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Analyse

Avec des cessez-le-feu sur 3 fronts, les avancées militaires espérées sont incertaines

Si beaucoup a été accompli à Gaza, au Liban et en Iran, Israël est loin d'avoir atteint ses objectifs, et le besoin désespéré de Trump de conclure un accord a peu de chances d'arranger les choses

Lazar Berman

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Un bâtiment détruit lors d'une récente frappe aérienne israélienne dans le quartier de la Dahiyeh, à la périphérie sud de Beyrouth, au Liban, le mercredi 6 mai 2026. (Crédit : AP/Bilal Hussein)
Un bâtiment détruit lors d'une récente frappe aérienne israélienne dans le quartier de la Dahiyeh, à la périphérie sud de Beyrouth, au Liban, le mercredi 6 mai 2026. (Crédit : AP/Bilal Hussein)

Après avoir combattu le Hamas, le Hezbollah et l’Iran, Israël connaît aujourd’hui un cessez-le-feu avec ces trois ennemis.

Si l’armée israélienne, sur tous ces fronts, a indéniablement infligé d’importants dommages à ses adversaires, la menace est toutefois loin d’avoir disparu.

Les cessez-le-feu, qui ont été négocies par le président américain Donald Trump et largement imposés à Israël sont, certes, toujours officiellement en vigueur. Mais ils sont extrêmement fragiles.

L’issue de tous les conflits qui ont suivi le 7 octobre 2023 reste incertaine. Pourtant, certains faits indéniables sont susceptibles de nous éclairer sur ce qui a été accompli, sur la situation actuelle d’Israël et sur ce qui pourrait se passer par la suite.

Israël n’a pas remporté la victoire à Gaza…

Intervenant lors d’une conférence, il y a un an, Ron Dermer, alors ministre des Affaires stratégiques, avait fait la promesse qu’en l’espace de douze mois, Israël « gagnerait » la guerre qui avait débuté le 7-Octobre.

En ce qui concerne Gaza, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et d’autres hauts responsables israéliens ont toujours été cohérents dans leurs objectifs de guerre, au-delà du retour de tous les otages : »que le Hamas ne puisse plus agir, qu’il n’ait plus de gouvernance ni de capacités militaires, et que Gaza ne représente plus une menace pour Israël ».

« Le Hamas sera désarmé, par la voie pacifique ou par la force », a menacé Netanyahu, à une autre occasion.

Le ministre des Affaires stratégiques, Ron Dermer, prend la parole lors de la conférence du Jewish News Syndicate à Jérusalem, le 28 avril 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Mais aucun de ces objectifs n’a été atteint. Le Hamas contrôle toujours près de la moitié du territoire de Gaza et, surtout, il règne sur la quasi-totalité de la population de Gaza.

Les dirigeants du groupe terroriste affirment haut et fort qu’ils ne renonceront pas à leurs armes. « Nous ne pouvons pas accepter que l’on criminalise la résistance, ses armes et ceux qui la mènent », a ainsi déclaré Khaled Mashaal, haut responsable du Hamas, en février. Il a ainsi rejoint la longue liste de responsables de l’organisation terroriste palestinienne qui ont clairement soutenu que toute discussion sur le désarmement relevait de la chimère.

Des hommes armés du Hamas et du Jihad islamique se rassemblent à l’issue de la prière de l’Aïd al-Fitr à Gaza, le vendredi 20 mars 2026. (Crédit : AP/Abdel Kareem Hana)

Depuis des semaines, Nickolay Mladenov, à la tête du Conseil de paix de Trump, s’entretient avec les dirigeants du Hamas. Il a fixé au groupe la date limite du 11 avril pour accepter la proposition du Conseil, qui prévoit la remise progressive de l’ensemble de son arsenal.

Au lieu de cela, le groupe terroriste a présenté une contre-proposition au Conseil de paix, dans laquelle il insiste pour que la question du désarmement ne soit abordée que dans le cadre d’un accord plus large qui aboutirait à la création d’un État palestinien.

Le Hamas ne manifeste par ailleurs aucune intention de relâcher son emprise sur Gaza. À ce stade, il n’existe pas de solution claire qui permettrait de le destituer de son statut de force dominante dans l’enclave côtière. Malgré les déclarations sporadiques de responsables israéliens évoquant une reprise des combats à Gaza, rien n’indique qu’un retour à des affrontements de grande intensité contre le Hamas soit à l’ordre du jour dans un avenir proche.

… ni au Liban…

Le Hezbollah, mis à mal par les assassinats ciblés israéliens et une offensive terrestre limitée, avait accepté un cessez-le-feu humiliant en novembre 2024. Aux termes de cet accord, le grouep terroriste chiite devait quitter le sud du Liban et céder la place à l’armée libanaise. Il devait également rendre ses armes.

Le président libanais Joseph Aoun salue les journalistes au palais présidentiel, à Baabda, à l’est de Beyrouth, au Liban, le 21 mai 2025. (Crédit : AP Photo/Hassan Ammar, archive)

Au lendemain du cessez-le-feu, un nouveau gouvernement opposé au Hezbollah est arrivé au pouvoir, chargeant l’armée libanaise de procéder au désarmement du Hezbollah avant la fin de l’année. Si les Forces armées libanaises, loin d’être aussi efficaces que le Hezbollah, sont parvenues à déblayer certains sites d’armements du groupe dans le sud du Liban, elles n’ont toutefois pas eu accès à l’essentiel de son arsenal dans le reste du pays.

Pourtant, en Israël, les estimations laissaient entendre que le Hezbollah avait été si durement touché qu’il resterait en retrait pendant un certain temps. D’ailleurs, il ne s’était pas manifesté pendant la guerre de 12 jours, en juin 2025.

Cependant, les Gardiens de la révolution iraniens ont discrètement réorganisé le commandement militaire du Hezbollah, remplaçant les officiers manquants par des responsables iraniens et modifiant la structure de commandement.

Une partisane du Hezbollah brandit une grande carte postale sur laquelle figurent les portraits des dirigeants du groupe assassinés par Israël, Hashem Safieddine (à gauche) et Hassan Nasrallah (au centre), ainsi que celui de l’actuel dirigeant Naim Qassem, lors d’un rassemblement de solidarité organisé dans la banlieue sud de Beyrouth le 25 avril 2026 (Crédit : IBRAHIM AMRO / AFP)

Le 2 mars, le Hezbollah a pris Israël par surprise, faisant preuve d’un regain de combativité, s’engageant dans la guerre américano-israélienne contre l’Iran et bombardant le nord d’Israël de centaines de roquettes et de drones.

Israël a alors riposté et envoyé des milliers de soldats au Liban dans le cadre d’une offensive qui ne cesse de s’étendre. Nombreux sont ceux qui ont vu là l’occasion de porter enfin au Hezbollah le coup fatal qu’Israël avait échoué à lui asséner en 2024.

Quand Trump a imposé l’arrêt de la campagne contre l’Iran, Israël a affirmé qu’il continuerait à combattre le Hezbollah, et qu’il se concentrerait désormais pleinement sur ce groupe en pleine résurgence.

Le chef d’état-major de l’armée israélienne, le général de division Eyal Zamir (à gauche), à Khiam, dans le sud du Liban, le 6 mai 2026. (Crédit: Tsahal)

Le chef d’état-major de l’armée israélienne, le lieutenant-général Eyal Zamir, a présenté la lutte contre le Hezbollah comme la « zone de combat principale » de l’armée.

Netanyahu, pour sa part, a insisté début avril pour que le cessez-le-feu avec l’Iran « n’inclue pas le Liban ».

Mais à peine deux semaines plus tard, Trump a proclamé un cessez-le-feu de dix jours au Liban, et Netanyahu s’est vu contraint de justifier sa volonté d’accepter cet accord en soulignant les résultats obtenus par Israël en matière d’affaiblissement du Hezbollah, au cours des deux dernières années.

Trump a ensuite annoncé une prolongation de trois semaines du cessez-le-feu, dans le cadre des efforts déployés pour amener le président libanais Joseph Aoun à Washington afin qu’il puisse rencontrer directement Netanyahu.

Israël poursuit toutefois sa lutte contre le Hezbollah dans le sud du Liban. Mercredi, il a mené sa première frappe à Beyrouth depuis près d’un mois.

Des personnes se rassemblent sur le site d’une frappe aérienne israélienne qui a visé le quartier de Haret Hreik, dans la banlieue sud de Beyrouth, le 6 mai 2026. Une frappe israélienne dans la vallée de la Bekaa, à l’est du Liban, a fait quatre morts le 6 mai, tandis que l’armée israélienne a déclaré avoir frappé des cibles du Hezbollah dans le sud, après avoir averti les habitants d’une douzaine de localités de se mettre à l’abri. (Photo : Ibrahim AMRO / AFP)

En réalité, rien de ce que fait Israël ne met en péril la survie du Hezbollah en tant que force politique ou organisation militaire. Bien au contraire, la dynamique qui s’est installée depuis la guerre avec l’Iran tourne à l’avantage du Hezbollah.

Avant le début de la campagne, Israël pouvait légitimement attaquer le Hezbollah sur l’ensemble du territoire, tandis que le groupe chiite encaissait les coups sans broncher. Désormais, en raison du cessez-le-feu, Israël est limité dans ses zones d’intervention. Le Hezbollah, quant à lui, frappe les troupes israéliennes avec une audace croissante.

Aucun accord de paix n’est de plus sur le point de voir le jour entre le Liban et Israël. Face à la menace de violence du Hezbollah, Aoun ne peut même pas accepter de rencontrer Netanyahu.

… ni en Iran

Au premier jour de l’opération Lion rugissant, Netanyahu a affirmé que « l’objectif de l’opération est de mettre fin à la menace que représente le régime des ayatollahs en Iran ».

Au cœur de cette initiative, la destruction des programmes nucléaire et balistique.

Le président américain Donald Trump (à droite) serre la main du Premier ministre Netanyahu alors qu’il écoute une question d’un journaliste à la fin d’une conférence de presse à Mar-a-Lago, à Palm Beach, en Floride, le 29 décembre 2025. (Crédit : Alex Brandon/AP)

Même s’il ne l’a pas explicitement formulé comme un objectif de guerre, il était manifeste que Netanyahu espérait, voire anticipait, la chute du régime. Israël, affirmait-il, allait « créer les conditions qui permettront au courageux peuple iranien de se libérer du joug de ce régime meurtrier ».

« Cette opération se poursuivra aussi longtemps que nécessaire », avait promis Netanyahu.

Aujourd’hui, il ne fait aucun doute que l’armée et les dirigeants iraniens ont été gravement affaiblis.

Cependant, selon les services de renseignement américains, l’Iran disposerait encore d’environ 70 % de ses stocks de missiles balistiques d’avant-guerre et d’environ 60 % de ses lanceurs de missiles.

Une partie d’un missile tiré depuis l’Iran en direction d’Israël, après avoir touché le sol dans les hauteurs du Golan, le 7 avril 2026. (Crédit : Maor Kinsbursky/Flash90)

Le programme nucléaire iranien, sévèrement touché en juin 2025, n’a cette fois-ci subi aucun revers significatif. Selon les estimations américaines, le délai dont l’Iran aurait besoin pour se doter d’une arme nucléaire n’a pas varié depuis l’été dernier. Les 440 kilogrammes d’uranium hautement enrichi que possède l’Iran se trouvent toujours sur son territoire ; aucun accord ni projet ne prévoit leur retrait.

Par ailleurs, les capacités militaires peuvent être rebâties, surtout si, dans le cadre d’un accord avec les États-Unis, des fonds affluent vers un pays qui a toujours montré qu’il privilégiait son réarmement au détriment du bien-être de ses citoyens.

Rien ne laisse non plus présager que le régime soit au bord de l’effondrement. Celui-ci a fait preuve de cohérence et de stabilité. Même Netanyahu a désormais cessé d’évoquer un soulèvement du peuple iranien.

Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, à gauche, rencontre le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, à Islamabad, au Pakistan, le 11 avril 2026 (Crédit : Bureau du Premier ministre pakistanais via AP)

De plus, tout accord conclu avec Trump contribuerait à consolider davantage la position du régime, et lui permettrait de commencer à alléger les pressions économiques qui pèsent sur la population.

Après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran, Netanyahu lui-même a admis, dans une déclaration filmée, qu’Israël « avait encore des objectifs à atteindre ».

Trump souhaite plus que tout éviter une reprise de la guerre

Le président américain a beau proférer chaque jour des menaces tonitruantes à l’encontre de l’Iran, lequel sera « rayé de la surface de la terre » s’il attaque des navires américains ou subira des bombardements « plus intenses et plus violents » s’il refuse un accord, il est évident qu’il cherche par tous les moyens à prévenir un retour à la guerre.

Le président américain Donald Trump s’adresse aux journalistes avant de monter à bord d’Air Force One à l’aéroport international de Palm Beach, à West Palm Beach, en Floride, le 2 mai 2026, alors qu’il se rend à Miami. (Crédit : AP Photo/Matt Rourke)

Le mois dernier, Trump a clairement fait savoir qu’il ne renouvellerait pas le cessez-le-feu initial de deux semaines. « Je ne veux pas faire ça. Cela nous prendrait trop de temps », a-t-il déclaré. ‘Je compte poursuivre les bombardements, je pense que c’est la meilleure stratégie.’

Puis, quelques heures avant l’expiration du cessez-le-feu, il a décidé de le prolonger unilatéralement pour une durée indéterminée, arguant qu’il s’agissait d’une exigence du Pakistan. Depuis, l’Iran maintient son blocus de facto du détroit d’Ormuz.

Même les bombardements répétés de l’Iran contre les Émirats arabes unis, proches alliés tant des États-Unis que de l’Iran, n’ont pas ébranlé Trump. Loin de mettre ses menaces à exécution, il s’est employé à trouver des excuses à la république islamique, assurant que celle-ci n’avait pas violé le cessez-le-feu.

« [Il ne s’agissait] pas de tirs nourris », a affirmé Trump. « La majorité ont été abattus. »

Trump, qui semble désespérément en quête d’un accord, relâche ses exigences, ignore les violations et affiche des prévisions optimistes que les Iraniens réfutent.

L’Iran ne manifeste que peu d’inquiétude

Téhéran se comporte comme s’il avait compris que Trump avait renoncé à se battre. Les dirigeants iraniens, sans avoir nécessairement une vision exacte de la situation, estiment avoir survécu au pire de ce qu’Israël et les États-Unis pouvaient leur infliger.

Sur cette photo obtenue auprès de l’agence de presse iranienne ISNA le 4 mai 2026, on voit deux hommes assis dans une barque en train de pêcher près d’un navire ancré dans le détroit d’Ormuz, au large de Bandar Abbas, dans le sud de l’Iran. (Crédit : Amirhossein KHORGOOEI / ISNA / AFP)

Tandis que Trump clame haut et fort son désir de parvenir à un accord, l’Iran affiche une indifférence totale à ce sujet. Rien n’indique d’ailleurs que Téhéran ait beaucoup modifié sa position dans les négociations.

Tout comme avant la guerre, Téhéran reste disposé à accorder des concessions limitées sur son programme nucléaire en échange d’un allègement des sanctions.

Même un protocole d’accord d’un mois, censé mettre fin à la guerre et poser les bases de négociations – sans exiger pour autant de l’Iran qu’il renonce définitivement à l’enrichissement d’uranium – n’a pas suffi à la république islamique. Un porte-parole iranien l’a même qualifié de « liste d’exigences américaines utopiques ».

L’Iran devrait conserver ses missiles et ses proxys

Dès le début de la guerre contre l’Iran, la Maison Blanche a énoncé ses principaux objectifs de guerre, notamment contraindre Téhéran à cesser de soutenir ses proxys armés et détruire le programme de missiles balistiques de la république islamique.

« Nous veillons à ce que le régime iranien ne puisse plus armer, financer et diriger des armées terroristes en dehors de ses frontières », a ainsi indiqué Donald Trump au troisième jour de la guerre.

Des missiles iraniens de fabrication nationale sont exposés dans le cadre d’une exposition permanente dans une zone de loisirs au nord de Téhéran, en Iran, le 24 mars 2026. (Crédit : Vahid Salemi/AP)

« Les États-Unis mènent une opération destinée à neutraliser la menace que représentent les missiles balistiques à courte portée de l’Iran, ainsi que celle que représente sa marine… Il s’agit là de l’objectif de cette mission », a réaffirmé le secrétaire d’État Marco Rubio ce même jour.

Ni l’un ni l’autre des deux points ne semble avoir été abordé dans les négociations en cours entre les États-Unis et l’Iran, qui, à en juger par les propos de Trump, porteraient exclusivement sur le programme nucléaire iranien.

Interrogé cette semaine sur les missiles balistiques iraniens au cours d’une interview, Trump a répondu de manière évasive : « Vous savez, les missiles sont une mauvaise chose, et oui, ils doivent limiter leur programme. Mais l’essentiel, c’est qu’ils ne puissent pas se doter de l’arme nucléaire. »

Il a également refusé de s’engager à faire cesser le financement des proxys par l’Iran, se contentant d’arguer que Téhéran ne serait économiquement plus en mesure de le faire, compte tenu des dégâts subis par ses infrastructures énergétiques.

Aucun répit pour les réservistes israéliens

Face à des ennemis stationnés à ses frontières sans intention de se retirer, Israël a choisi la réponse la plus coûteuse en termes d’effectifs.

Des réservistes de la 226ᵉ brigade de parachutistes de Tsahal en mission dans le sud du Liban, sur une photo de presse publiée le 29 avril 2026. (Crédit : Armée israélienne)

L’État juif ne cherche pas à défaire le Hamas ou le Hezbollah sur le champ de bataille dans le cadre d’une campagne terrestre intense et décisive. Durant des années, son approche a permis au petit État d’Israël de mener ses guerres contre les armées arabes, et aux réservistes de retourner à leur travail et auprès de leur famille au terme de conflits qui ne dépassaient pas quelques semaines.

Netanyahu, pour sa part, a préféré opter pour une stratégie de zones tampons aux frontières d’Israël : à Gaza, au Liban et en Syrie. Chacune de ces zones requiert plusieurs brigades de maintien, en plus des besoins à la frontière et en Cisjordanie.

Ce fardeau, depuis le 7 octobre 2023, repose sur les réservistes et sur les formations en service actif. Les brigades de réserve en sont à leur sixième déploiement prolongé en deux ans et demi. Tout retour à une vie normale à la maison, à l’école ou au bureau s’avère impossible.

Par ailleurs, le potentiel considérable de réserves de troupes terrestres risque de ne pas pouvoir être exploité non plus. Selon les estimations, ce sont environ 80 000 hommes ultra-orthodoxes âgés de 18 à 24 ans qui sont actuellement éligibles au service militaire, mais qui ne se sont pas enrôlés. L’armée israélienne a indiqué avoir un besoin urgent de 12 000 recrues, principalement des soldats de combat, en raison de la pression exercée sur les effectifs permanents et de réserve par la guerre sur plusieurs fronts menée ces dernières années.

Un projet de loi porté par la coalition, qui vise officiellement à augmenter la conscription militaire au sein de la communauté haredi, consacre dans les faits le maintien des exemptions pour les étudiants à temps plein des yeshivot. Et même cette loi contestée fait face à un avenir incertain.

Selon un site d’information haredi, Netanyahu a récemment demandé aux députés ultra-orthodoxes d’accepter le report de ce texte controversé jusqu’après les élections de 2026, expliquant, lors d’une réunion privée, aux principaux responsables ultra-orthodoxes que sa coalition ne disposait pas de la majorité nécessaire pour faire adopter le projet de loi.

Netanyahu ne peut pas faire de la sécurité nationale son principal argument de campagne

Pour Netanyahu, le fait que les événements du 7-Octobre se sont produits sous son mandat constitue sa principale vulnérabilité politique.

Il a donc tenté de résoudre ce problème de plusieurs manières : en rejetant la responsabilité sur les services de sécurité, en falsifiant les archives, et en s’opposant à la création d’une commission d’enquête apolitique.

Suhayb Razem retenu en otage par un terroriste du Hamas sur le site du festival de musique électronique Nova, le 7 octobre 2023. (Capture d’écran : YouTube, article 27a de la loi sur le droit d’auteur)

L’argument le plus solide du Premier ministre aurait dû être la réussite de ses actions militaires à Gaza, au Liban et en Iran. Selon cet argument, s’il était au pouvoir lorsqu’a été perpétré le pire pogrom depuis la Shoah, personne d’autre que lui n’aurait toutefois pu mener une riposte aussi efficace. Sous sa direction, Israël a éliminé des responsables ennemis, ramené tous les otages de Gaza, et considérablement affaibli ses adversaires.

En raison des succès d’Israël, les rebelles en Syrie ont compris qu’ils avaient l’occasion de renverser le régime de Bachar al-Assad, un atout clé de l’Iran.

Netanyahu a survécu aux tensions avec l’administration Biden. Il a ensuite noué avec Trump une relation encore plus étroite que celle qu’il entretenait lors du premier mandat du président américain, laquelle a abouti à une campagne aérienne conjointe contre Téhéran.

Le chef de l’opposition Yair Lapid (à droite) et l’ancien Premier ministre Naftali Bennett lors d’une conférence de presse annonçant leur candidature commune aux prochaines élections, à Herzliya, dans le centre d’Israël, le 26 avril 2026. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Si ce message est prometteur, avec les guerres en suspens et des résultats incertains, le Premier ministre devra trouver une autre stratégie.

Jusqu’à présent, il a opté pour la tactique, éculée mais efficace, qui consiste à attaquer l’alliance Naftali Bennett-Yair Lapid en jouant sur les craintes latentes concernant les électeurs arabes.

C’est au peuple israélien qu’il reviendra de décider, le jour du scrutin, si les accomplissements d’Israël dans les guerres postérieures au 7-Octobre justifient le maintien de Netanyahu au pouvoir.

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