise de leurs activités, la majorité des compagnies européennes ont pour leur part choisi de maintenir la suspension de tous leurs vols à destination et en provenance d’Israël jusqu’en mai. Les transporteurs américains ont quant à eux repoussé leur retour à septembre.
Le report du retour des compagnies étrangères se traduit déjà par une réduction de l’offre de vols disponibles et par une hausse des prix des billets à l’approche de la haute saison d’été.
À la veille de la guerre américano-israélienne contre l’Iran, qui a éclaté le 28 février et entraîné la fermeture de l’espace aérien de l’État juif, les compagnies aériennes locales ont évacué leurs flottes hors du pays de peur qu’elles ne soient prises pour cible par la république islamique. Dans le même temps, des avions ravitailleurs américains sont arrivés à l’aéroport Ben Gurion dans le cadre du renforcement massif des forces militaires américaines au Moyen-Orient.
Au moins 14 ravitailleurs américains ont ainsi été déployés à Ben Gurion. Une autre flotte d’appareils ravitailleurs et d’avions de transport de fret américains est actuellement stationnée à la base aérienne d’Ovda, dans le sud d’Israël.
Depuis l’annonce du cessez-le-feu au début du mois d’avril et la réouverture de Ben Gurion au trafic aérien civil, les compagnies locales (El Al, Arkia et Israir) sont dans l’impossibilité de ramener l’intégralité de leur flotte à l’aéroport, en raison de la saturation des zones de stationnement due à la présence des avions ravitailleurs américains.
Dimanche, lors d’une séance de la commission des Affaires économiques de la Knesset, le PDG d’Israir, Uri Sirkis, a expliqué que cette situation alourdissait les coûts d’exploitation, notamment en raison des frais de stationnement sur les aéroports étrangers, et qu’elle limitait le nombre de vols que les compagnies israéliennes étaient en mesure d’assurer.
« Actuellement, en raison de la présence d’avions américains, nous ne disposons que de quatre emplacements de stationnement de nuit à l’aéroport Ben Gurion. Nous étions pourtant censés pouvoir garder 17 appareils en Israël », a expliqué Sirkis. « La situation a un impact considérable sur notre aptitude à assurer l’ensemble de nos vols. »
Cela affecte par ailleurs le coût et la capacité logistique de nos activités, en particulier pour les vols opérés tôt le matin, a-t-il précisé.
« Si nous avons un vol prévu au départ de Tel Aviv vers Rome à 5 h du matin et que nous n’avons pas d’aire de stationnement de nuit à l’aéroport Ben Gurion, nous devons parquer l’avion à Rome et inverser l’itinéraire, ce qui signifie que nous devons décoller de Rome vers Tel Aviv », a ajouté Sirkis.
El Al a également été contrainte de stationner certains de ses avions dans des aéroports voisins, en Grèce et à Chypre, les vendredis avant Shabbat. L’objectif est de garder les appareils suffisamment près pour qu’ils puissent revenir à l’aéroport Ben Gurion après Shabbat, afin d’assurer les vols long-courriers au départ le samedi soir à destination des États-Unis et de l’Extrême-Orient.
« Des avions américains occupent toujours des aires de stationnement à l’aéroport Ben Gurion », a souligné Shlomi Zafrany, vice-président chargé des relations commerciales et internationales chez El Al. Le fait qu’une compagnie israélienne basée en Israël doive opérer à partir de bases à l’étranger, sans aucune coordination avec les autorités étrangères et sans créneaux horaires correspondants, a de véritables implications opérationnelles et économiques. »
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