Sous les missiles du Hezbollah, les agriculteurs du nord sèment les graines de l’avenir
Après 14 mois d’exil forcé, les habitants du moshav Liman espéraient tourner la page, mais une nouvelle vague de guerre vient à nouveau tout bousculer
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MOSHAV LIMAN – Par un après-midi ensoleillé, trois des filles de Maya Yaacobi jouaient dans le jardin de la ferme familiale de son mari, à moins de trois kilomètres de la frontière avec le Liban.
L’une observait des coccinelles, une autre faisait du vélo et la troisième trottinait dans l’herbe. Les cinq chevaux de la famille étaient tranquillement dans leur enclos entouré de champs verdoyants. Dans le ciel bleu, un nuage blanc dérivait.
« Non, c’est en fait la fumée du Dôme de fer interceptant une roquette », explique Yaacobi au Times of Israel.
Cette communauté agricole profondément enracinée n’est pas étrangère à la guerre. Pendant les 14 mois qui ont suivi le pogrom meurtrier du 7-Octobre perpétré dans le sud d’Israël par le groupe terroriste palestinien du Hamas, le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah a tiré des milliers de roquettes, de missiles et de drones sur le nord d’Israël.
La plupart des 850 habitants du village faisaient partie des 60 000 personnes évacuées d’une large partie du nord du pays à la suite de ces attaques.
Après un cessez-le-feu avec le Hezbollah fin novembre 2024, les habitants ont commencé à rentrer chez eux. Ils ont chassé les parasites, les toiles d’araignées et la moisissure de leurs maisons, entrepris de réparer les bâtiments endommagés pour tenter de reprendre le cours de leur vie.
Puis a débuté la campagne militaire conjointe américano-israélienne contre le régime iranien, toujours en cours. Le Hezbollah s’est joint aux combats la semaine dernière, affirmant agir en représailles à l’assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei. Le groupe terroriste a tiré quelque 200 roquettes et drones sur le nord d’Israël, contraignant des centaines de milliers d’Israéliens à se réfugier dans des abris à maintes reprises dans la nuit de mercredi à jeudi.
Les habitants disent qu’ils refusent d’être évacués à nouveau et sont pour la plupart restés sur place, mais la menace est réelle et constante.
Dimanche, le moshav Liman a perdu un soldat qui avait grandi là-bas, Or Demry, plongeant les habitants dans le deuil.
Yaacobi confie que lorsque la famille a été contrainte de quitter le moshav Liman en 2023, elle a été contrainte de laisser mourir ses avocatiers, car personne ne pouvait s’en occuper. Elle a toujours l’intention de transformer ce terrain en potager durable.
Mais pour l’instant, Yaacobi, professeure de Pilates, est accaparée par ses filles qui, comme les enfants à travers le pays, n’ont ni école ni maternelle, toutes les activités éducatives ayant été suspendues sur instruction du commandement du Front intérieur. Elle s’efforce de leur trouver une activité chaque jour, ateliers artistiques et travaux manuels en tête.
Les six membres de la famille dorment tous dans la pièce protégée de leur maison. Le mari de Yaacobi, Assif Cohen, qui fait actuellement partie de l’équipe d’intervention d’urgence de la communauté, a combattu comme réserviste, à Gaza et au Liban, pendant plus de 450 jours depuis le 7-Octobre.
« Il n’a pas encore été rappelé », dit Yaacobi d’un ton grave.
« Je ne sais pas comment nous allons traverser ça », ajoute-t-elle. « Il y a des jours où j’en ai vraiment assez, où je suis à bout, mais je dois quand même me lever et faire en sorte que mes filles se sentent en sécurité. Nous sommes en pleine guerre et nous ne voyons pas d’avenir. »
« Il y a tellement d’insécurité et d’incertitude »
À quelques rues de là, chez Malachi’s Plants and Nursery, Hadas Harlap, coordinatrice communautaire du moshav Liman, s’est arrêtée pour discuter avec Sigal Malachi, responsable des activités culturelles de la coopérative agricole. Elles cherchaient des événements à organiser pour les habitants.
Les oiseaux gazouillaient parmi les plantes, les fleurs et les arbres. La pépinière resplendissait de couleurs vives, mais elle est actuellement fermée au public.
« Il y a tellement d’insécurité et d’incertitude », a déclaré Malachi. « Les gens sont anxieux et ont des crises de panique. Les adolescents errent sans savoir quoi faire. »
Elle a ajouté que certains enfants sont tellement effrayés qu’ils ne quittent pas la pièce sécurisée familiale. Une mère a dû supplier son fils de sortir passer ne serait-ce que 15 minutes au soleil.
« J’ai distribué des mishloah manot [paniers cadeaux] à Pourim avec d’autres femmes pour remonter le moral des enfants », a déclaré Malachi. « J’aimerais organiser d’autres événements. Nous avons le droit de rassembler jusqu’à 50 personnes, mais je ne veux pas en assumer la responsabilité. »
Elle confie que certains résidents commencent à se résigner à l’idée que cette nouvelle confrontation avec le Hezbollah pourrait n’être encore une fois qu’un « pansement ».
« Cette guerre finira par s’arrêter, mais dans quelques mois, il y en aura une autre », explique-t-elle.
« Et c’est reparti »
Dans une ferme voisine, Michal Mizrachi se préparait à se rendre en voiture à Nahariya, à huit kilomètres de là, où elle est bénévole pour le service de secours du Magen David Adom. Quand elle ne fait pas de bénévolat, elle dirige FLOW, un studio de fitness installé sur la propriété familiale. Depuis l’entrée du studio, la vue s’étend sur les pâturages et la mer Méditerranée.
Avant le 7-Octobre, Mizrachi comptait environ 90 clients dans son studio. Pendant les 14 mois de guerre qui ont suivi, le studio a dû fermer ses portes. Depuis son retour au moshav Liman en avril 2025, elle avait retrouvé une soixantaine de clients. Puis la dernière guerre a éclaté.
« Maintenant, ils ont peur de venir, même s’il y a un abri anti-bombe juste à côté », dit-elle.
Son mari, Yaniv, s’affairait à la réparation du restaurant familial fondé par son père, Yonatan, et où sa défunte mère, Esther, avait officié comme chef cuisinière. Endommagé pendant la guerre, le bâtiment attend d’être rouvert.
Pendant l’évacuation, Mizrachi et leurs trois enfants avaient trouvé refuge au kibboutz Beit Oren, près de Haïfa, tandis que son mari était resté sur place en tant que membre de l’équipe d’intervention d’urgence, veillant également sur leurs arbres et leur ferme.
« Les enfants étaient tellement perdus pendant l’évacuation, mais depuis notre retour, ils avaient retrouvé leurs repères », a déclaré Mizrachi. Ils reprenaient tout juste une routine normale, « et maintenant, on a l’impression de revivre tout ça depuis le début ».
La famille dort à la maison, mais garde ses chaussures à portée de main, prête à courir vers l’abri en pleine nuit.
« J’essaie de voir le verre à moitié plein », dit-elle avec un optimisme résolu. « La vie continue. J’essaie d’enseigner la résilience à mes enfants. »
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