Trois femmes passent un examen du Grand Rabbinat d’Israël – une première
Grâce à une injonction d'urgence, elles ont pu passer l'épreuve sur les lois du deuil séparément des hommes, à l'issue de plusieurs années de batailles juridiques
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Pour la première fois de l’histoire d’Israël, et grâce à une injonction d’urgence de la Haute Cour qui a mis fin à un retard de plusieurs heures, trois femmes ont passé l’examen rabbinique dispensé par le Grand Rabbinat, lundi.
Le Grand Rabbinat a autorisé à contrecœur les femmes à passer cet examen, habituellement réservé aux hommes souhaitant devenir rabbin, à la suite d’une décision historique de la Haute Cour rendue en juillet, après une bataille juridique qui a duré plusieurs années. L’examen, qui portait sur les lois du deuil, fait partie d’une série d’épreuves sur la loi juive auxquelles se soumettent les candidats au rabbinat.
Le Grand Rabbinat, qui est orthodoxe, n’accorde pas l’ordination aux femmes, mais celles qui réussissent les épreuves peuvent prétendre à d’autres avantages accordés par l’État.
L’examen destiné aux candidates devait commencer à 10 h 30, mais a été retardé en raison de « problèmes techniques », selon le Grand Rabbinat. Les candidats masculins, qui passaient l’examen dans un autre lieu à Jérusalem, ont quant à eux commencé leur épreuve à l’heure.
Ce retard a incité l’organisation de défense des droits religieux ITIM à déposer un recours d’urgence devant la Haute Cour de justice.
La Cour a donné au Grand Rabbinat jusqu’à 15 h pour répondre. Selon une réponse à la Cour communiquée au Times of Israel par un porte-parole du Grand Rabbinat, les candidates ont reçu leur sujet d’examen à 14 h 55 et ont été autorisées à commencer l’épreuve.
Le Grand Rabbinat a également indiqué que, contrairement au protocole habituel, aucun membre du personnel chargé de superviser l’examen ne serait présent dans la salle avec les candidates pour répondre à leurs questions, mais que celles-ci seraient traitées par le Grand Rabbin Kalman Ber par téléphone, et qu’il pourrait être nécessaire de les regrouper.
Le Grand Rabbinat organise des examens dans les principaux domaines de la halakha (loi juive orthodoxe), notamment la casheroute, la niddah (lois relatives à la pureté familiale), le Shabbat, le deuil et les lois sur le mariage. Les candidats qui souhaitent être reconnus comme rabbins doivent réussir un certain nombre de ces examens. Six suffisent pour atteindre le niveau de « rabbin de quartier », tandis que l’obtention du titre de « rabbin de ville » nécessite la réussite de onze examens.
Cependant, le Grand Rabbinat délivre également d’autres types de certificats à ceux qui réussissent les examens, avec d’importantes implications économiques et sociales. Un certain nombre d’examens peuvent être considérés comme équivalents à un diplôme universitaire pour certains emplois publics ou garantir un salaire plus élevé dans la fonction publique.
En juillet, la Cour a statué que le Grand Rabbinat devait autoriser les femmes à passer les examens rabbiniques, au nom de l’égalité des sexes. Les requérants, parmi lesquels figuraient ITIM et d’autres groupes de défense des droits, ainsi que plusieurs érudites de la Torah, n’ont pas demandé à pouvoir devenir rabbin, et la décision de la Cour ne portait pas sur cette question.
Les examens ont généralement lieu trois fois par an, en été, en automne et au printemps. À la suite de la décision de la Cour, le Grand Rabbinat a tenté d’obtenir une nouvelle audience, mais sa demande a été rejetée. Le Rabbinat n’a pas organisé de session d’examens à l’automne.
Les inscriptions pour la session de printemps ont ouvert en février.
À cette occasion, le Grand Rabbinat a également annoncé la mise en place d’une commission chargée de revoir les critères des examens et de mener une réforme globale du système d’examen par le Conseil du Grand Rabbinat, principale autorité gouvernementale en matière de loi juive et prestataire des Affaires religieuses juives.
Jeudi, jour marquant le début de la session de printemps, un porte-parole du Grand Rabbinat a déclaré au Times of Israel que six femmes s’étaient inscrites aux examens, dont une pour la niddah et cinq pour les lois du deuil. Lundi, trois d’entre elles ont passé l’examen.
« Séparées mais égales, ce n’est pas vraiment l’égalité »
La semaine dernière, les candidates ont reçu un courriel les informant qu’au lieu de passer les épreuves au Centre de conventions internationales de Jérusalem, où elles se déroulent habituellement et où leurs homologues masculins doivent les passer, elles les passeraient au ministère des Affaires religieuses.
Pour la rabbanit Sarah Segal-Katz, qui faisait partie du groupe de femmes ayant initialement déposé un recours devant la Cour en 2019, cette décision constituait une violation du principe d’égalité que le Grand Rabbinat était tenu de respecter.
« Notre idée est que ‘séparés mais égaux’ n’est pas vraiment égal, et la Cour nous a donné raison », a-t-elle déclaré lundi au Times of Israel.
Elle a précisé que les requérantes étaient prêtes à passer l’examen dans une salle différente de celle des hommes, à condition que cela se fasse « de bonne foi ». (Dans la plupart des communautés orthodoxes traditionnelles, l’étude de la Torah se déroule généralement dans des espaces réservés aux hommes ou aux femmes).
Selon Segal-Katz, le fait de passer l’examen dans des bâtiments différents ne garantit pas des conditions d’examen identiques.
« Comment puis-je savoir que les questions sont les mêmes ? Et les examens sont censés être corrigés de manière anonyme. Comment est-ce possible avec uniquement des femmes dans un bâtiment, alors que tous les candidats masculins se trouvent dans un autre bâtiment ? », a-t-elle demandé.
Segal-Katz, qui réside actuellement aux États-Unis, s’était inscrite à l’examen alors qu’elle était en période de niddah. Elle prévoyait de prendre l’avion pour retourner en Israël, mais n’a finalement pas pu le faire.
Le Rabbinat n’a annoncé la date exacte de l’examen qu’il y a quelques semaines, et Segal-Katz a eu du mal à avancer son vol, notamment en raison de la pénurie de vols due au conflit contre la République islamique d’Iran entre les États-Unis et Israël.
Finalement, elle a décidé que les conditions n’étaient pas réunies pour qu’elle passe l’examen.
« Je fais partie des premiers signataires du recours, et j’estime qu’il n’est pas acceptable de se plier à ces conditions. La manière dont les femmes devaient passer l’examen n’était pas éthique », a-t-elle déclaré.
« J’essaierai quand l’égalité sera véritablement de mise. »
« Ce recours ne concerne pas seulement les femmes ; il concerne l’égalité au sein de notre société », a-t-elle ajouté.
« Le chemin est long, mais nous devons continuer à nous battre. C’est difficile, mais je crois toujours aux institutions de l’État. »
la Communauté du Times of Israël !







