Venues du monde entier, les shluchos Habad réunies dans le froid glacial de Brooklyn
Le rassemblement annuel des émissaires offre un répit à celles qui sont en première ligne dans des communautés reculées, où elles fournissent des services essentiels
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JTA — Vendredi 6 février, il faisait près de 32 °C à Dar es Salaam, en Tanzanie, mais Chani Aziza était ravie de grelotter sur un trottoir de Brooklyn.
Aziza faisait partie des milliers de femmes affiliées au mouvement Habad-Loubavitch qui se sont réunies cette semaine à Crown Heights pour le rassemblement annuel des émissaires féminines du mouvement.
Installée à Dar es Salaam avec son mari et leurs deux enfants depuis trois ans, Aziza est la première émissaire Habad de cette ville. Elle a l’habitude de préparer toute la nourriture du centre elle-même. Aucun produit casher préparé n’est disponible en Tanzanie.
Alors qu’elle bravait le froid glacial pour poser sur les photos de groupe emblématiques du Habad, elle a déclaré qu’elle avait hâte de découvrir les nombreux établissements casher de la région, notamment le restaurant de sushis Noribar.
« Mon amie vient de me dire : ‘Profites-en, tu peux manger tout ce que tu veux’ », a confié Aziza.
Elle a toutefois souligné que cette réunion avait également un aspect plus sérieux.
« C’est aussi amusant de venir ici pour prendre des forces et voir toutes ces shluchos, chacune dans un endroit différent et confrontée à des défis différents », a-t-elle ajouté, utilisant le terme hébreu pour désigner les émissaires féminines.
Venues de plus de cent pays où le mouvement Habad est présent, les femmes de Crown Heights profitaient d’une rare pause loin du front, où elles sont souvent les seules représentantes juives de leur communauté. Pendant que leurs maris s’acquittent de leurs fonctions rabbiniques, ces femmes, qui sont souvent les seules représentantes juives de leur communauté, assument un large éventail de responsabilités : gestion des programmes éducatifs de leurs centres, soutien des membres de la communauté en situation de crise, préparation des repas de Shabbat, tout en élevant leurs propres familles loin de leurs réseaux de soutien élargis.
« Nous donnons toute l’année. Notre vie est consacrée au don, et aujourd’hui, nous faisons le plein pour être sûres de recevoir », a expliqué Dinie Rapoport, membre du comité exécutif de la conférence.
« L’objectif de cette conférence est de nous permettre de venir nous ressourcer et de nous régénérer, afin de pouvoir poursuivre notre mission, qui consiste à diffuser le judaïsme à travers le monde. »
Au-delà de la multitude de programmes proposés pendant la conférence, notamment une visite sur la tombe du défunt leader spirituel du mouvement Habad-Loubavitch, connu sous le nom de Ohel, et plusieurs tables rondes et ateliers, de nombreuses émissaires se sont dites enthousiastes à l’idée de pouvoir rencontrer leurs pairs.
« J’attendais avec impatience cette réunion [de cette année] », a déclaré Devorah Leah Kalmenson.
« Le simple fait de venir et de voir les gens, qui prennent soin de vous, vous donne tellement d’énergie. »
Kalmenson a déménagé à Leeds, en Angleterre, il y a trois ans, à l’âge de 22 ans, pour aider à diriger les programmes jeunesse du centre Habad local, notamment des camps de cinq jours organisés chaque année.
« Comme j’ai deux garçons, je travaille souvent tard, quand mes enfants dorment, pour établir les plannings, planifier les activités et gérer les inscriptions », a-t-elle expliqué.
Le mouvement Habad gère actuellement 500 centres de loisirs juifs dans le monde entier, ainsi que six colonies de vacances. Le secteur des colonies de vacances de ce programme du mouvement orthodoxe est en pleine expansion, dans le cadre d’une initiative visant à attirer davantage de jeunes familles.
Bien que Kalmenson ait déclaré avoir aidé ses parents à gérer l’école hébraïque et les camps du centre Habad à Vilnius, en Lituanie, elle a précisé avoir suivi une formation dispensée par CKids, la branche du mouvement Habad chargée des programmes pour la jeunesse.
« J’ai participé à de nombreux ateliers et programmes différents, et CKids est également très efficace pour enseigner comment organiser les choses, comment travailler avec les enfants et comment les discipliner. J’ai suivi un cours sur la petite enfance et d’autres formations similaires », a-t-elle expliqué.
Kalmenson a également indiqué qu’elle s’était souvent appuyée sur les conseils d’autres femmes émissaires pour relever les défis liés à la gestion des programmes de garde d’enfants.
Perel Krasnjansky avait 25 ans lorsqu’elle s’est installée à Honolulu, en 1987, pour servir le seul centre Habad de Hawaï à l’époque. Elle a rapidement créé une école hébraïque qui compte actuellement 45 élèves, et travaille toujours entre douze et dix-huit heures par jour, sept jours sur sept.
« C’était comme atterrir sur la Lune, et n’oubliez pas qu’en 1987, il n’y avait ni Internet, ni WhatsApp, ni aucun de ces réseaux de soutien », a déclaré Krasnjansky.
« Je dois dire que c’était extrêmement difficile, je me sentais très seule. »
Cependant, Krasnjansky a ajouté que les émissaires Habad bénéficiaient aujourd’hui d’un niveau de connexion et de soutien qui n’existait pas lorsqu’elle a commencé, un changement qui, selon elle, a révolutionné l’expérience du service dans les communautés isolées.
« Aujourd’hui, les jeunes filles qui partent aussi loin que nous l’avons fait n’ont pas ce sentiment extrême de solitude que nous avions dans les années 1990, ce sentiment d’être coupées et détachées de tout ce que l’on a toujours connu et aimé », a-t-elle expliqué.
Cette réunion s’est déroulée dans un contexte marqué par deux traumatismes récents pour le mouvement Habad.
Elle a eu lieu un peu plus d’une semaine après l’arrestation d’un homme qui a foncé à plusieurs reprises avec sa voiture dans le siège mondial du mouvement, situé au 770 Eastern Parkway et visible sur la photo de groupe.
Un mois plus tôt, deux terroristes avaient tué quinze personnes lors d’une attaque antisémite perpétrée lors d’une cérémonie d’allumage des bougies de Hanoukka organisée par le mouvement Habad à Bondi Beach, à Sydney.
Mendy Kotlarsky, rabbin et directeur de l’International Conference of Shluchos, a indiqué que le Habad s’était associé au département de police de New York (NYPD) et au bureau antiterroriste pour assurer la sécurité de l’événement. Il a également précisé que des vérifications avaient été effectuées sur les réseaux sociaux afin de détecter toute activité malveillante.
« Il est évident que dans une année comme celle-ci, comme ces dernières années, la sécurité est une priorité absolue à l’échelle internationale pour tous nos événements », a déclaré Kotlarsky.
« C’est la nouvelle réalité dans laquelle nous vivons. »
Selon lui, « ce danger nous incite à redoubler d’efforts pour offrir à ces femmes la meilleure expérience possible lorsqu’elles viennent ici, afin qu’elles puissent rentrer chez elles, à Bondi Beach ou dans les régions les plus reculées du monde, comme le Cambodge ou le Ghana, et qu’elles soient fières de transmettre le message juif. »
Laya Slavin, cofondatrice de l’organisation à but non lucratif Our Big Kitchen, basée à Sydney, a déclaré que bon nombre des shluchos de Sydney n’étaient pas venues à la réunion de Crown Heights à la suite de la tuerie de Bondi en raison de la charge de travail qui les attendait.
Elle a expliqué qu’elle avait hésité à faire le voyage, avant de finalement se décider, inspirée par le rabbin Eli Schlanger, l’émissaire responsable du Habad de Bondi, tué lors de l’attaque terroriste.
« J’avais raté mon vol, et j’ai dit à mon mari : ‘C’est fini, j’ai raté mon vol, je ne viens pas, je ne suis pas censée être ici’ », a raconté Slavin.
« Il y a tellement à faire à Sydney. Je veux dire, pendant que j’étais dans l’avion, nous avions 50 bénévoles qui préparaient 500 hallot à livrer à Bondi Beach. Je me suis dit : ‘Qu’est-ce que je fais ici ? Je devrais être à Sydney.’ Et puis, il y a eu le message du rabbin Eli. »
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