20 ans après la mort d’Ilan Halimi, « on a régressé », regrette le président du CRIF
A la tête du Conseil représentatif des institutions juives de France, Yonathan Arfi s'inquiète auprès de l'AFP de la hausse des préjugés et des actes antisémites
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« On a régressé » : vingt ans après le meurtre d’Ilan Halimi, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Yonathan Arfi, s’inquiète auprès de l’AFP de la hausse des préjugés et des actes antisémites.
Comment expliquez-vous les 1 320 actes antisémites enregistrés en France l’an dernier ?
C’est un léger tassement par rapport à 2024, mais surtout deux à trois fois plus qu’avant le 7 Octobre 2023. Un antisémitisme a été libéré et ne se rétracte pas.
L’une des spécificités de cet antisémitisme est la part importante d’atteintes aux personnes, et notamment les agressions physiques violentes : plus de 120 en 2025, c’est-à-dire une tous les trois jours.
Le deuxième facteur est le rajeunissement des auteurs et des victimes depuis le 7 octobre. L’antisémitisme pénètre des lieux comme l’école, dont il était plus absent.
On voit aussi émerger un sujet de discriminations: un chauffeur qui refuse de prendre une famille dont le nom est à consonance juive, des enfants ostracisés parce qu’ils sont juifs, des boycotts d’artistes…
Êtes-vous inquiet, vingt ans après le meurtre d’Ilan Halimi ?
Ce sont les préjugés plus rances, comme quoi les Juifs ont de l’argent, sont solidaires et prêts à payer une caution, qui ont tué Ilan Halimi il y a vingt ans.
En une génération, on n’a pas progressé, au contraire, on a régressé, car à ces préjugés s’en sont ajouté d’autres, avec une logique liée à l’islamisme, et depuis le 7-Octobre un moteur nouveau qui est l’assignation au conflit à Gaza.
Comment ce conflit pèse-t-il ?
La dynamique sous-jacente est celle d’une essentialisation, d’une assignation des Juifs au conflit à Gaza, comme si chacun était comptable d’un conflit qui se déroule à 3 000 km.
Malheureusement pour beaucoup de jeunes dans notre pays, les Juifs deviennent des cibles légitimes au nom d’un conflit étranger.
L’accusation de peuple génocidaire renvoyée aujourd’hui contre le peuple juif est une inversion morale qui désigne les juifs comme des cibles.
Cela interdit-il toute critique du gouvernement Netanhyahu ?
Evidemment, il est possible de critiquer le gouvernement israélien, comme n’importe quel gouvernement dans le monde, sans être antisémite. Ce sont deux concepts qui n’ont rien à voir.
Emmanuel Macron va planter un chêne à l’Elysée en mémoire d’Ilan Halimi, cela suffit-il ?
C’est un message de réassurance important adressé aux Français juifs, pour leur dire qu’ils ne sont pas seuls face à l’antisémitisme.
Il y a une obligation de résultats sur le sujet. Il faut que nos dispositifs s’adaptent pour lutter contre les moteurs que sont l’antisionisme, l’islamisme et le complotisme.
Je pense au projet de loi visant à criminaliser les appels à la destruction de l’État d’Israël. Mais sur le sujet des réseaux sociaux, il y a une politique publique plus volontariste à mettre en place: je me félicite de l’interdiction dont on parle pour les mineurs.
Il faut aussi pour les adultes des amendes forfaitaire en cas de propos racistes, antisémites, xénophobes, sexistes, sur internet.
Voyez-vous une tentation de certains Français juifs à quitter le pays ?
Beaucoup s’interrogent : va-t-on pouvoir, demain, continuer à être juif aussi sereinement dans la société française ? Un petit nombre décident de quitter la France : 3 300 personnes sont parties vivre en Israël l’an dernier.
Cela doit être un message d’alerte pour l’ensemble de la société, parce que quand un Français, quel qu’il soit, n’arrive pas à se projeter dans l’avenir, c’est notre modèle tout entier qui doit être interrogé.
A l’approche des échéances électorales, êtes vous inquiet ?
Les dernières campagnes ont malheureusement été marquées par une hystérisation volontaire du débat, notamment par la France insoumise, autour de la question de Gaza.
Notre crainte est que les élections municipales donnent lieu à la même instrumentalisation (…) pour polariser, développer des stratégies clientélistes, électoralistes, aux antipodes d’une approche républicaine.
Que dites-vous aux Français juifs tentés par le RN ?
Chacun est évidemment libre de son vote. Mais je rappelle que le populisme dans l’histoire n’a jamais été bon pour les minorités, en particulier pour les Juifs.
la Communauté du Times of Israël !







