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Soulagée de la chute de Maduro, la diaspora juive du Venezuela peut-elle envisager de revenir ?

Environ 20 000 Juifs vénézuéliens ont fui l'antisémitisme encouragé par l'État pendant l'ère Chávez, ne laissant que 4 000 personnes derrière eux ; ils hésitent encore à rentrer

Une femme tenant des drapeaux d'Israël et vénézuéliens pour manifester sa solidarité avec la communauté juive vénézuélienne après une attaque contre une synagogue de Caracas, devant le consulat du Venezuela, à Miami, le 13 février 2009. (Crédit : Joe Raedle/Getty Images via JTA)
Une femme tenant des drapeaux d'Israël et vénézuéliens pour manifester sa solidarité avec la communauté juive vénézuélienne après une attaque contre une synagogue de Caracas, devant le consulat du Venezuela, à Miami, le 13 février 2009. (Crédit : Joe Raedle/Getty Images via JTA)

JTA — C’était le moment que Samy Yecutieli espérait depuis des années, même s’il ne s’attendait pas à ce que cela se passe ainsi.

Né et élevé à Caracas, cet expert en sécurité reconverti en agent immobilier a suivi depuis son domicile de Kfar Saba, une ville du centre d’Israël, l’actualité dramatique de la semaine dernière : l’arrestation par les forces américaines de l’homme fort du Venezuela, Nicolás Maduro, puis sa comparution devant un tribunal new-yorkais.

Aujourd’hui, il observe le président américain Donald Trump promettre une présence prolongée dans ce pays sud-américain riche en pétrole, alors que ce dernier a manifesté son soutien aux adjoints de Maduro, qui réprimeraient toute manifestation de soutien à la destitution du dictateur vénézuélien.

« De toute évidence, c’est le début de la fin de l’ère Chávez, mais le travail n’est pas terminé », a déclaré Yecutieli mardi à la Jewish Telegraphic Agency.

« Les ministres de la Défense et de l’Intérieur sont toujours en poste. Il faut les démettre de leurs fonctions pour pouvoir entamer le processus de reconstruction du pays. »

Yecutieli, 60 ans, s’est installé en Israël il y a huit ans avec son épouse et leurs trois enfants. Il fait partie des quelque 20 000 Juifs vénézuéliens qui ont fui leur pays après l’arrivée au pouvoir, en 1998, du prédécesseur de Maduro, Hugo Chávez, qui a lentement mené à la faillite ce qui était autrefois l’économie la plus prospère d’Amérique latine, tout en adoptant une rhétorique antisémite qui persiste depuis lors.

Le dictateur vénézuélien Nicolas Maduro, arrêté, arrivant à l’héliport du centre-ville de Manhattan, pour se rendre au tribunal fédéral Daniel Patrick Moynihan pour une première comparution afin de répondre à des accusations des États-Unis, à New York, le 5 janvier 2026. (Crédit : Eduardo Munoz/Reuters)

À une certaine époque, le Venezuela comptait environ 25 000 Juifs. Aujourd’hui, il n’en reste plus que 4 000 environ, soit à peu près le même nombre que ceux qui ont émigré vers le sud de la Floride. Un nombre similaire s’est installé en Israël, tandis que les autres, qui ne maîtrisent ni l’anglais ni l’hébreu, ont opté pour des pays hispanophones, principalement la Colombie, le Panama, le Mexique et l’Espagne.

Ils faisaient partie des quelque 8 millions de Vénézuéliens, soit près d’un tiers de la population, qui ont émigré, constituant le plus grand exode de réfugiés de l’histoire moderne, plus important encore que celui de la Syrie déchirée par la guerre.

Plus de 200 000 d’entre eux se sont installés en Floride, et plus particulièrement à Weston, une banlieue de Fort Lauderdale, où ils sont si nombreux que la ville est souvent surnommée « Westonzuela ».

Sammy Eppel, 78 ans, vit à Aventura, une enclave huppée composée d’immeubles en copropriété et de maisons mitoyennes, située le long de l’Intracoastal Waterway, au nord de Miami.

« Maduro était à la tête d’une organisation criminelle internationale qui a fait du tort non seulement aux Juifs, mais aussi à tous les Vénézuéliens », a déclaré Eppel, qui n’a pas revu sa maison de Caracas depuis plus de dix ans.

« Ce régime a tout fait pour transformer les Vénézuéliens en antisémites. C’est un État défaillant qui avait besoin de trouver un bouc émissaire, et les Juifs constituaient une cible facile. Mais ils n’y sont pas parvenus. »

Le Venezuela, où les Juifs vivent depuis au moins 200 ans, a été l’un des premiers pays au monde à reconnaître l’indépendance d’Israël, en mai 1948. Les relations bilatérales étaient excellentes jusqu’à l’arrivée au pouvoir du gouvernement populiste de Chávez.

Très vite, les Juifs vénézuéliens se sont joints aux autres habitants du pays pour s’inquiéter fortement de la répression des libertés civiles, de la détérioration de l’économie et des éloges de Chávez à l’égard de dirigeants despotiques tels que Saddam Hussein. Mais ils ne se sont pas sentis visés avant plusieurs années de règne de Chávez.

Illustration : Des manifestants brûlant un drapeau d’Israël lors d’une manifestation, condamnant l’incursion israélienne dans la bande de Gaza ont tagué des graffitis et lancé des chaussures sur l’ambassade d’Israël au Venezuela, soutenant la décision du président Hugo Chavez d’expulser l’ambassadeur israélien, devant l’ambassade d’Israël, à Caracas, le 8 janvier 2009. (Crédit : Fernando Llano/AP)

Puis, dans un discours enflammé prononcé en 2006, Chávez a condamné Israël pour son invasion du Liban, la qualifiant de « nouvel Holocauste » contre les Palestiniens et les Libanais. Trois ans plus tard, il a rompu unilatéralement les relations avec l’État hébreu et donné 72 heures à l’ambassadeur israélien pour quitter le pays.

Alors que Chavez intensifiait ses propos contre Israël, qualifiant ce pays « d’État génocidaire », les médias officiels lui emboîtaient le pas, appelant au boycott des commerces juifs locaux à moins qu’ils ne dénoncent publiquement Israël. Des graffitis antisémites ont commencé à apparaître dans Caracas. Une synagogue a été gravement endommagée lorsqu’une dizaine d’assaillants y ont fait irruption, maîtrisant les agents de sécurité et profanant des objets sacrés. Une bombe a été lancée dans un centre communautaire juif local. La production locale de « Un violon sur le toit » a même été affectée lorsque le président de l’orchestre a démissionné, invoquant la situation politique.

« On apprend aux gens à haïr. Le Venezuela n’a jamais connu une telle situation auparavant », expliquait à l’époque le Grand Rabbin ashkénaze de Caracas, Pynchas Brener, à la JTA. Il s’est installé à Miami deux ans plus tard.

Brener faisait partie d’un exode massif. Suite au revirement anti-Israël de Chavez, les Juifs du Venezuela, qui avaient déjà un pied dehors, ont quitté le pays en masse.

Sammy Eppel, 78 ans, un Juif vénézuélien vivant à Aventura, en Floride. (Crédit : Larry Luxner/JTA)

« Notre école juive a été construite pour accueillir 5 000 élèves, mais aujourd’hui, elle n’en compte plus qu’environ 400 », a déploré Eppel, qui tenait un commerce de détail et un centre d’appels à Caracas.

« Cela semble être un vœu pieux de vouloir revenir à l’ancien temps, mais je ne suis pas sûr que cela puisse arriver, car le peuple vénézuélien a changé après 27 ans de tyrannie et de difficultés. »

Les quelques Juifs qui restent au Venezuela hésitent à s’exprimer publiquement sur la situation, d’autant que le gouvernement a récemment menacé d’exproprier les propriétés juives à Caracas, sans parler des relations étroites que le pays entretient avec la République islamique d’Iran et le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah.

Yecutieli ne cache pas sa haine pour Maduro, qu’il accuse d’avoir volé trois élections consécutives et d’être un président illégitime à tous points de vue. Comme la plupart des Juifs vénézuéliens, il considère Maduro comme un voyou ayant emprisonné des milliers de prisonniers politiques et détruit une économie autrefois florissante.

Entre autres choses, Yecutieli est membre du Forum sur la sécurité de la Chambre de commerce Israël-Amérique latine, basée à Tel Aviv (ILACC).

Quant à ce qui va se passer maintenant, il a déclaré : « Il y aura de nombreuses opportunités commerciales au Venezuela, et les personnes âgées comme moi pourront y retourner et participer à la reconstruction. Mais mes filles n’ont rien là-bas. Deux d’entre elles sont dans l’armée israélienne et construisent leur vie ici. Si je les ramenais au Venezuela, quel serait leur avenir ? »

Yecutieli a indiqué être personnellement en contact avec Maria Corina Machado, la dirigeante de l’opposition vénézuélienne qui a remporté le prix Nobel de la paix l’an dernier et qui se trouve actuellement dans un lieu tenu secret.

« Elle aime beaucoup Israël, comprend l’importance de ce pays et a promis de rétablir les relations diplomatiques et d’installer l’ambassade du Venezuela à Jérusalem », a-t-il expliqué, ajoutant qu’il comprenait la stratégie de Trump consistant à contourner Machado et à travailler plutôt avec la présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodríguez, malgré ses propos incendiaires et antisémites, notamment lorsqu’elle a affirmé cette semaine que les « sionistes » avaient aidé les Américains à enlever Maduro.

Le siège social de Bnai Brith Venezuela, à Caracas. (Crédit : Larry Luxner/JTA)

« C’est une décision très judicieuse », a déclaré Yecutieli.

« Si vous les éliminez tous, cela créera un vide, et cela entraînera le chaos. Rodríguez restera en place, mais elle devra suivre les règles imposées par Washington. »

Roberto Avram, 42 ans, a quitté le Venezuela en 2006 pour s’installer en Israël avec son épouse et leurs trois enfants. Il est actuellement en mission en Amérique latine pour le compte du Keren Hayesod-United Israel Appeal.

« Nous sommes tous très enthousiasmés par cette nouvelle », a indiqué Avram à la JTA lors d’un entretien téléphonique passé depuis le Pérou.

Un partisan du dictateur vénézuélien destitué Nicolas Maduro portant son portrait lors d’un rassemblement, devant l’Assemblée nationale, à Caracas, le 5 janvier 2026. (Crédit : Juan Barreto/AFP)

« Le Venezuela n’est pas dans une bonne situation et nous sommes tous d’accord pour dire que nous devons travailler très dur pour retrouver le Venezuela d’autrefois. »

Ingénieur système de profession, Avram a exprimé le désir de retourner un jour à Caracas pour montrer à ses enfants l’endroit où il a grandi. Mais pour l’instant, il est heureux de vivre en Israël.

« Nous voulions tous que Machado prenne le pouvoir, mais j’ai confiance dans le processus », a-t-il déclaré.

« [Le secrétaire d’État américain Marco] Rubio et Trump font ce qu’il faut. Cela prendra du temps, mais si nous en sommes déjà arrivés là, nous pouvons attendre encore un peu le moment opportun pour assister à une transition pacifique. »

Leo Corry est d’accord. Mathématicien de renom, Corry a immigré en Israël en 1977, à l’apogée de la gloire du Venezuela et plusieurs décennies avant que quiconque n’ait entendu parler de Chávez ou de Maduro.

Corry, 70 ans, vit aujourd’hui à Ramat Gan et est président de l’Open University d’Israël (OUI).

« C’est un régime horrible qui a transformé le Venezuela, l’un des plus beaux pays d’Amérique latine, en un endroit insupportable », a-t-il déclaré.

« Il est dirigé par une bande de criminels et infiltré par des Russes, des Iraniens, des Chinois et des Cubains. Les gens ont énormément souffert, ils sont donc heureux que la personne au sommet de cette pyramide ne soit plus là. »

D’un autre côté, le « manque de respect des États-Unis envers la souveraineté du Venezuela » pourrait poser problème, a estimé cet universitaire d’origine chilienne, arrivé à Caracas à l’âge de 2 ans et ayant grandi au sein du mouvement socialiste Hashomer Hatzair. Il a émis l’hypothèse que « Trump ne souhaite pas trop faire de vagues, mais se réjouira d’avoir un gouvernement servile » dirigé par Rodríguez.

Malgré l’amitié de longue date entre le Venezuela et Israël avant l’ère Chávez, Corry doute fortement qu’un grand nombre de Juifs – ou qui que ce soit d’autre, d’ailleurs – se précipiteront pour revenir.

« Huit millions de personnes ont quitté le Venezuela. Il n’y a aucun autre exemple similaire dans l’histoire mondiale », a-t-il souligné.

« Au début, cela a touché l’élite, puis la classe moyenne, et enfin tout le monde. Des familles ont été complètement détruites. Il est donc trop tôt pour parler d’un éventuel retour. »

Un homme brandissant les drapeaux nationaux du Venezuela et de l’Iran lors d’une marche organisée par le gouvernement dans le contexte de la guerre entre Israël et l’Iran, à Caracas, au Venezuela, le 19 juin 2025. (Crédit : Jesus Vargas/AP Photo)

Anabella Jaroslavsky, 63 ans, a déménagé en Israël en 2020, rejoignant sa fille qui l’avait fait neuf ans auparavant. Sa mère et ses deux sœurs vivent toujours au Venezuela.

« Après 26 ans, nous voulons un changement dans notre pays », a déclaré Jaroslavsky, consultante auprès de l’Organisation sioniste mondiale (WZO) et résidant à Tel Aviv.

« Je me suis construite une vie ici, en Israël, mais d’autres Juifs vont rentrer chez eux. Ils ont quitté leurs appartements, leurs entreprises, tout. Et une fois que tout aura été reconstruit, il y aura des opportunités. »

« Les gens attendent de voir ce qui va se passer, mais ils savent que la situation restera instable pendant un certain temps. Nous espérons tous que quelque chose de positif ressortira de tout cela. »

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