Yellen avertit Netanyahu des conséquences économiques de la guerre pour Israël et les Palestiniens
La secrétaire américaine au Trésor a annoncé la reprise par Israël des transferts de recettes fiscales à l'Autorité palestinienne et demandé le rétablissement de permis de travail pour les Palestiniens de Cisjordanie
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

SAO PAULO – Israël a accepté de reprendre le transfert des recettes fiscales à l’Autorité palestinienne pour financer les services de base et renforcer l’économie de la Cisjordanie, et l’argent a commencé à affluer, a déclaré mardi la secrétaire américaine au Trésor Janet Yellen, ajoutant avoir envoyé un avertissement personnel sur le bilan économique de la guerre au Premier ministre Benjamin Netanyahu pour l’inviter à prendre certaines mesures.
« Les États-Unis ont demandé au gouvernement israélien de reprendre le transfert des recettes issues du dédouanement à l’Autorité palestinienne pour financer les services de base et soutenir l’économie en Cisjordanie », a déclaré Janet Yellen lors d’une conférence de presse en préambule à la réunion des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales du G20 au Brésil.
« Je me réjouis de savoir qu’un accord a été conclu et que les fonds ont commencé à affluer », a-t-elle déclaré à propos de la décision de la Norvège d’accepter le cadre israélien pour le transfert des recettes fiscales à l’Autorité palestinienne la semaine dernière.
Janet Yellen a ajouté avoir invité Netanyahu, dans un courrier récent, à mettre en œuvre « les mesures que les États-Unis estiment devoir être prises », à commencer par « le rétablissement des permis de travail pour les Palestiniens et la réduction des obstacles au commerce en Cisjordanie ».
« Ces actions sont vitales pour le bien-être économique des Palestiniens et des Israéliens », a déclaré Janet Yellen.
Le Trésor a refusé de publier une copie de la lettre et n’a donné aucun détail sur la date à laquelle elle avait été transmise. Selon les informations du New York Times, la lettre aurait été envoyée dimanche.
Barak Ravid, d’Axios, a indiqué que la lettre avait été envoyée à Netanyahu – et non à l’homologue israélien de Yellen, le ministre des Finances d’extrême droite Bezalel Smotrich – qui, a-t-il dit, n’est pas en odeur de sainteté à Washington. Le fait que Janet Yellen traite directement avec le Premier ministre israélien plutôt qu’avec le ministre des Finances est sans précédent dans les relations américano-israéliennes, analyse Ravid.
Selon le New York Times, cette lettre témoigne on ne peut plus ouvertement de l’inquiétude des États-Unis concernant les conséquences économiques de la guerre pour Israël et les Palestiniens.
Les dirigeants israéliens se montrent peu sensibles aux effets de la guerre – et à son coût massif – sur l’économie. S’agissant de la récente dégradation de la note d’Israël par l’agence de notation américaine Moody’s, Smotrich a dit qu’elle « ne s’appuyait sur aucun argument économique sérieux ».
Les dirigeants palestiniens affirment que leur capacité à gouverner est grandement handicapée par les restrictions israéliennes, et notamment la retenue des recettes fiscales dues en vertu des accords d’Oslo signés il y a de cela 30 ans.
Pendant des mois, l’Autorité palestinienne n’a pas été en mesure de payer les salaires de ses employés du secteur public à cause du refus du ministère des Finances de débloquer une partie de ces fonds.
En vertu des accords de paix intérimaires conclus dans les années 1990, le ministère israélien des Finances perçoit les recettes fiscales pour le compte de l’Autorité palestinienne et effectue des transferts chaque mois à Ramallah, mais un différend a éclaté sur les paiements dans le sillage de l’attaque terroriste du Hamas, le 7 octobre dernier.
Le Conseil des ministres israélien a refusé de transférer la partie des fonds que Ramallah utilise pour rémunérer les employés de Gaza, au motif que l’argent pourrait tomber entre les mains du Hamas. Ces revenus, qui représentent près de 75 millions de dollars, représentent près du quart de des transferts mensuels.
L’Autorité palestinienne s’est élevée contre cette décision en refusant le reliquat des recettes fiscales, qui constituent la grande majorité du budget annuel de l’Autorité palestinienne. Incapable de payer ses employés pendant des mois, cette décision aurait pu provoquer l’effondrement financier de Ramallah.
La neutralisation de l’Autorité palestinienne aurait mis Israël en difficulté, forcée de se charger des trois millions de Palestiniens en Cisjordanie, mais Jérusalem – Smotrich en tête – n’a pas cillé.
Le mois dernier, le Conseil des ministres a approuvé un cadre en vertu duquel les fonds destinés à Gaza seront transférés à la Norvège, charge pour elle de les conserver jusqu’à ce que Smotrich autorise leur déblocage à l’Autorité palestinienne. Cette décision israélienne prohibe l’envoi des fonds à Gaza, sous peine d’un arrêt définitif de tout transfert futur.
Yellen a ajouté que les États-Unis travaillaient avec les organisations du secteur humanitaire pour aider les Palestiniens innocents et acheminer l’aide légitime là où elle était nécessaire.
« Nous continuons d’étudier toutes les possibilités de renforcement de l’économie de Cisjordanie » suite au décret publié par le président américain Joe Biden ce mois-ci, a ajouté Janet Yellen.
La suspension par Israël des permis accordés aux Palestiniens de Cisjordanie pour travailler en territoire israélien cause un chômage important, a-t-elle expliqué, qui est également préjudiciable à l’économie israélienne.
La guerre a éclaté lorsque le groupe terroriste palestinien du Hamas a mené une attaque dévastatrice, le 7 octobre dernier contre Israël, qui a coûté la vie à 1 200 personnes, essentiellement des civils, lors d’atrocités émaillées de viols collectifs, de cas de torture et de mutilations.
Les milliers de terroristes qui ont franchi la frontière entre la bande de Gaza et le sud d’Israël ont par ailleurs kidnappé 253 personnes de tous âges depuis séquestrées à Gaza.
Israël a riposté par une offensive militaire destinée à renverser le régime du Hamas à Gaza, détruire le groupe terroriste et libérer les otages.
Depuis le début de la guerre, plus de 150 000 Palestiniens de Cisjordanie sont privés de la possibilité d’entrer en Israël pour y travailler, auxquels s’ajoutent 17 000 personnes originaires de la bande de Gaza, elle aussi titulaires de permis de travail, et privées de leur travail faute de pouvoir traverser la frontière du fait de la guerre.
Ces restrictions, combinées au départ de la plupart des quelque 30 000 ouvriers agricoles thaïlandais qui travaillaient en Israël jusqu’au 7 octobre, a provoqué une grave pénurie de main-d’œuvre dans les secteurs israéliens de l’agriculture et de la construction.
Janet Yellen a déclaré que Washington soutenait les engagements de la Banque mondiale en faveur de l’aide d’urgence pour la sécurité alimentaire à Gaza, du soutien économique à la Cisjordanie et d’autres programmes de prêts des banques régionales de développement et du Fonds monétaire international en Égypte et en Jordanie voisines.
Elle a ajouté que Washington n’avait pas noté d’impact significatif du conflit sur l’économie mondiale, mais que la situation faisait l’objet d’une surveillance constante.
Elle a rappelé que Washington agissait pour lutter contre le financement du Hamas et ripostait aux attaques des Houthis en mer Rouge.
En décembre, le ministère des Finances avait estimé que la décision du gouvernement d’interdire l’entrée de la plupart des travailleurs palestiniens de Cisjordanie pourrait, à terme, coûter à l’économie des milliards de shekels par mois.
Le mois suivant, le gouvernement envisageait de faire venir 80 000 travailleurs de l’étranger pour occuper les emplois dans la construction et l’agriculture normalement occupés par des Palestiniens.
Biden et son administration continuent de soutenir l’opération militaire d’Israël à Gaza, qu’elle estime nécessaire pour éradiquer le Hamas.
Washington a récemment imposé des sanctions à l’encontre de quatre Israéliens accusés de complicité dans des cas de violences de résidents d’implantations envers des Palestiniens de Cisjordanie.
la Communauté du Times of Israël !







