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« Un empire de l’intervention d’urgence » : 40 000 bénévoles mobilisés pendant « Rising Lion »

Une experte affirme qu'Israël est le leader mondial en matière d'efforts organisés et prolongés en temps de crise, mais elle se demande pourquoi le gouvernement a laissé un tel vide

Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

Des bénévoles préparant des kits destinés à être distribués à de jeunes familles à Jérusalem, pendant la guerre entre la République islamique et Israël, le 15 juin 2025. (Crédit : Rachel Alroey/Flash90)
Des bénévoles préparant des kits destinés à être distribués à de jeunes familles à Jérusalem, pendant la guerre entre la République islamique et Israël, le 15 juin 2025. (Crédit : Rachel Alroey/Flash90)

Orly Schwarz, son époux et leurs deux enfants se trouvaient dans leur maison de Petah Tikva le matin du 7 octobre 2023, lorsque des milliers de terroristes palestiniens du Hamas ont envahi le sud d’Israël.

Schwarz, 46 ans, travaille dans la communication, le marketing et l’image de marque. Elle dirige une société d’événementiel et est très active sur les réseaux sociaux. Depuis que le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre a bouleversé la vie quotidienne en Israël, elle coordonne depuis son domicile une opération logistique complexe visant à fournir aux soldats de l’armée israélienne, sur tous les fronts, tout ce dont ils ont besoin.

Malgré son expérience dans le marketing et les réseaux sociaux, les efforts bénévoles de Schwarz, qui ont mobilisé des centaines d’autres personnes, sont restés discrets.

« Je suis une personne qui ne peut pas rester simple spectatrice ou impuissante. Agir est dans ma nature », a déclaré Schwarz au Times of Israel.

« Au début, j’ai rejoint de nombreux groupes en ligne pour comprendre de quoi on avait besoin. J’ai vu des soldats qui manquaient d’équipement ou de nourriture et des civils qui devaient être évacués. Je les ai alors mis en relation avec des personnes qui pouvaient les aider. Au début, j’étais toute seule. »

Le centre opérationnel de Schwarz faisait partie des plus de 1 000 initiatives civiques recensées dans un rapport majeur rédigé par le ministère des Affaires sociales, le Conseil israélien du volontariat et l’Institut pour l’étude de la société civile et de la philanthropie en Israël de l’Université hébraïque sur le volontariat pendant la guerre.

Un secouriste travaillant dans un bâtiment endommagé à la suite d’une frappe de missile iranien, dans la ville de Bat Yam, au sud de Tel Aviv, tôt le 15 juin 2025. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Ce rapport, publié en décembre, indiquait que 78 % de ces initiatives étaient nouvelles, dont 70 % avaient été lancées par des particuliers.

Mais le phénomène a refait surface lors de la guerre en Iran, le 13 juin, au cours de laquelle la République islamique a tiré d’énormes salves de missiles balistiques sur des zones urbaines densément peuplées en Israël, en représailles aux frappes préventives israéliennes contre des cibles nucléaires et militaires iraniennes.

Sur les quelque 550 missiles tirés par Téhéran sur Israël, 36 sont tombés dans des zones peuplées, tuant 28 personnes, en blessant plus de 3 000, qui ont été hospitalisées, et privant plus de 13 000 Israéliens de leur logement. Ils ont également causé d’importants dégâts.

Une nouvelle enquête menée auprès de 99 organisations qui ont mobilisé des bénévoles pendant l’Opération « Rising Lion » contre l’Iran révèle que 42 180 bénévoles ont contribué à aider 213 884 personnes.

Des bénévoles travaillant dans un centre d’opérations civiles, à Jérusalem, apportant leur aide aux habitants, le 17 juin 2025. (Crédit : Rachel Alroey/Flash90)

Selon l’enquête publiée cette semaine, près des deux tiers (61 %) des organisations ont déclaré que leur activité principale consistait à apporter un soutien émotionnel. Les conversations visant à clarifier les besoins et l’organisation d’activités pédagogiques et autres arrivaient ensuite (25 % chacune), suivies de la fourniture de nourriture (19 %), du transport de matériel (14 %) et de la collecte de fonds (11 %). Sur les 99 organisations, 60 travaillaient à l’échelle nationale.

« Les informations provenant du terrain font état d’une organisation rapide, d’une grande flexibilité et d’une créativité dans la mise en place de réponses adaptées aux besoins émergents, malgré les difficultés opérationnelles, les ressources limitées et la charge de travail pesant sur les équipes et les bénévoles », indique le document.

« Ils ont dirigé des groupes de travail civils, déplacé des équipes entre les abris, les hôtels et les zones touchées, aidé à mettre en place des services de garde pour les enfants du personnel soignant, distribué des kits de résilience et des jeux aux personnes évacuées, organisé des ateliers de soutien psychologique pour les victimes en état d’anxiété, géré des lignes d’assistance téléphonique 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, et apporté une assistance quotidienne aux familles des conscrits en leur livrant des repas », poursuit le rapport d’enquête.

« Tout sauf les chars »

Orly Schwarz, dans une voiture remplie de provisions pour les soldats en première ligne de front. (Crédit : Orly Schwarz)

Après les massacres du 7 octobre, Schwarz, déterminée à aider à nourrir les soldats sur le terrain qui n’avaient ni cuisine ni réfrigérateur, a dressé des listes d’officiers de l’armée chargés de l’alimentation, de l’équipement et de la logistique, ainsi que d’entreprises de restauration et de particuliers disposés à cuisiner. Elle a contacté des donateurs pouvant apporter une contribution matérielle, ainsi que d’autres organisations civiques informelles comme la sienne.

Au début de la guerre contre le Hamas à Gaza, baptisée Opération « Épées de fer », Schwarz et les centaines d’autres personnes qui l’ont rejoint ont fourni aux troupes de Tsahal entre 5 000 et 6 000 repas par jour, ainsi que des tentes pour se protéger du soleil, des réfrigérateurs, des plaques chauffantes, des douches de campagne et près de 6 000 matelas.

« La seule chose que nous n’avons pas fournie, ce sont les chars et l’équipement tactique lourd », a-t-elle ironisé.

« L’approvisionnement alimentaire est mieux organisé maintenant », a-t-elle poursuivi.

Du pop-corn pour les soldats au front. L’étiquette indique : « Nous sommes dans le film de notre vie, mangez du pop-corn ! Avec toute notre affection, les barmen de Petah Tikva. » (Crédit : Orly Schwarz)

« Aujourd’hui, on nous demande surtout des choses qui remontent le moral – nous organisons beaucoup de barbecues – ou qui aident le front intérieur, car c’est important pour les soldats. »

Pendant l’Opération « Rising Lion », qui a duré douze jours et visait les infrastructures nucléaires et le programme de missiles balistiques de l’Iran, le centre des opérations civiles, désormais connu sous le nom « Orly’s Hamal », a continué à acheminer tout ce qui était demandé, des ordinateurs aux gâteaux et biscuits.

« Nous avons des soldats qui ne rentrent pratiquement pas chez eux pendant des mois », a souligné Schwarz, faisant référence aux milliers de réservistes qui ont été déployés pour de longues périodes à Gaza depuis l’assaut barbare et sanglant du 7 octobre.

« Nous leur envoyons des objets qui font partie de leur quotidien, de la vie dont ils se souviennent, celle à laquelle ils espèrent retourner. »

Pr.. Michal Almog-Bar, directrice de l’Institut pour l’étude de la société civile et de la philanthropie en Israël à l’université hébraïque. (Crédit: Autorisation)

La Pr. Michal Almog-Bar, coauteure des deux rapports et directrice de l’Institut pour l’étude de la société civile et de la philanthropie en Israël à l’université hébraïque, a déclaré que les volontaires étaient issus de toutes les catégories ethniques, d’âge et sociales, comme cela avait été le cas après le 7 octobre.

« Les activités étaient très variées », a-t-elle déclaré au Times of Israel.

« Cela montre l’énorme résilience de la société. En temps de crise, nous avons des solutions pour presque tout. Je ne connais pas cela dans d’autres pays. »

De nombreuses initiatives civiles lancées peu après le 7 octobre, telles que « Brothers and Sisters in Arms » (rebaptisée « Brothers and Sisters in Israel ») et le Jerusalem Hamal (centre des opérations), ont pu rapidement se remettre en action, a-t-elle ajouté. Des organisations à but non lucratif bien établies, telles que Enosh (l’Association israélienne pour la santé mentale), disposaient de programmes d’urgence qu’elles ont pu mettre en œuvre immédiatement.

Par rapport au 7 octobre, les opérations bénévoles étaient « plus développées et plus professionnelles cette fois-ci [quand l’Opération « Rising Lion » a été lancée] », a déclaré Almog-Bar.

« Nous sommes devenus un empire de l’intervention d’urgence, et il y a beaucoup à apprendre de nous. Dans d’autres pays, il existe des mouvements bénévoles en cas d’urgence, mais pas à la même échelle ni sur une aussi longue période. »

Almog-Bar a fait remarquer que la recherche universitaire s’était principalement concentrée sur le bénévolat lors de situations d’urgence à court terme déclenchées par des événements tels que des tremblements de terre.

« Ici, cela continue, et c’est très difficile », a déclaré Almog-Bar.

Une famille se préparant à se réfugier dans un parking du Dizengoff Center, à Tel Aviv, dans une zone installée par le mouvement Brothers and Sisters in Arms, le 16 juin 2025. (Crédit : Eli Katzoff/Times of Israel)

« Dans ces moments-là, nous sommes tous Israéliens. Le souci de nos communautés est très fort et nous parvenons à surmonter nos divergences politiques, qui resurgissent peu après. Nous avons d’abord eu le coronavirus, puis quelques incidents liés à la sécurité, et enfin les événements du 7 octobre. »

« Les gens sont de plus en plus souvent confrontés à des situations d’urgence. »

« Nous constatons également que le bénévolat présente des avantages tant pour les bénévoles que pour les bénéficiaires : un sentiment de sérénité qui découle du fait d’être actif. Les gens veulent avoir le sentiment qu’ils aident les autres, et qu’en cas de besoin, d’autres les aideront également. Nous avons constaté que tout le monde peut être victime d’un préjudice. Nous sommes tous confrontés à la même angoisse existentielle. »

Parmi les conclusions notables du rapport sur la guerre en Iran, on constate que plus d’un tiers (36 %) des organisations ont déclaré avoir collaboré avec succès avec les autorités locales et un peu moins d’un quart (23 %) avec les organismes gouvernementaux, ce qui représente une amélioration par rapport à la période qui a suivi le 7 octobre, lorsque le gouvernement était en proie au désarroi.

Simcha Duvdevan (à gauche) physiothérapeute bénévole, avec Arnold Botkin, résident de Warm Home (« Un foyer chaleureux »), à Haïfa, le 23 avril 2025. (Crédit : Diana Bletter/Times of Israel)

Des frontières floues

Almog-Bar a souligné que la société civile s’était réorientée vers la prestation de services depuis le début de la guerre menée par Israël contre le Hamas.

« Les frontières sont très floues », a-t-elle déclaré.

Elle s’est interrogée sur le rôle de la philanthropie dans le financement des services publics : un mouvement de protestation comme Brothers and Sisters in Arms devait-il reconstruire des maisons à la frontière de Gaza alors qu’il existe une agence publique, l’Autorité Tekuma, chargée de le faire ? Est-il juste que des initiatives civiques continuent de fournir de la nourriture aux soldats de Tsahal, plus de 600 jours après le 7 octobre ?

Des bénévoles travaillant avec des matériaux de construction donnés le 5 novembre 2024, dans le cadre d’un projet de Brothers and Sisters in Arms visant à rénover seize maisons pour jeunes endommagées lors de l’invasion du kibboutz Kfar Aza, dans le sud d’Israël, par des terroristes du Hamas le 7 octobre 2023. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

« La société civile est extraordinaire, surtout au fil du temps », a-t-elle déclaré.

« Mais des questions subsistent quant à l’équilibre entre les secteurs public et privé, et ces questions sont devenues encore plus complexes pendant ces périodes d’urgence. »

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