Trois films consacrés à la guerre à Gaza et à la crise des otages nominés aux Oscars
"Butcher's Stain", le court métrage "Children No More: Were and Are Gone" et "The Voice of Hind Rajab", sur la mort d'une fillette palestinienne de 5 ans, remportent les suffrages
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Jeudi, deux films israéliens et un film tunisien sur la guerre à Gaza et sur la crise des otages ont été nominés aux Oscars. Le film d’horreur « Sinners » a pour sa part battu le record historique des Oscars, totalisant 16 nominations.
Fortement imprégnée de culture juive, la comédie historique « Marty Supreme », avec Timothée Chalamet, a également remporté neuf nominations – parmi lesquelles celles du meilleur film et du meilleur acteur pour Chalamet, comédien de 30 ans en pleine ascension, qui devrait se voir décerner son premier Oscar pour ce rôle.
Le film israélien « Butcher’s Stain », réalisé par Meyer Levinson-Blount alors qu’il était étudiant à l’école de cinéma Steve Tisch de l’université de Tel Aviv, a été nominé dans la catégorie du Meilleur court métrage de fiction. La production a été réalisée avec le soutien du fonds Blavatnik pour la production de films étudiants.
Le film suit Samir, boucher arabe de Tel Aviv accusé d’avoir arraché des affiches représentant des otages israéliens détenus par les terroristes du Hamas à Gaza, qui se lance dans un périple pour prouver son innocence.
Le film a remporté la deuxième place dans la catégorie fiction des Student Academy Awards à l’automne.
« Children No More: Were and Are Gone », réalisé par la cinéaste primée Hilla Medalia, a été nominé pour le prix du meilleur court métrage documentaire.
Medalia suit les participants à une veillée hebdomadaire qui avait débuté en mars 2025 à Tel Aviv, où une poignée de manifestants brandissaient des photos d’enfants tués à Gaza. Un rassemblement qui s’est transformé au fil du temps en une puissante manifestation silencieuse.
Un autre film est consacré aux enfants de Gaza. Nominé dans la catégorie du Meilleur long métrage international, le docu-fiction tunisien « The Voice of Hind Rajab » évoque l’histoire d’une fillette de cinq ans qui aurait été tuée par l’armée israélienne à Gaza l’an dernier, du point de vue du Croissant-Rouge palestinien.
Le film, réalisé par la Franco-Tunisienne Kaouther Ben Hania, raconte l’histoire de Hind Rajab Hamada. La fillette fuyait Gaza avec six membres de sa famille, l’année dernière, lorsque leur voiture avait été prise sous les tirs.
Il met en scène les efforts déployés par les dispatchers du Croissant-Rouge palestinien dans le centre de la Cisjordanie pour envoyer de l’aide à Rajab à Gaza, utilisant l’enregistrement audio réel de l’appel téléphonique de la jeune fille, dans lequel elle implore de l’aide, entourée des corps sans vie des membres de sa famille.
Le Croissant-Rouge palestinien avait accusé Israël d’avoir délibérément pris pour cible une ambulance qu’il avait envoyée pour porter secours à Rajab.
L’État juif a depuis réfuté cette affirmation, arguant qu’une enquête avait révélé qu’aucun soldat israélien n’était présent à proximité du véhicule dans lequel le corps sans vie de Rajab avait été retrouvé, et qu’aucune coordination spécifique avec l’ambulance n’avait été requise pour la récupérer.
Pendant la saison des récompenses, le film, présenté par la Tunisie et coproduit par le distributeur pro-palestinien Watermelon Pictures, a bénéficié d’un soutien massif de la part de la communauté cinématographique pro-palestinienne. C’est Jonathan Glazer, le cinéaste juif britannique à l’origine du célèbre drame sur la Shoah « The Zone of Interest », dont le discours aux Oscars l’an dernier avait visé le comportement d’Israël à Gaza, qui a coproduit le film.
Le film « The Sea », primé aux Ophir Awards, n’a pas été retenu dans la sélection finale pour cette même catégorie. Il en va de même pour l’autre film israélien sélectionné, « Holding Liat« , qui évoque le combat mené pour ramener l’otage Liat Atzili, et qui visait le prix du meilleur documentaire.
Marty Supreme
« Marty Supreme », réalisé par Josh Safdie, raconte l’histoire de Marty Mauser, star juive du tennis de table – un scénario librement inspiré de la vie de Marty Reisman, athlète prometteur vivant dans le Lower East Side de l’après-guerre, prêt à tout sacrifier pour avoir la chance de participer aux championnats du monde au Japon. Le rôle est interprété par Chalamet.
Le film s’inspire librement de l’histoire de Reisman, véritable champion juif de tennis de table et arnaqueur de rue. La plupart des péripéties de l’histoire, qui incluent des détours par Auschwitz et les pyramides de Gizeh, sont toutefois purement fictives. Au fil de son parcours, Marty est également confronté à son identité de Juif américain, alors qu’il se heurte à un homme d’affaires antisémite et à un chien nommé Moses.
Le film a décroché neuf nominations aux Oscars, dont celles du meilleur film, du meilleur acteur et du meilleur réalisateur pour Safdie, du meilleur scénario original pour Safdie et Ronald Bronstein, ainsi que celles de la meilleure photographie, du meilleur montage, des meilleurs décors et des meilleurs costumes.
Cette comédie sportive d’époque a également été nominée dans la nouvelle catégorie du meilleur casting. Par ailleurs, ‘Marty Supreme’ peut se targuer de compter de nombreux acteurs juifs dans les rôles secondaires, notamment Odessa A’zion, Gwyneth Paltrow, Fran Drescher, Sandra Bernhard et Isaac Mizrahi.
Ce film était le choix le plus évident pour représenter les intérêts juifs parmi les favoris aux Oscars cette année, et ce d’autant plus que le très apprécié acteur juif Adam Sandler, qui avait joué un rôle mémorable dans le précédent film de Safdie, « Uncut Gems », n’a pas été nominé dans la catégorie du meilleur second rôle masculin pour sa performance dans « Jay Kelly ».
« Blue Moon », un biopic sur le compositeur juif Lorenz Hart, a quant à lui remporté deux nominations, celle du meilleur acteur pour Ethan Hawke et celle du meilleur scénario original. D’autres films présentant des sujets juifs importants, notamment le drame sur la Seconde Guerre mondiale « Nuremberg », repartent les mains vides.
Avec ses 13 nominations, le deuxième film le plus cité de l’année, le drame d’action politique et rebelle de Paul Thomas Anderson, « One Battle After Another », contient en outre quelques références juives mineures.
Jonny Greenwood, membre du groupe Radiohead, critiqué par ses fans pour ses collaborations avec des musiciens israéliens, a été nominé pour la meilleure musique de film. L’actrice et musicienne israélo-américaine Alana Haim, qui collabore fréquemment avec Anderson, joue également un petit rôle. L’un des arc narratifs du film met en scène une cabale secrète de suprémacistes blancs qui limitent l’adhésion aux « gentils issus de gentils« .
Diane Warren, compositrice juive et ancienne nominée aux Oscars, a reçu une nouvelle nomination, sa 17e, dans la catégorie de la meilleure chanson originale, avec un titre qu’elle a composé pour « Diane Warren : Relentless », un documentaire sur elle-même.
« Sinners » bat tous les records
Le film d’horreur, de vampires et d’époque « Sinners » a battu le record historique des Oscars avec 16 nominations, a annoncé jeudi l’Académie.
Ce drame teinté de blues, qui se déroule dans les années 1930, au coeur du sud ségrégationniste des États-Unis, a été réalisé par Ryan Coogler. Il a été nominé dans quasiment toutes les catégories possibles, et notamment celle du meilleur film.
Le film a ainsi pulvérisé le précédent record de 14 nominations, qui était détenu conjointement par « All About Eve », « Titanic » et « La La Land ».
Le film a notamment décroché une nomination dans la catégorie du meilleur acteur pour Michael B. Jordan, qui incarne des jumeaux luttant contre des forces surnaturelles et contre des racistes. Il concourt également dans toutes les catégories, du scénario à la musique.
« Sinners » a de surcroît été nominé pour le meilleur casting, la première nouvelle catégorie ajoutée à ce prix, les plus prestigieux d’Hollywood, depuis plus de deux décennies.
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