Un rabbin berlinois condamné pour agression sexuelle
La condamnation intervient plus de deux ans après son licenciement par la communauté juive de Berlin, à la suite d’allégations d’abus remontant à près de vingt ans
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BERLIN (JTA) – Un tribunal de district de Berlin a reconnu coupable un rabbin local « d’agression sexuelle et de coercition sexuelle en profitant d’un moment de surprise », une infraction qualifiée de mineure au regard du droit pénal allemand.
La procédure a été engagée par le parquet de Berlin ainsi que par l’une des nombreuses femmes ayant accusé le rabbin d’abus sexuels s’étalant sur près de vingt ans. « Toute personne estimant avoir été victime peut déposer plainte », a déclaré Michael Petzold, porte-parole du parquet, à la Jewish Telegraphic Agency.
Nombre de ces femmes, dont la co-plaignante dans cette affaire, ont affirmé avoir cru être les seules victimes, jusqu’à ce que des informations sur les agissements du rabbin émergent à la suite de son licenciement par la communauté juive de Berlin, le 1er juin 2023.
L’affaire a suscité un large écho, notamment parce qu’elle constituait un cas rare de renvoi d’un rabbin par une communauté juive organisée en Allemagne. Elle a également ouvert un débat inédit sur la manière de traiter les accusations d’abus au sein des institutions communautaires.
Reuven Y., 49 ans, marié et père de quatre enfants, a été condamné à dix mois de prison avec sursis assortis de deux ans de mise à l’épreuve.
La co-plaignante et deux témoins faisaient partie des 17 femmes ayant témoigné contre le rabbin en juillet 2023 devant un tribunal juif orthodoxe, ou beit din, en Allemagne. Cette instance avait conclu que le prévenu était inapte à exercer des fonctions religieuses, notamment celles de circonciseur rituel, de scribe de la Torah et de superviseur de la casheroute.
Dans l’affaire jugée par le tribunal civil, le prévenu « a invité le témoin P. à une prétendue “formation personnelle” le 21 février 2021 », dans les locaux de la synagogue séfarade Tiferet Israel, située Passauer Strasse à Berlin, selon le jugement rendu mercredi.
Au cours de cette séance de « formation », le rabbin aurait demandé à la femme « de se tenir dos au mur et de fermer les yeux afin de la libérer des “énergies négatives” de son ex-partenaire », a relevé le tribunal. Il l’aurait ensuite embrassée de manière intime, sans son consentement. « En raison de cette agression imprévue, le témoin n’a pas pu se défendre. Son intégrité a été gravement atteinte par votre comportement », indique le jugement, s’adressant au prévenu.
Mardi, Reuven Y. a renoncé à faire appel de la décision. En cas de violation des conditions de sa probation, même à la toute fin de la période, il pourra être incarcéré pour la totalité des dix mois de la peine, a précisé Michael Petzold.
L’avocate berlinoise du condamné, Galina Rolnik, n’avait pas répondu aux sollicitations de commentaires au moment de la publication.
Le rabbin, qui avait engagé sans succès une procédure contre la communauté juive pour récupérer son poste, a récemment perdu son recours dans cette affaire. Lors d’une audience le 5 janvier, il a indiqué au tribunal qu’il avait le soutien de son épouse.
La communauté juive a licencié Reuven Y. en 2023, à la suite de témoignages recueillis en privé auprès de plusieurs femmes, toutes originaires de l’ex-Union soviétique, qui ont affirmé avoir été agressées sexuellement. Il aurait exploité une relation de confiance instaurée dans un cadre présenté comme spirituel ou thérapeutique, au cours duquel il aurait assuré à ses victimes que, en tant que rabbin doté de pouvoirs particuliers, il était le seul à pouvoir les aider à résoudre leurs problèmes familiaux ou relationnels.
À la suite du verdict, la Conférence rabbinique orthodoxe d’Allemagne (ORD) a publié un communiqué.
« Nous exprimons notre profonde sympathie à la femme concernée. En tant que rabbins, nous ne resterons pas silencieux lorsqu’une agression sexuelle est commise au nom du judaïsme », indique le communiqué.
« Le beit din de l’ORD et les rabbins de l’ORD condamnent avec la plus grande fermeté toutes les formes de harcèlement et d’abus, en particulier lorsqu’ils sont perpétrés par une personne occupant une position d’autorité dans les domaines de l’éducation et de la religion. Une personne qui harcèle ou abuse d’autrui n’est pas apte à exercer la fonction de rabbin et ne devrait occuper aucun poste religieux, rabbinique ou éducatif. »
Témoin à la barre, Elena Eyngorn, la lanceuse d’alerte qui a sensibilisé l’opinion publique et apporté son soutien aux victimes en 2023, a déclaré lors du récent procès pénal qu’environ 32 femmes l’avaient contactée pour faire état d’abus commis par Reuven Y. Elle a également indiqué que certains faits rapportés étaient plus graves que celui ayant donné lieu à la condamnation dans cette affaire.
Ce journaliste a été cité à comparaître et a témoigné dans ce dossier au sujet des précédents reportages de la JTA consacrés à l’affaire.
Michael Petzold a indiqué à la JTA que d’autres victimes présumées « peuvent déposer plainte auprès de la police ou du parquet. Une enquête devra alors être menée ».
la Communauté du Times of Israël !







