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Interview

Zeev Engelmayer crée des cartes postales pleines d’espoir sur l’après-guerre

Alors que le retour des otages se profile, les dernières œuvres de l'artiste à l'origine des "Daily Postcard" illustrent des retrouvailles imaginaires très vivantes

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

  • Série « Hug » de l'artiste Zeev Engelmayer, représentant l'otage Matan Zangauker embrassant sa mère militante, Einav. (Crédit : Autorisation)
    Série « Hug » de l'artiste Zeev Engelmayer, représentant l'otage Matan Zangauker embrassant sa mère militante, Einav. (Crédit : Autorisation)
  • Nouvelle série de l'artiste Zeev Engelmayer pour la région d'Eshkol, présentant des images d'espoir pour le deuxième anniversaire du 7 octobre. (Crédit : Autorisation)
    Nouvelle série de l'artiste Zeev Engelmayer pour la région d'Eshkol, présentant des images d'espoir pour le deuxième anniversaire du 7 octobre. (Crédit : Autorisation)
  • Naama et Ayelet, une des cartes postales quotidiennes de Zeev Engelmayer, utilisée dans le clip animé "A Sudden Cry" ("Un cri soudain"), lancé le 29 janvier 2025. (Crédit : Autorisation)
    Naama et Ayelet, une des cartes postales quotidiennes de Zeev Engelmayer, utilisée dans le clip animé "A Sudden Cry" ("Un cri soudain"), lancé le 29 janvier 2025. (Crédit : Autorisation)
  • Série « Hug » de l'artiste Zeev Engelmayer, représentant l'ancien otage Iaïr Horn et son frère, Eitan Horn, ainsi que l'ancienne otage Arbel Yehud avec son partenaire, l'otage Ariel Cunio. (Crédit : Autorisation)
    Série « Hug » de l'artiste Zeev Engelmayer, représentant l'ancien otage Iaïr Horn et son frère, Eitan Horn, ainsi que l'ancienne otage Arbel Yehud avec son partenaire, l'otage Ariel Cunio. (Crédit : Autorisation)

L’illustrateur Zeev Engelmayer, plus connu sous le surnom de « Shoshke », a commencé à dessiner des « cartes postales quotidiennes » dans les semaines qui ont suivi le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023. Les illustrations publiées sur son compte Instagram témoignent de l’horreur, de la peur et de la tristesse engendrées par la guerre à Gaza, ainsi que des portraits des otages enlevés lors du carnage, dont 47 n’ont toujours pas été relâchés.

Ses cartes postales sont devenues mondialement connues, exposées dans des lieux publics et privés. Elles ont souvent été transformées en pancartes et en affiches brandies par l’artiste et des milliers d’autres personnes lors de rassemblements et de manifestations.

Ses œuvres ont désormais été transformées en bannières, panneaux d’affichage et signalisation pour le Néguev occidental, la région la plus touchée par l’assaut barbare et sanglant du 7 octobre, au cours duquel plus de 1 200 personnes ont été massacrées et 251 autres enlevées et emportées de force dans la bande de Gaza.

Mais pour la première fois en 24 mois, le message est légèrement plus optimiste, empreint de compassion et de miséricorde, a déclaré Engelmayer, quelques heures avant l’annonce d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas.

« Je suis très ému de savoir que ces illustrations se trouvent là-bas, dans l’ouest du Néguev, là où tout s’est passé », a-t-il confié.

L’artiste de Tel Aviv a créé de nouvelles œuvres d’art. Certaines représentent les étreintes attendues entre les otages bientôt libérés et leurs proches, comme Matan Zangauker et sa mère, Einav, ou Eitan Horn et son frère, l’ex-otage, Iaïr Horn. D’autres imaginent des étreintes avec des êtres chers qui ne sont plus en vie.

L’une des dernières cartes postales de Zeev Engelmayer, datée du 9 octobre 2025, alors que le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas était en cours de signature. Il est écrit : « Merci, président Trump ! » en hébreu. (Crédit : Autorisation)

Il y a aussi des colombes, a indiqué Engelmayer, qui symbolisent l’espoir de la fin de la guerre, et peut-être même de la paix.

Les communautés régionales d’Eshkol ont décidé de remplacer les photos des otages restants par les illustrations d’Engelmayer, car les habitants avaient le sentiment que les gens ne prêtaient plus vraiment attention à ces photos, a expliqué l’artiste.

« Ils étaient trop habitués à ces images. Ils sont donc passés à ce format, ainsi qu’à certaines vidéos », a ajouté Engelmayer.

L’artiste a évoqué une récente conversation avec une mère dont le fils a été tué. Elle lui a confié qu’en regardant l’illustration de son fils, elle pleurait, car elle savait qu’il avait été tué, mais qu’elle en retirait également un certain réconfort.

Série « Hug » de l’artiste Zeev Engelmayer, représentant l’ancien otage Iaïr Horn et son frère, Eitan Horn, ainsi que l’ancienne otage Arbel Yehud avec son partenaire, l’otage Ariel Cunio. (Crédit : Autorisation)

« Je pense qu’il y a une intention dans le dessin, car j’ai passé plusieurs heures à travailler dessus, et cette intention est différente de celle d’une photo », a-t-il déclaré.

L’exposition en plein air des œuvres d’Engelmayer a été initiée par le « Groupe 19 », une organisation féminine de la ville de Sderot, qui a sollicité l’artiste avec un budget et un projet visant à commémorer le deuxième anniversaire du 7 octobre.

« Les gens n’arrêtent pas de m’écrire pour me dire à quel point ils apprécient mon travail », a indiqué Engelmayer.

« Cela me touche beaucoup. »

Une exposition de cartes postales quotidiennes de Zeev Engelmayer, à Philadelphie en 2024, lancée le 29 janvier 2025. (Crédit : Autorisation)

Le projet d’Engelmayer, né de son propre traumatisme et de ses propres peurs, continue de trouver un écho auprès des spectateurs du monde entier.

Elle a été présentée dans le monde entier, notamment à l’Université d’Oxford en Angleterre, dans les vitrines du Musée de la ville de New York, en Allemagne, en Italie, au Danemark, en Australie et à Hong Kong. Une exposition est également prévue à Moscou, en Russie, et à Toulouse, en France, dans les mois à venir.

Cette exposition se poursuit malgré le boycott culturel croissant dont fait l’objet Israël, les artistes israéliens, pourtant connus pour leur pacifisme, étant désinvités à divers événements ou pris pour cible par des manifestants anti-Israël.

Engelmayer a indiqué qu’il était parfois surpris que ses illustrations aient pu rester en place, notamment dans la cour de la bibliothèque d’Oxford, où des rassemblements anti-Israël ont lieu régulièrement.

Elona Dekel, du collectif « Groupe 19 » de Sderot, et Zeev Engelmayer, devant l’une de ses dernières œuvres intitulée « Nous nous souviendrons d’eux tous 7.10.23 », accrochée le 7 octobre 2025 pour marquer les 730 jours écoulés depuis le 7 octobre 2023. (Crédit : Autorisation)

« Ils sont là pour rappeler aux gens que les otages sont toujours à Gaza et pour s’identifier à eux alors qu’il est plus difficile d’établir un lien avec Israël », a-t-il expliqué.

Ce projet occupe encore Engelmayer quotidiennement.

« Je me lève le matin, comme je l’ai fait aujourd’hui, après avoir parlé à une mère dont les deux enfants ont été tués le 7 octobre », a-t-il déclaré.

« On n’oublie pas ce genre de conversation, on y pense toute la journée. »

Naama et Ayelet, une des cartes postales quotidiennes de Zeev Engelmayer, utilisée dans le clip animé « A Sudden Cry » (« Un cri soudain »), lancé le 29 janvier 2025. (Crédit : Autorisation)

Mais, comme depuis le début, Engelmayer apprécie toujours les messages, les commentaires et les photos que lui envoient ses abonnés lorsqu’ils découvrent ses illustrations lors de leurs voyages.

Certaines personnes ont même rêvé des images figurant sur les cartes postales, comme Ayelet Levy, la mère de l’ex-otage Naama Levy, qui a rêvé de l’image d’Engelmayer la représentant en train d’embrasser sa fille, avant sa libération en janvier.

« Elle m’a dit qu’elle avait rêvé qu’elle serrait Naama dans ses bras comme je l’avais dessiné », a déclaré Engelmayer.

« Cela a du sens pour moi. »

Engelmayer pense à des projets qu’il compte réaliser une fois que la guerre sera complètement terminée et que les otages seront rentrés à la maison, mais pour l’instant, il est prêt à continuer ses cartes postales quotidiennes.

« Je ne peux pas décrire à quel point je rencontre de formidables personnes. Il y a tellement de pessimisme, mais je rencontre le bon côté des choses », a-t-il déclaré.

« Il y a des gens bien qui croient en la réconciliation ; ils ne veulent pas de vengeance. »

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