Une étude israélienne revient sur 4 000 ans de changement climatique et d’adaptation humaine
Selon une étude codirigée par l'université de Haïfa, portant sur des carottes de sédiments prélevées sur la côte du Carmel, les anciennes communautés levantines s'étaient adaptées à la sécheresse
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Des carottes de boue ancienne prélevées sur la côte du Carmel, dans le nord d’Israël, ont permis de comprendre comment les sociétés humaines de l’Antiquité ont réussi à s’adapter à des changements climatiques spectaculaires il y a des milliers d’années. Une nouvelle étude démontre que, loin de s’effondrer ou de migrer ailleurs, ces communautés ont su faire face à l’adversité, notamment à de graves sécheresses.
Une équipe internationale de scientifiques, codirigée par l’Institut Recanati d’études maritimes de l’université de Haïfa, a décrypté 4 000 ans d’histoire environnementale de la Méditerranée antique grâce à des forages réalisés dans l’ancienne zone humide de Kebara, au nord d’Israël.
« Les êtres humains sont des experts en résolution de problèmes », a déclaré Tom Levy, auteur principal de l’article et codirecteur du Centre pour la cyberarchéologie et la durabilité (CCAS) de l’Université de Californie à San Diego, qui a mené l’étude en collaboration avec l’Institut Recanati. « Ils font face aux pressions de l’environnement en développant de nouvelles technologies et stratégies. »
Aux termes de leur article, qui a été publié le mois dernier dans la revue Quaternary Science Reviews, « aucune corrélation directe n’a été mise en évidence entre les changements environnementaux et la réorganisation des peuplements entre 8 000 et 4 000 ans avant notre ère ».
« Les sociétés anciennes du sud du Levant ne se sont pas simplement effondrées ni n’ont quitté ces régions lorsque les conditions climatiques sont devenues plus sèches », a expliqué Gilad Shtienberg, premier auteur de l’article, au Times of Israel. « Au contraire, elles se sont adaptées, de manière créative. »
Gilad Shtienberg est chercheur au CCAS et au département d’anthropologie.
« Au Néolithique, de nombreuses communautés ont élu domicile près de sources d’eau douce fiables, dans le nord du Neguev et dans la plaine côtière, qui sont des régions plus humides », a expliqué Shtienberg. « Plus tard, au Chalcolithique, les populations se sont étendues jusqu’à la vallée de Beer Sheva, plus semi-aride. »
« Plutôt que de fuir ces conditions plus rudes, les communautés ont mis au point de nouvelles stratégies de survie », a-t-il ajouté, citant notamment les premiers systèmes agricoles par eaux de crue qui détournaient les crues saisonnières vers les champs, précurseurs probables de l’agriculture irriguée.
« Les vestiges végétaux suggèrent que des cultures telles que l’orge étaient cultivées grâce à une irrigation contrôlée, plutôt qu’en dépendant uniquement des précipitations »
« Les vestiges végétaux suggèrent que des cultures telles que l’orge étaient cultivées grâce à une irrigation contrôlée, plutôt qu’en dépendant uniquement des précipitations », a indiqué Shtienberg. « Ces pratiques ont contribué à créer des environnements agricoles de type méditerranéen localisés au sein de régions semi-arides. »
Creuser en profondeur
La chaîne du Carmel regorge de découvertes archéologiques qui ont permis de mieux comprendre des étapes clés de l’évolution, telles que les origines de l’Homo sapiens et la révolution agricole.
En forant jusqu’à 16 mètres de profondeur, l’équipe a extrait des carottes composées de couches de boues anciennes. Les sédiments, les composés chimiques et les éléments biologiques présents dans ces couches ont révélé des changements survenus au fil des siècles. Ces échantillons ont ouvert une fenêtre sur plusieurs décennies.
À l’intérieur de ces couches, les scientifiques ont découvert de minuscules coquilles, des grains de pollen, des fragments de plantes carbonisés et des vestiges chimiques, autant d’indices des fluctuations du climat. La présence d’escargots d’eau douce et de moules témoignait de périodes pluvieuses et luxuriantes ; les espèces halophiles signalaient quant à elles une sécheresse et un rétrécissement de la zone humide. Le charbon de bois a révélé des schémas d’érosion et de ruissellement, tandis que le pollen et les graines ont indiqué quelles plantes poussaient à proximité.
En assemblant ces éléments, l’équipe a établi une chronologie climatique détaillée sur une période allant de 8 000 à 4 000 avant notre ère.
L’équipe a établi une chronologie climatique détaillée sur une période allant de 8 000 à 4 000 avant notre ère
Ces données font état d’une longue tendance à l’assèchement, ponctuée de périodes plus humides et de sécheresses répétées. Il y a environ 6 500 ans, les précipitations annuelles avaient diminué de moitié, passant de 700 millimètres environ le long de la côte israélienne à 350 millimètres. On sait qu’une grave sécheresse survenue il y a environ 4 200 ans a provoqué des bouleversements sociaux généralisés.
Les scientifiques ont comparé les données climatiques aux informations archéologiques existantes provenant de toute la région, afin de déterminer si la sécheresse avait directement provoqué des migrations ou un déclin démographique.
Si les contraintes climatiques ont contribué à modifier les schémas de peuplement, les chercheurs ont constaté que les communautés antiques avaient réagi de manière créative et variée, plutôt que de simplement se déplacer.
Selon Shtienberg, malgré une chronologie très ancienne, cette étude présente un intérêt pour le changement climatique actuel.
« Nos observations soulignent que les changements environnementaux n’entraînent pas automatiquement l’effondrement des sociétés, mais qu’ils peuvent remodeler les économies, les modes d’implantation et les comportements humains », a-t-il ajouté.
« En ce sens, le passé offre une vision à long terme de la résilience, de l’adaptation et des risques associés au fait de pousser les systèmes écologiques au-delà des seuils de durabilité », a poursuivi Shtienberg.
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