Une attaque meurtrière du Hezbollah souligne les lacunes de Tsahal face aux drones FPV
Il n'existe encore aucune défense efficace contre ces drones explosifs pilotés par fibre optique et impossibles à brouiller ; Israël n'a commencé à chercher des solutions que depuis le début de la guerre actuelle
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Dimanche matin, un petit drone piloté par des membres du Hezbollah s’est abattu sur des soldats israéliens occupés à réparer leur char dans la ville de Taybeh, dans le sud du Liban, à l’intérieur de la zone de sécurité décrétée par Israël, en pleine période de cessez-le-feu.
Garni d’explosifs, le drone a explosé lors de l’impact, tuant le sergent Idan Fooks, 19 ans, et blessant six autres soldats, dont quatre grièvement.
Un hélicoptère de l’armée de l’air israélienne a été envoyé pour évacuer les blessés. Mais alors que les secouristes s’affairaient à charger les blessés, le Hezbollah a frappé à nouveau, tirant deux autres drones chargés d’explosifs sur les soldats à découvert.
L’un des drones a pu être intercepté. Le second a foncé à basse altitude, s’écrasant à seulement quelques mètres des soldats et de l’hélicoptère qui les attendait avant d’exploser, sans faire d’autres blessés.
Une vidéo de la scène montre des soldats tirant sur le drone en approche, quelques instants avant qu’il ne touche le sol.
Cette attaque a révélé une faille de plus en plus préoccupante : le manque de préparation de l’armée israélienne face aux drones à vision subjective (FPV) au Liban, lesquels occupent une place de plus en plus importante dans l’arsenal du Hezbollah depuis le début des combats actuels.
Ces dernières semaines, le Hezbollah a diffusé plusieurs vidéos sur lesquelles on peut voir de petits drones FPV se diriger vers des chars et des véhicules israéliens dans le sud du Liban. Certains de ces drones sont pilotés par câble à fibre optique, ce qui les rend pratiquement impossibles à brouiller.
Le moment où un drone du Hezbollah chargé d’explosifs s’est écrasé près des soldats israéliens qui évacuaient des blessés dans le sud du Liban, le 26 avril 2026. (Utilisé conformément à l’article 27a de la loi sur le droit d’auteur)
Ces dernières semaines, l’armée israélienne a signalé des dizaines de blessés suite à des attaques de drones. La plupart de ces blessures étaient toutefois légères. L’attaque de dimanche a marqué la première frappe mortelle d’un drone FPV contre les soldats israéliens.
L’apparition de drones pilotés par fibre optique n’aurait néanmoins pas dû être une surprise.
Le Hezbollah avait déjà utilisé des drones FPV contre des cibles israéliennes au cours des combats de 2024, à une échelle certes plus limitée. De tels drones sont par ailleurs devenus un élément incontournable de la guerre entre la Russie et l’Ukraine.
Selon l’analyste militaire indépendant Jakub Janovsky, les drones FPV à fibre optique sont apparus sur le champ de bataille ukrainien au printemps 2024. « Il a toutefois fallu plus de six mois pour améliorer les premiers modèles, afin d’en faire des appareils fiables et efficaces », a-t-il déclaré au Times of Israel.
Les responsables militaires israéliens ont reconnu que Tsahal ne savait toujours pas comment contrer efficacement les drones pilotés par fibre optique. Les drones conventionnels, en revanche, peuvent souvent être neutralisés à l’aide de moyens de guerre électronique.
Cette faille a été mise en évidence le 11 avril dernier par la Direction de la recherche et du développement de la défense du ministère de la Défense, qui a lancé un appel d’offres public pour remédier à cette menace, près de deux ans après l’apparition de ces systèmes en Ukraine et quelques semaines après le début du conflit en cours avec le Hezbollah.
« Le ministère de la Défense cherche à acquérir des capacités supplémentaires pour faire face à cette menace », peut-on lire dans l’appel d’offres. « L’objectif de cette démarche est d’identifier des technologies innovantes et éprouvées. »
À ce jour, il n’existe pas de solution miracle. « À moins d’avoir de la chance ou en cas d’erreur de l’opérateur, la seule parade fiable reste de les abattre », a expliqué Janovsky. Des dispositifs expérimentaux, notamment des tourelles automatisées, sont actuellement testés en Ukraine. Toutefois, aucun n’a encore été déployé à grande échelle, a-t-il précisé.
Un autre défi réside dans la simplicité des drones.
Les drones FPV du Hezbollah sont relativement peu coûteux par rapport aux autres armes qui composent son arsenal, comme les missiles antichars guidés. Composés en grande partie de modules disponibles dans le commerce et de pièces imprimées en 3D, ils sont généralement armés de RPG, des munitions abondantes, mais peu efficaces contre les véhicules blindés israéliens.
Le coût, cependant, est proportionnel à l’ambition.
« La portée est le principal facteur », a fait remarquer Janovsky. « Un kilomètre de câble à fibre optique coûte près de 30 dollars à l’achat en gros. Par conséquent, plus la portée est grande, plus le prix grimpe rapidement. »
L’armée israélienne avait dans un premier temps considéré que les drones à fibre optique du Hezbollah n’avaient qu’une portée de quelques kilomètres. Elle a ensuite découvert que certains drones avaient été lancés depuis des zones situées jusqu’à 15 kilomètres de distance.
De son côté, Israël a adopté cette même technologie. L’année dernière, le ministère de la Défense a commandé quelque 5 000 drones FPV à la société israélienne XTEND, qui seront utilisés par les forces terrestres de l’armée israélienne. Dans le cadre des combats actuels, l’armée a publié des images montrant une frappe menée par un drone FPV contre un membre du Hezbollah.
Mais pour l’instant, aucune des deux parties, ni au Moyen-Orient ni en Europe de l’Est, ne dispose d’une réponse claire à la menace que représentent les drones FPV. L’innovation a pris le pas sur les solutions défensives, et le champ de bataille est devenu un terrain expérimental.
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