Netanyahu aurait demandé de reporter la loi sur la conscription au lendemain des élections
Un député ultra-orthodoxe de premier plan a nié cette information ; un autre l'a confirmée, soutenant que Netanyahu a menti et qu'il n'a jamais eu l'intention de faire adopter une loi exemptant les étudiants des yeshivot du service militaire
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Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a dernièrement demandé aux députés ultra-orthodoxes qu’ils acceptent de reporter au lendemain des élections de 2026 l’examen du projet de loi de la coalition qui vise à exempter les étudiants des yeshivot du service militaire, a rapporté mercredi le site Behadrei Haredim.
Selon cette source, c’est au cours de discussions privées avec les principaux députés ultra-orthodoxes que Netanyahu a avoué que sa coalition ne disposait pas de la majorité nécessaire pour faire adopter ce projet de loi controversé. Il a également argué que le moment n’était pas opportun pour remettre le projet de loi à l’ordre du jour, au vu des tensions sécuritaires sur plusieurs fronts.
Après les élections d’automne, a fait valoir Netanyahu – et dans l’hypothèse d’une nouvelle victoire du Likud – les membres de la coalition se concentreront sur l’obtention de portefeuilles gouvernementaux. Ils seront donc moins enclins à voter contre une loi accordant des exemptions généralisées de service militaire aux étudiants des yeshivot ultra-orthodoxes, aussi controversée soit-elle.
Si l’article n’a pas précisé quels députés haredim ont assisté à cette réunion avec Netanyahu, au moins un législateur ultra-orthodoxe de premier plan a démenti l’information.
Si cela se confirmait, il s’agirait d’une mauvaise nouvelle pour les députés haredim, à qui Netanyahu avait assuré que la loi serait adoptée au début du mandat du gouvernement, c’est-à-dire en décembre 2022, et qui ont depuis dû faire face à d’innombrables reports.
Le projet de loi de la coalition sur l’exemption du service militaire, s’il vise ostensiblement à étendre la conscription au sein de la communauté haredi, consacre dans les faits le maintien des exemptions pour les étudiants à temps plein des yeshivot. Considéré par beaucoup comme juridiquement contestable et truffé de failles, il a suscité une vive opposition, y compris parmi les membres de la coalition de Netanyahu.
Les partis ultra-orthodoxes réclament depuis longtemps une loi visant à institutionnaliser les exemptions du service militaire pour les membres de leur communauté. Une initiative qui a pris de l’ampleur après que la Haute Cour a statué, en juin 2024, que l’exemption généralisée dont bénéficient depuis des décennies les étudiants des yeshivot haredim n’avait aucun fondement juridique.
Selon les estimations, quelque 80 000 hommes ultra-orthodoxes âgés de 18 à 24 ans sont actuellement éligibles au service militaire, mais ne se sont pas enrôlés. L’armée israélienne a indiqué avoir un besoin urgent de 12 000 recrues, principalement des soldats de combat, en raison de la pression exercée sur les forces permanentes et de réserve par la guerre menée sur plusieurs fronts ces dernières années.
Moshe Gafni, le chef de file de la faction Degel HaTorah du parti ultra-orthodoxe Yahadout HaTorah, a dénoncé cette information comme étant « une pure invention ».
La faction de Gafni s’est montrée plus favorable à ce projet de loi, au contraire de l’autre faction de Yahadout HaTorah, Agudat Yisrael, qui s’y oppose au motif que le texte prévoit des sanctions à l’encontre des réfractaires à la conscription, tout en exemptant de fait la plupart des hommes haredim du service militaire.
Le président d’Agudat Yisrael, Yitzhak Goldknopf, a quant à lui réagi avec une colère bien plus vive à cette information, sans toutefois la qualifier de mensongère.
« Le secret est enfin percé. C’est exactement ce que j’ai dit depuis le début : Netanyahu n’a pas, et n’a jamais eu, la moindre intention d’honorer l’accord de coalition et son engagement envers les partis haredim« , a ainsi affirmé Goldknopf dans un communiqué.
Les porte-parole du parti ultra-orthodoxe Shas et du Likud de Netanyahu n’ont pas répondu aux demandes de commentaires du Times of Israel.
Ce projet de loi controversé a été mis en suspens en mars suite au déclenchement de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Le président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, Boaz Bismuth, a toutefois fait savoir ultérieurement qu’il continuerait à le faire avancer. Le président du Shas, Aryeh Deri, a quant à lui prédit qu’il serait adopté après la pause parlementaire, qui prend fin le 10 mai.
Pour autant, le texte n’a pas progressé depuis, en raison de l’opposition du rabbin Moshe Hillel Hirsch, l’un des deux principaux représentants rabbiniques du parti Degel HaTorah.
La semaine dernière, la chaîne N12 a rapporté que Hirsch avait refusé de rencontrer même les députés de son parti pour débattre de la question, en contraste avec le soutien affiché par le rabbin Dov Lando, chef spirituel du parti.
La conscription devrait être l’un des enjeux majeurs des élections de 2026. Toutes les factions de l’opposition juive ont en effet promis le recrutement des Haredim si elles arrivaient au pouvoir.
Interrogée sur l’article de Behadrei Haredim, une porte-parole de Bismuth a répondu au Times of Israel : « Nous sommes en totale coordination avec le Premier ministre. La balle est désormais dans son camp. »
La procureure générale Gali Baharav-Miara a décidé, la semaine dernière, que les yeshivot ultra-orthodoxes dont les étudiants refusaient de rejoindre les rangs de l’armée se verraient privées de leurs exonérations fiscales.
Quelques jours auparavant, la Haute Cour avait clairement statué que l’État ne devait fournir aucun soutien financier, direct ou indirect, à ces institutions. En a témoigné une décision récente, aux termes de laquelle les agences gouvernementales sont dorénavant tenues de subordonner l’octroi de certaines prestations sociales à l’accomplissement du service militaire, afin de priver de ces avantages les ultra-orthodoxes qui se soustraient à la conscription.
La Cour a déclaré s’être prononcée en ce sens en raison du non-respect par le gouvernement de son arrêt de novembre 2025, qui lui imposait d’adopter des mesures d’application.
Trois cent soixante hommes ultra-orthodoxes appelés sous les drapeaux cette semaine
Par ailleurs, l’armée israélienne a indiqué mercredi qu’environ 360 hommes ultra-orthodoxes avaient été appelés sous les drapeaux cette semaine.
Au total, ce sont 231 soldats qui ont intégré des postes de combat, notamment au sein de la brigade Hasmonéenne, du bataillon Netzah Yehuda de la brigade Kfir, de la compagnie Hetz du 202e bataillon de la brigade de parachutistes, de l’unité de défense au sol de la base aérienne de Nevatim et de la police des frontières. Cent trente et un autres soldats haredim ont été affectés à des postes de soutien au combat, notamment au sein d’unités de techniciens chargés de l’entretien des avions de chasse.
D’autres soldats haredim devraient rejoindre les rangs de l’armée israélienne au cours des deux prochaines semaines, dans le cadre de cette cohorte de conscription.
L’armée israélienne a indiqué qu’elle comptait poursuivre ses efforts pour recruter davantage de soldats ultra-orthodoxes, « par nécessité opérationnelle ».
Ces efforts consistent notamment à agrandir les unités haredim existantes, à mettre en place de nouveaux protocoles régissant les conditions de service des soldats haredim et à offrir aux soldats ultra-orthodoxes la possibilité d’accéder à des postes de commandement et d’officier.
L’armée a annoncé son intention de permettre aux soldats haredim d’effectuer un « service [militaire] constructif, tout en préservant pleinement [leur] mode de vie ultra-orthodoxe ».
Jeremy Sharon a contribué à cet article.
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