Un Israélien accusé d’avoir tué un militant palestinien assigné à résidence
Yinon Levi a été sommé de rester chez lui jusqu'à vendredi ; il lui est interdit d'entrer en contact avec toute personne impliquée dans l'affaire
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Yinon Levi, un partisan du mouvement pro-implantation sanctionné à l’international, qui aurait abattu un militant palestinien au cours d’affrontements survenus à proximité du village d’Umm al Kheir en Cisjordanie, dans la journée de lundi, a été assigné à résidence, mardi, par le tribunal de première instance de Jérusalem.
Il a été assigné à résidence dans une ferme en Israël, sous la surveillance de son épouse et de sa belle-sœur, jusqu’à vendredi. Il lui a été interdit d’entrer en contact avec toute personne impliquée dans l’incident meurtrier dans le cadre duquel il a été mis en cause, et ce pendant une période de 21 jours.
La police cherche à mettre en examen Levi – qui est sanctionné par le Canada, le Royaume-Uni et l’Union européenne – pour homicide involontaire et utilisation illégale d’une arme à feu suite à la mort d’Awdah Hathaleen, militant palestinien de premier plan qui avait été présenté dans le documentaire « No Other Land », distingué aux Oscars. Hathaleen a été tué d’une balle dans le torse.
Deux autres Palestiniens auraient été blessés au cours du même incident.
Hathaleen était un habitant de Masafer Yatta, un ensemble de hameaux situé dans les collines du sud d’Hébron qui ont été déclarés zone militaire par Israël.
Les efforts déployés par les habitants pour empêcher les forces israéliennes de détruire leurs maisons ont été au cœur du documentaire « No Other Land », qui a remporté le prix du meilleur documentaire aux Oscars au mois de mars dernier.
La fusillade de lundi s’est produite alors que des militants pro-palestiniens tentaient de bloquer des travaux de terrassement qui étaient effectués par Levi à proximité de l’implantation de Carmel, adjacente à Umm al Kheir.
Selon l’organisation La Paix Maintenant, Hathaleen a transmis un message aux militants du secteur via WhatsApp pour les informer que Levi avait tenté de couper la principale canalisation d’eau du village. Il s’est ensuite rendu sur le chantier de construction en compagnie d’autres militants pour tenter d’empêcher la poursuite des travaux.
Sur une vidéo filmée pendant les affrontements, Levi, une arme de poing à la main, tire en l’air. Il a déclaré qu’il tentait d’éloigner les Palestiniens à ce moment-là.
Des images qui ont été tournées après l’incident et qui ont été partagées par des activistes pro-palestiniens semblent montrer Levi en train de discuter avec des militaires et avec des agents de police, pointant du doigt les résidents d’Umm al-Kheir à l’intérieur du village. La police et les soldats entrent alors dans le hameau et arrêtent ses habitants, apparemment sur recommandation de Levi.
Au cours de l’audience de mardi qui était consacrée à la prolongation de la période de détention provisoire de Levi, un représentant de la police a déclaré « qu’un grand nombre d’émeutiers » avaient jeté des pierres sur Levi et sur un mineur qui conduisait l’engin de construction avec pour objectif de « leur faire du mal ».
Levi possède, avec son frère, une entreprise de construction, Il Harei Yehudah.
L’Administration civile, un département du ministère de la Défense, a fait effectuer à la firme, dans le passé, des travaux de démolition de structures palestiniennes illégales dans les collines du sud d’Hébron.
Le nom et le logo d’Il Harei Yehudah étaient visibles sur le tee-shirt que Levi portait lundi lorsqu’il a, semble-t-il, ouvert le feu en direction de Hathaleen.
Au cours d’un incident qui était survenu en 2023, Levi avait détruit trois citernes d’eau dans le hameau palestinien de Susyia avec son bulldozer, alors qu’il travaillait pour l’Administration civile qui lui avait demandé de mettre en place un barrage routier sur la seule route permettant d’accéder aux habitations du village installé dans les collines du sud d’Hébron.
Il Harei Yehudah serait également impliqué dans des travaux de démolition à Gaza, selon l’avocat de Levi, Avichai Hajbi. En plaidant contre le maintien de l’homme en garde à vue, Hajbi a déclaré à la Cour, mardi, que Levi employé par Tsahal en tant que sous-traitant « qui travaille tous les jours à Shejaiya », un quartier de Gaza-City.
À la fin de l’audience, le juge Havi Tucker a noté que l’affirmation faite par Yinon Levi – qui a dit qu’il avait agi en état de légitime défense – était corroborée par les déclarations faites par « deux témoins objectifs ».
En plus de Levi, cinq militants palestiniens ont été arrêtés à la suite de l’incident, ainsi que deux ressortissants étrangers qui travaillaient bénévolement avec eux. Selon le coréalisateur israélien de « No Other Land », Yuval Abraham, quatre des Palestiniens qui ont été placés en détention appartiennent à la famille d’Hathaleen.
Limor Son Har-Melech, députée d’Otzma Yehudit, une faction d’extrême droite, a assisté à l’audience de Levi dans la journée de mardi. Elle a dit être venue en signe de soutien « au héros d’Israël ».
« Dans un pays qui valorise la vie, ceux qui protègent leur vie et celle de leur famille sont récompensés, ils ne sont pas placés en détention de façon prolongée », a-t-elle déclaré.
Alors que Levi était assigné à résidence, les forces de sécurité israéliennes sont arrivées à Umm al Kheir pour démanteler une tente érigée en mémoire d’Hathaleen, où famille et amis faisaient le deuil du défunt.
Sur des images, des soldats demandant à tous les non-résidents du village de quitter les lieux, la région étant déclarée zone militaire fermée.
Watch: Israeli solders raid the mourning tent for Awdah Hathaleen in Umm Al Khair, forcing all the guests out, including journalists pic.twitter.com/9XHPnylv2R
— Oren Ziv (@OrenZiv_) July 29, 2025
La France, de son côté, a condamné la mort de Hathaleen, évoquant « un meurtre ». Elle a affirmé que les violences commises par les partisans du mouvement pro-implantation israélien – des violences qui se sont multipliées au cours des derniers mois – relevaient « du terrorisme ».
« La France condamne avec la plus grande fermeté ce meurtre ainsi que tous les actes de violence délibérés commis par des colons extrémistes à l’encontre de la population palestinienne, des violences qui se multiplient en Cisjordanie », a indiqué un porte-parole du ministère des Affaires étrangères dans la journée de mardi.
« Ces actes de violence sont des actes de terrorisme », a-t-il ajouté.
Le porte-parole a exhorté les autorités israéliennes à « sanctionner immédiatement les auteurs de ces actes de violence qui se poursuivent en toute impunité, et à protéger les civils palestiniens ».
L’organisation sioniste américaine J-Street a également diffusé une condamnation, se disant « bouleversée et horrifiée » par l’incident.
« Ces violences ne sont pas le fruit du hasard », a expliqué l’organisation dans un communiqué. « Elles sont le résultat d’un gouvernement israélien qui encourage la violence des colons et qui refuse de demander des comptes aux auteurs de ces actes ».
En plus de son entreprise de construction, Levi est également le fondateur de l’avant-poste illégal de la Ferme de Meitarim, établi dans la région des collines du sud d’Hébron.
Les groupes de défense des droits civils ont souvent mentionné la ferme de Meitarim dans des requêtes soumises à la Haute Cour, disant que l’avant-poste était responsable d’actes de harcèlement et de violences à l’encontre des communautés de bergers palestiniens locales. Elles ont par ailleurs affirmé que Levi en particulier s’était livré à de telles violences à plusieurs reprises.
L’avant-poste avait été établi par Levi en coopération avec le Conseil régional de Har Hebron, une municipalité responsable des implantations israéliennes du secteur.
Au mois d’avril dernier, le gouvernement avait offert des véhicules tout-terrain à Levi, ainsi qu’à 18 autres fondateurs et exploitants d’avant-postes illégaux en Cisjordanie.
L’utilisation de véhicules tout-terrain dans les actes de harcèlement commis à l’encontre des bergers palestiniens et de leurs têtes de bétail est une tactique fréquemment documentée qui est utilisée par les habitants des avant-postes agricoles. Levi lui-même a été filmé en train d’utiliser un véhicule tout-terrain pour harceler des troupeaux de bergers palestiniens qui paissaient dans le même périmètre que les bêtes de la Ferme de Meitarim.
Les violences en Cisjordanie se sont intensifiées depuis le pogrom commis par le Hamas, le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre à Gaza.
Selon le ministère de la Santé de l’Autorité palestinienne, plus de 950 Palestiniens de Cisjordanie ont été tués au cours de cette période. Les soldats affirment que la grande majorité des défunts étaient des hommes armés qui ont été tués lors d’échanges de tirs, des émeutiers qui affrontaient les soldats ou des terroristes qui commettaient des attaques.
L’armée affirme que les militaires ont arrêté environ 6 000 Palestiniens qui étaient recherchés en Cisjordanie, dont plus de 2 350 affiliés au Hamas, depuis le pogrom du 7 octobre.
Au cours de la même période, 53 personnes, dont des membres des forces de sécurité israéliennes, ont été tuées dans des attaques terroristes en Israël et en Cisjordanie. Huit autres membres des forces de sécurité ont été tués lors d’affrontements avec des terroristes en Cisjordanie.
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