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Trump : Des pays sont ravis à l’idée de sécuriser le détroit d’Ormuz, d’autres non

"Il est tout à fait normal que ceux qui tirent profit de ce détroit contribuent à faire en sorte que rien de fâcheux ne se produise là-bas", a déclaré le président américain

Le président américain Donald Trump s'adresse aux journalistes à son retour à la base militaire d'Andrews, dans le Maryland, le 11 mars 2026. (Crédit : Jim Watson/AFP)
Le président américain Donald Trump s'adresse aux journalistes à son retour à la base militaire d'Andrews, dans le Maryland, le 11 mars 2026. (Crédit : Jim Watson/AFP)

Dimanche, le président américain Donald Trump avait exhorté d’autres pays, tels que la Chine, la France, le Japon, la Corée du Sud et le Royaume-Uni, à envoyer des navires de guerre pour aider les États-Unis à sécuriser le détroit, par où transite un cinquième du trafic mondial de pétrole et de gaz liquéfié et dont dépendent grandement les économies asiatiques et européennes.

L’armée iranienne bloque en effet cette voie navigable cruciale en représailles aux frappes américano-israéliennes, dans le but de nuire à l’économie mondiale et de faire pression sur Washington.

L’Iran a aussi mis en garde contre toute implication d’autres pays dans cette guerre qui embrase le Moyen-Orient et fait flamber le pétrole.

Le président américain a souligné lundi que la situation était compliquée. Il a noté qu’un « simple terroriste » pourrait « mettre quelque chose dans l’eau » ou tirer un missile sur les navires transitant par ce passage étroit bordant la République islamique.

La France avait évoqué le 9 mars une mission internationale « purement défensive » pour rouvrir le détroit, un goulet d’étranglement maritime stratégiqu.

Le ministre de la Défense allemand, Boris Pistorius, a rejeté sans détours lundi les demandes du président américain visant à obtenir un soutien militaire dans la sécurisation du détroit, et a minimisé les menaces selon lesquelles une telle position de la part des alliés nuirait à l’alliance de l’OTAN.

« À quoi […] Donald Trump s’attend-il, qu’une poignée de frégates européennes puisse faire dans le détroit d’Ormuz que la puissante marine américaine ne peut pas faire ? », a-t-il déclaré à Berlin.

« Ce n’est pas notre guerre, nous ne l’avons pas déclenchée. »

Interrogé sur l’avertissement de Trump selon lequel l’OTAN ferait face à un avenir « très sombre » si ses membres ne venaient pas en aide à Washington, Pistorius a répondu qu’il ne s’attendait pas à ce que l’OTAN se désagrège à cause de ces divergences.

Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, s’exprimant lors d’une conférence de presse devant l’hôtel Bayerischer Hof, siège de la Conférence de Munich sur la sécurité, à Munich, en Allemagne, le 17 février 2023. (Crédit : Sven Hoppe/dpa via AP)

La guerre engagée par Israël et les Etats-Unis contre l’Iran « n’a rien à voir avec l’Otan », avait répondu plus tôt lundi le porte-parole du gouvernement allemand. « L’Otan est une alliance pour la défense du territoire » de ses membres et « il manque le mandat permettant de faire intervenir l’Otan », a déclaré le porte-parole allemand, Stefan Kornelius en conférence de presse.

Johann Wadephul, le ministre allemand des Affaires étrangères, a aussi déclaré lundi depuis Bruxelles que l’Allemagne ne voyait pas quel rôle l’OTAN, qui comprend les États-Unis, pourrait jouer dans la gestion du blocus du détroit d’Ormuz.

« Je ne vois pas que l’OTAN ait pris une quelconque décision dans ce sens, ni qu’elle puisse assumer la responsabilité du détroit d’Ormuz. Si tel était le cas, les instances de l’OTAN se pencheraient sur la question », a-t-il encore déclaré avant une réunion du Conseil des affaires étrangères de l’UE.

Trump et le Premier ministre britannique Keir Starmer avaient discuté lundi matin de « l’importance » de la réouverture du détroit d’Ormuz, selon le bureau du dirigeant britannique.

« Les dirigeants ont discuté de la situation actuelle au Moyen-Orient et de l’importance de la réouverture du détroit d’Ormuz pour mettre fin aux perturbations du transport maritime mondial, qui entraînent une hausse des coûts partout dans le monde », a déclaré une porte-parole de Downing Street dans un communiqué.

Starmer a également « présenté ses condoléances aux militaires américains qui ont perdu la vie au cours du conflit », conclut le communiqué.

Starmer a ensuite précisé plus tard dans la journée que le plan sur lequel le Royaume-Uni travaille avec d’autres partenaires pour permettre de rétablir la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz ne serait « pas une mission de l’Otan ».

« Nous travaillons avec d’autres pour élaborer un plan crédible concernant le détroit d’Ormuz, afin de garantir la reprise de la navigation et du passage dans cette zone », a déclaré le dirigeant travailliste lors d’une conférence de presse.

« Je tiens à préciser que cela ne sera pas, et n’a jamais été envisagé comme une mission de l’Otan. Il devra s’agir d’une alliance de partenaires, et c’est pourquoi nous collaborons avec des partenaires, tant en Europe et dans le Golfe qu’avec les États-Unis », a-t-il ajouté.

Le président américain Donald Trump (à gauche) et le Premier ministre britannique Keir Starmer se serrant la main lors d’une conférence de presse, à Chequers, près d’Aylesbury, en Angleterre, le 18 septembre 2025. (Crédit : Leon Neal/Pool Photo via AP)

L’Otan risque de faire face à un avenir « très mauvais » si les alliés des Américains ne les aident pas à libérer le détroit d’Ormuz, avait mis en garde dimanche Trump dans une interview accordée au Financial Times.

« Il est tout à fait normal que ceux qui tirent profit de ce détroit contribuent à faire en sorte que rien de fâcheux ne se produise là-bas », avait expliqué le président américain, rappelant que l’Europe et la Chine dépendent fortement du pétrole du Golfe, contrairement aux Etats-Unis.

« S’il n’y a pas de réponse (à la requête américaine, NDLR), ou si celle-ci est négative, je pense que cela aura des conséquences très mauvaises pour l’avenir de l’Otan », avait-il précisé.

Trump avait aussi prévenu dimanche que sa visite d’Etat en Chine, où il doit rencontrer le président Xi Jinping du 31 mars au 2 avril, pourrait être reportée si Pékin n’apporte pas d’aide aux Etats-Unis pour libérer le détroit d’Ormuz, dans l’interview accordée au Financial Times.

« Je pense que la Chine devrait aussi apporter son aide, car elle importe 90 % de son pétrole via le détroit », a déclaré le président américain. Celui-ci a ajouté qu’il aimerait une réponse de Pékin avant le sommet prévu à la fin du mois. « Nous aimerions le savoir avant cela. C’est (deux semaines, c’est) long », sans quoi « nous pourrions repousser » sa visite, a-t-il souligné, sans préciser pour combien de temps.

Donald Trump a plus tard dit lundi avoir demandé à la Chine de « repousser d’un mois plus ou moins » sa visite d’Etat tout en assurant que la relation avec Pékin était « très bonne ». La Chine, grande consommatrice de pétrole iranien, « devrait nous remercier » d’avoir déclenché l’offensive, a ajouté Trump.

« Je veux être ici à cause de la guerre » au Moyen-Orient, a expliqué le président américain à l’occasion d’un échange avec des journalistes dans le Bureau ovale, en ajoutant : « Nous avons demandé de repousser d’un mois plus ou moins ».

« Nous sommes en contact avec toutes les parties concernées par la situation actuelle et nous nous engageons à promouvoir l’apaisement et la désescalade », a affirmé Lin Jian, porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois, aux journalistes. Lin a ajouté que la Chine exhorte à nouveau toutes les parties à cesser immédiatement les combats afin d’éviter une escalade et des répercussions économiques plus larges.

Plus de la moitié des importations chinoises de brut transporté par voie maritime provient du Moyen-Orient et transite majoritairement par le détroit, selon la société d’analyse Kpler, et plus de 80 % des exportations de pétrole iranien étaient à destination de la Chine avant la guerre.

Cette photo publiée par le site officiel Sepah News du Corps des gardiens de la révolution islamique iranienne (CGRI) montre une explosion lors d’un exercice militaire mené par des membres du CGRI et de la marine dans le détroit d’Ormuz, le 17 février 2026. (Crédit : Sepah News/AFP)

« Dans la situation actuelle en Iran, nous n’envisageons pas d’ordonner une opération de sécurité maritime », a pour sa part déclaré devant le Parlement le ministre de la Défense japonais, Shinjiro Koizumi.

« Nous n’enverrons pas de navire dans le détroit d’Ormuz. Nous savons à quel point c’est extrêmement important, mais ce n’est pas quelque chose qui nous a été demandé ni à quoi nous contribuons », a déclaré de son côté la ministre australienne des Transports, Catherine King, à la chaîne nationale ABC.

Par ailleurs, le ministre danois des Affaires étrangères a indiqué que son pays devait examiner, avec un esprit ouvert, comment il pouvait contribuer à assurer la navigation dans le détroit, à l’instar de Séoul.

L’UE refuse d’étendre le mandat de la mission Aspides au détroit d’Ormuz

« Il est dans notre intérêt de maintenir ouvert le détroit d’Ormuz (presque totalement bloqué par l’Iran, NDLR), et c’est pourquoi nous sommes en train de discuter de ce que nous pouvons faire à cet égard, du côté européen », avait déclaré la cheffe de la diplomatie de l’UE Kaja Kallas peu avant une réunion à Bruxelles des ministres des Affaires étrangères de l’UE.

Mme Kallas avait alors évoqué plusieurs possibilités, dont le recours à la mission Aspides, actuellement déployée en mer Rouge. Mais pour ce faire, il est nécessaire de modifier le mandat actuel de cette mission, conçue à l’origine pour protéger les navires marchands des attaques des terroristes houtis, alliés de l’Iran, en mer Rouge.

« Nous discuterons avec les États membres pour voir s’il est possible de réellement modifier le mandat de cette mission », a expliqué Mme Kallas. Mais la « question est de savoir si les États membres sont disposés à utiliser effectivement cette mission », avait-elle ajouté.

« Si nous voulons assurer la sécurité dans cette région, le plus simple serait d’utiliser déjà l’opération que nous avons sur place, et peut-être de l’ajuster un peu », a indiqué sur ce point Mme Kallas.

« Il est également question d’une coalition de volontaires à cet égard, mais nous devons aussi voir ce qui permettrait d’ouvrir le plus rapidement le détroit d’Ormuz », avait-elle ajouté.

Les 27 pourraient ainsi s’accorder sur des « critères » communs, acceptables pour les Etats-Unis, et qui seraient soumis aux Iraniens, avait-on expliqué de source diplomatique.

Mais en début de soirée lundi, les Européens ont finalement rejeté l’idée d’une extension de mandat de la mission Apsides.

« Il est clairement ressorti de nos discussions que nous souhaitions renforcer cette opération, même si, pour l’instant, personne ne s’est montré disposé à modifier son mandat », a ainsi annoncé Kallas aux journalistes, au terme de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE à Bruxelles.

Trump a admis en début de soirée lundi que certains pays n’avaient pas envie de se joindre à son initiative de sécurisation du passage des navires au niveau du détroit d’Ormuz.

« De nombreux pays m’ont dit qu’ils étaient partants. Certains sont très enthousiastes à ce sujet… et d’autres non, a annoncé Trump lors d’un événement à la Maison-Blanche.

Il a précisé que figuraient parmi les sceptiques des pays que les États-Unis ont pourtant aidé durant de nombreuses années et que la sécurisation du détroit d’Ormuz profiterait à d’autres pays que les Etats-Unis, lesquels n’empruntent pas le canal.

« Le niveau d’enthousiasme compte pour moi », a dit Trump.

« Nous encourageons fortement les pays à travailler avec nous et à le faire vite, avec enthousiasme », a-t-il ajouté. « Ils devraient bondir pour nous aider, parce que nous les aidons depuis des années. »

Trump a souligné qu’un ou deux pays refuseraient sans doute de rejoindre son initiative.

« Nous n’avons besoin de personne. Nous sommes le pays le plus fort du monde… je suis en train de monter [cette initiative]… parce que je veux voir comment [les autres pays] vont réagir. Cela fait des années que je dis qu’ils ne seraient pas là si nous avions besoin d’eux. »

Washington « ne voit pas d’inconvénient » à ce que certains navires franchissent le détroit d’Ormuz

Les États-Unis n’ont « rien contre » le fait que certains navires iraniens, indiens et chinois transitent par le détroit d’Ormuz pour l’instant », a affirmé lundi le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, ajoutant que toute mesure visant à atténuer la hausse des prix de l’énergie dépendrait de la durée de la guerre contre la République islamique d’Iran.

« Nous voyons de plus en plus de pétroliers commencer à passer. Les navires iraniens ont déjà commencé à sortir et nous les avons laissés faire pour approvisionner le reste du monde. Nous avons vu des navires indiens sortir maintenant… Nous pensons que certains navires chinois sont également sortis », a-t-il déclaré lors d’une interview accordée à CNBC.

« Cela devrait s’intensifier avant l’arrivée de flottes ou d’armadas de protection dans le Golfe. Nous pensons donc que les Iraniens permettront naturellement cette ouverture. Et pour l’instant, cela nous convient. Nous voulons que le monde soit bien approvisionné. »

Interrogé sur les outils que l’administration Trump pourrait utiliser pour atténuer la hausse des prix et les répercussions de la guerre, en dehors de la libération des réserves de pétrole, Bessent a répondu à CNBC : « Cela dépendra de la durée du conflit. »

La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a aussi été interrogée lundi sur la demande du président américain visant à ce que les alliés des États-Unis se joignent à Washington pour garantir la sécurité de la navigation dans le détroit d’Ormuz.

« Ces autres pays tirent un grand profit du fait que l’armée américaine élimine la menace iranienne », a déclaré Leavitt aux journalistes, devant la Maison Blanche.

« Le régime iranien voyou ne constitue pas seulement depuis longtemps une menace pour les États-Unis d’Amérique, mais aussi pour nos partenaires du Golfe et arabes dans la région », a-t-elle ajouté, soulignant que les missiles iraniens ont également la capacité d’atteindre l’Europe.

Comment une mission d’escorte pourrait-elle fonctionner, et quels dangers menacent les navires dans le détroit ?

Lors d’une mission d’escorte, les navires de guerre assureraient la protection des pétroliers dans le détroit d’Ormuz et interviendraient si ces navires commerciaux étaient pris pour cible, explique Jonathan Schroden, directeur de recherches au Centre d’analyses navales, près de Washington.

« L’idée serait qu’une poignée de pétroliers avancent en convoi et se fassent escorter par un ou plusieurs navires de guerre », a-t-il précisé.

Des petits navires militaires, tels que des destroyers ou des frégates, seraient les mieux adaptés pour ce type de mission, qui pourrait également nécessiter une couverture aérienne assurée par des hélicoptères, des avions ou les deux.

« Des navires de surface de la marine bénéficiant d’un certain soutien aérien constitueraient le meilleur moyen d’y parvenir », note M. Schroden.

Dans les années 1980, la marine américaine avait déjà escorté des pétroliers à travers le Golfe pour les protéger des attaques iraniennes pendant la guerre Iran-Irak. Les mines constituaient déjà une menace et pourraient l’être à nouveau.

Donald Trump a déclaré lundi que les Etats-Unis avaient frappé tous les navires mouilleurs de mines iraniens — en détruisant plus de 30 — mais que les mines pourraient être transférées sur d’autres types d’embarcations pour être déployées.

Jonathan Schroden souligne également que l’Iran dispose « de multiples moyens de mettre des mines à l’eau ».

Le président américain a ajouté que Washington ne savait pas si des mines avaient effectivement déjà été mises à l’eau dans le détroit d’Ormuz par l’Iran.

Washington affirme que la marine iranienne a été en grande partie détruite, mais Téhéran dispose de missiles, de drones et de petits navires d’attaque qui pourraient être utilisés pour menacer le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz.

« Les petits bateaux et les navires d’attaque rapides de l’Iran sont équipés d’un arsenal varié qu’ils pourraient utiliser pour tenter de frapper des pétroliers ou des navires de guerre en surface », reprend M. Schroden.

Ils disposent aussi « d’une multitude de missiles qu’ils peuvent utiliser. Et puis ils ont des drones Shahed et ils fabriquent d’autres types de drones qu’ils pourraient également utiliser », a-t-il ajouté, faisant référence au vaste arsenal iranien de drones d’attaque kamikazes.

« Ils disposent d’une grande variété de menaces qu’ils peuvent utiliser », ce qui complique une éventuelle mission de sécurisation du détroit, conclut M. Schroden.

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