Un établissement de Beer Sheva condamné à indemniser une enseignante licenciée pour des posts pro-7-Octobre
Le Kaye Academic College of Education va faire appel de la décision du tribunal qui a estimé qu'il n'avait pas respecté la liberté académique du Dr Warda Sada et avait omis de prendre d'abord des mesures plus modérées
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Une enseignante arabe israélienne, renvoyée de son poste en raison de ses publications sur les réseaux sociaux au lendemain du pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, va recevoir 200 000 shekels à titre d’indemnisation, après qu’un tribunal de Beer Sheva a estimé la semaine dernière qu’elle avait été victime d’un licenciement abusif.
Le Dr Warda Sada, enseignante et militante pour les droits des Palestiniens, a été renvoyée de son poste de maîtresse de conférences au Kaye Academic College of Education, qui forme des enseignants, après que l’établissement a été averti de la publication de messages sur sa page Facebook au lendemain du pogrom et durant les premiers jours de la guerre à Gaza.
Ces posts, qui accusaient notamment Israël d’avoir créé les conditions propices à cette attaque à travers son traitement des Palestiniens, ont été jugés par l’établissement comme étant pro-Hamas. Sada a donc été suspendue de ses fonctions le 15 octobre, puis licenciée.
Elle a ensuite engagé une action en justice contre l’établissement pour licenciement abusif. Une position que le tribunal des prud’hommes de Beer Sheva a finalement retenue au début du mois, invoquant dans son jugement le droit de Sada à la liberté académique et à la liberté d’expression, ainsi que la décision de l’établissement d’enseignement supérieur du Kaye Academic College of Education de la licencier sans avoir d’abord envisagé des actions moins radicales.
Le tribunal a également estimé que l’établissement n’avait pas tenu compte de l’ancienneté de Sada, qui travaillait pour le Kaye Academic College of Education depuis 28 ans, a rapporté le quotidien Haaretz.
Toutefois, dimanche, le site d’information local Beersheba Net a fait savoir que cette école supérieure de formation des enseignants comptait faire appel de cette décision.
« Le Kaye Academic College of Education respecte les valeurs de liberté d’expression et de liberté académique. Il estime néanmoins que des limites doivent être imposées lorsque des accusations graves sont portées contre des soldats de l’armée israélienne alors même qu’un terrible massacre est en cours, qui a notamment frappé des membres du corps enseignant et des étudiants de l’école », a expliqué l’établissement dans un communiqué relayé par le média.
Dans son communiqué, le Kaye Academic College of Education a affirmé avoir licencié Sada sans avoir d’abord exploré d’autres voies en raison de « l’état d’urgence national » qui régnait en Israël, mais aussi faute de protocole préétabli sur la manière de traiter « un cas aussi délicat ».
Selon l’établissement, Sada a refusé, durant son audience disciplinaire, de retirer ses propos et de condamner le Hamas en tant qu’organisation terroriste.
Varda was fired from her job as a lecturer because of a social media post in solidarity with the children of Gaza and against the war.
Political persecution of Palestinian citizens of Israel has been running rampant since the start of the war, and the attempts to silence… pic.twitter.com/3B0p3fxOrR
— עומדים ביחד نقف معًا Standing Together???? (@omdimbeyachad) December 12, 2024
D’après le quotidien Haaretz, l’un des posts de Sada présentait l’attaque du 7-Octobre, au cours de laquelle plus de 1 200 personnes ont été tuées et 251 autres ont été prises en otage, comme un « soulèvement de l’occupé contre la cruauté incessante et les meurtres quotidiens ».
Dans d’autres publications, elle qualifiait Tsahal d' »armée terroriste », a rapporté le site d’information Walla, exhortant les Israéliens à refuser de rejoindre ses rangs.
Sada a en outre assuré à Haaretz qu’elle n’avait pas eu conscience, au moment où elle a publié ces messages, de l’ampleur de l’attaque du Hamas.
Dans sa décision, le tribunal a estimé que le Kaye Academic College of Education n’avait pas tenu compte de l’explication de Sada.
Si le tribunal des prud’hommes de Beer Sheva a finalement statué en faveur de Sada, il lui a néanmoins reproché de ne pas avoir assumé la responsabilité de ses actes. Il ne lui a donc accordé qu’une partie de l’indemnisation qu’elle réclamait : l’équivalent de huit mois de salaire perdu, au lieu des deux ans qu’elle avait demandés, 50 000 shekels au titre du préjudice moral et des dommages-intérêts, et 20 000 shekels pour les frais de justice.
« À l’instar du Kaye Academic College of Education, qui a campé sur ses positions, la plaignante a également fait preuve d’un manque de sensibilité et n’a assumé aucune responsabilité pour les erreurs qu’elle a commises », peut-on lire dans le jugement.
L’affaire Sada est l’un des nombreux cas dans lesquels des enseignants en Israël ont été critiqués, voire arrêtés pour certains, après avoir tenu des propos jugés favorables au Hamas ou critiques à l’égard des actions d’Israël à Gaza pendant les deux années de guerre qui ont sévi dans l’enclave.
En novembre 2024, la Knesset a adopté une loi autorisant le ministère de l’Éducation à licencier les enseignants s’identifiant publiquement à un acte de terrorisme. Une mesure qui s’est immédiatement attiré les foudres des défenseurs des droits de l’homme, qui ont saisi la Haute Cour de justice à son sujet.
En janvier, la Cour a ordonné à l’État de préciser pourquoi cette loi ne devait pas être abrogée, lui demandant de répondre avant la fin du mois d’avril.
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