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Une conseillère musulmane quitte la Commission de la liberté de culte de Trump qu’elle juge « sioniste »

Sameerah Munshi a dit démissionner pour protester contre l'éviction d'un responsable qui avait profité d'une audition sur l'antisémitisme pour dire son opposition au sionisme et Israël

Sameerah Munshi, ex-membre de la Commission consultative de la liberté de culte du président Trump, prend la parole au Sommet sur l'autorité parentale, le 12 juin 2024. (Capture d'écran via YouTube)
Sameerah Munshi, ex-membre de la Commission consultative de la liberté de culte du président Trump, prend la parole au Sommet sur l'autorité parentale, le 12 juin 2024. (Capture d'écran via YouTube)

JTA — La semaine passée, la Commission de la liberté de culte de l’administration Trump a de nouveau été le lieu de déclarations anti-Israël qui ont culminé avec la démission d’une deuxième personne assurant que ses travaux suivent des « priorités politiques sionistes ».

Jeudi dernier, Sameerah Munshi, membre musulmane d’un comité chargé de conseiller ladite commission, a en effet annoncé sa démission, selon elle en guise de protestation contre le renvoi de la commissaire Carrie Prejean Boller, évincée le mois dernier après avoir profité d’une audience sur l’antisémitisme pour exposer ses vues et objections concernant Israël et le sionisme.

« Dans ce pays, les personnes de foi se voient privées de leur liberté d’expression et leur vie mise en danger à cause de leurs convictions profondes sur la Palestine, tout cela au nom de priorités politiques sionistes », a écrit Munshi dans sa lettre de démission publiée sur Substack.

« Le fait de destituer une commissaire catholique qui n’a fait qu’exprimer l’opinion dissidente que lui dicte sa foi est un affront à la liberté d’expression et à la liberté de culte que je ne puis tolérer. »

Munshi a fait état de sa démission sur X un peu avant avant 22h, jeudi dernier, quelques heures après qu’un agresseur a foncé avec son véhicule sur une synagogue du Michigan qui abritait un cours pour les petits. Dans sa lettre, elle n’a pas mentionné cet incident, reliant sa décision à l’éviction de Prejean Boller par Trump dans la journée.

Donald Trump et Carrie Prejean Boller assistent à une conférence de presse à la Trump Tower le 12 mai 2009, à New York. (Crédit : George Napolitano/FilmMagic/JTA)

Vendredi, le controversé Council on American-Islamic Relations (CAIR) a rendu hommage au « courage » de Munshi et Prejean Boller.

« Mme Prejean Boller et Mme Munshi ont fait ce que l’on attendait d’elles au sein de cette commission, en s’opposant à toutes les formes de bigoterie antireligieuse et en défendant le droit de chaque personne à exprimer ses croyances religieuses, y compris l’opposition au génocide israélien à Gaza », a déclaré le Council on American-Islamic Relations dans un communiqué.

Israël nie catégoriquement toute forme de génocide dans la bande de Gaza dans le cadre d’une guerre déclarée par le pogrom du Hamas du 7 octobre 2023.

« On sait désormais que cette commission est là pour protéger Israël contre les critiques, et non protéger la liberté religieuse du peuple américain », a estimé  le Council on American-Islamic Relations.

Munshi est une jeune diplômée de l’université Brown qui a dirigé l’organisation musulmane Coalition of Virtue.

Elle s’est fait adouber par la droite chrétienne après s’être publiquement opposée à un changement de politique scolaire publique dans l’Etat du Maryland permettant aux parents de retirer leurs enfants de l’école en cas d’enseignements, notamment liés aux LGBTQ, allant à l’encontre de leurs croyances religieuses. La mesure contestée par Munshi a fait l’objet d’un recours devant la Cour suprême des États-Unis, qui a statué en faveur des parents contestataires.

La biographie de Munshi sur le site Internet de la Commission était toujours active vendredi dernier. On pouvait y lire : « Sameerah a courageusement pris position contre l’obligation faite aux enfants d’apprendre une idéologie de genre radicale à l’école. »

Des parents du Maryland favorables à ce que leurs enfants ne soient pas scolarisés dans des classes évoquant des questions LGBTQ manifestent devant la Cour suprême des États-Unis, à Washington, le 22 avril 2025. (Anna Moneymaker/Getty Images/AFP)

Munshi a, des semaines durant, témoigné de son soutien à Prejean Boller, qui partage ses vues sur Israël, une fois que les propos de cette dernière lors de l’audience sur l’antisémitisme ont provoqué un tollé.

Tout comme Prejean Boller, Munshi est une adepte de Candace Owens, la commentatrice de la droite radicale et complotiste qui a fait siennes plusieurs théories du complot antisémites. Elle a salué la conversation d’Owens avec l’universitaire juif pro-palestinien Norman Finkelstein, l’automne dernier, écrivant sur Instagram qu’Owens avait le « talent rare d’affronter les vérités les plus inconfortables », suggérant à la commentatrice le nom de futurs invités.

Munshi est une alliée de Prejean Boller depuis l’automne dernier, lorsque cette dernière l’a approchée après son témoignage devant la commission en faveur du droit des écoles publiques de protester contre Israël.

« Carrie a été merveilleuse. C’est là que nous sommes devenues très amies et nous avons beaucoup parlé », a déclaré Munshi à Middle East Eye.

Sur son Instagram, avant l’audience sur l’antisémitisme du mois dernier, Munshi écrivait qu’elles avaient ensemble pressé la commission de faire appel à des « témoins équitables » lors de ses auditions, de façon à refléter leurs propres points de vue, à commencer par Finkelstein, l’écrivain israélien de gauche Miko Peled, le rabbin anti-sioniste Yaakov Shapiro ou encore David Spevak, militant juif américain descendant de survivants de la Shoah, auteur de comparaisons entre les camps d’été juifs et autres programmes culturels aux Jeunesses hitlériennes.

Après la prestation de Prejean Boller lors de l’audience au cours de laquelle elle a déclaré devant des témoins juifs que sa foi catholique l’amenait à s’opposer à Israël et au sionisme, Munshi l’a défendue contre la colère des organisations juives et de l’administration Trump.

Le Wall Street Journal avait écrit dans un éditorial que les deux « étaient parties en même temps et, qu’avant cela, elles avaient, semble-t-il, passé l’audience à envoyer des messages », laissant entendre à une possible collusion avant les propos de Prejean Boller.

Des personnes manifestent à Times Square en faveur de la cause palestinienne et contre Israël, à New York, le 26 septembre 2025, alors que le Premier ministre Benjamin Netanyahu prend la parole à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, au siège de l’ONU, dans cette même ville . (Crédit : AP Photo/Angelina Katsanis)

« Les opinions et croyances chrétiennes ont été qualifiées d »antisémites’ simplement parce qu’elles disent leur inquiétude face aux confusions entre critique de l’État d’Israël et antisémitisme », a écrit Munshi sur son Substack en février dernier.

« Lors de l’audition, des militants d »Israel First’ ont tenté de redéfinir l’antisémitisme pour y inclure toute critique d’Israël, traité des citoyens inquiets de bigots et réduit le ‘véritable’ judaïsme aux Juifs d »Israel First’. »

C’est l’an dernier que Trump a créé cette Commission de la liberté de culte. Selon le texte de l’ordonnance qui l’a installée, elle est supposée « donner à voir et entendre diverses perspectives sur la manière de défendre la liberté de culte de tous les Américains ».

Munshi était l’une des trois musulmanes membre de cette Commission et la seule femme musulmane ; ces trois femmes avaient une voix consultative, sans être des commissaires à part entière.

Dans sa lettre de démission, Munshi a dit que sa démission était par ailleurs liée à son refus de la guerre de l’administration Trump contre l’Iran, selon elle faite « à l’instigation d’un État génocidaire ».

« Je suis pour l’Amérique mais pas pour Israël, ce qui signifie malheureusement que je ne peux plus être du côté de Trump ou de son gouvernement », a conclu Munshi.

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