Alors que les fiefs du Hezbollah se reforment, les agriculteurs du nord d’Israël replantent leurs champs détruits
Des mesures sont prévues pour relancer l'agriculture en Haute Galilée, décimée pendant la guerre de 2023-2024, mais les habitants doivent se protéger alors qu'un nouveau conflit avec l'Iran fait rage
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Jeudi dernier, dans la matinée, après que le Hezbollah a lancé 200 roquettes et une vingtaine de drones sur le nord d’Israël, occasionnant des dégâts et blessant légèrement deux personnes, l’agriculteur Ofer Moskovitz s’est rendu dans son champ d’avocatiers, situé à une centaine de mètres de la Ligne bleue tracée par l’ONU pour marquer la frontière avec le Liban.
« La situation est dangereuse et angoissante, mais nous n’y pouvons rien », a expliqué Moskovitz. « Le champ est si proche du Liban et du fief du Hezbollah que nous pouvons les voir, et eux nous voir. »
Moskovitz, 60 ans, a déclaré avoir toujours eu confiance en la force et la volonté de l’armée israélienne. Il l’a crue lorsqu’elle a affirmé aux habitants du nord du pays qu’elle avait repoussé le groupe terroriste du Hezbollah loin de la frontière, permettant ainsi aux habitants de rentrer chez eux, après que beaucoup ont été évacués par crainte d’une invasion de l’organisation chiite libanaise au lendemain du pogrom perpétré par le Hamas, le 7 octobre 2023.
Quelque 60 000 habitants du nord ont été évacués lorsque le Hezbollah s’est mis à lancer presque quotidiennement des roquettes et des obus de mortier sur des installations militaires et des villes du nord, à la suite du massacre perpétré par le Hamas le 7-Octobre. Ce n’est que treize mois plus tard, lorsqu’un cessez-le-feu avec Israël a été conclu en novembre 2024, que les résidents ont été autorisés à rentrer chez eux.
Entre-temps, le Hezbollah avait infligé des dégâts considérables dans la région.
« La plupart des habitants sont là ; ils sont revenus », a indiqué Moskovitz. « Cette communauté est formidable. Nous traversons tout cela ensemble. »
Mais le Hezbollah est toujours là, a ajouté Moskovitz. Et c’est très éprouvant.
« Je suis allé au poste d’observation qui se trouve près de chez nous. En prenant des photos, j’ai vu des drapeaux du Hezbollah flotter à nouveau », a raconté Moskovitz. « On nous raconte des histoires pour nous rassurer. »
La plus grande inquiétude est celle d’une invasion du Hezbollah dans des communautés locales telles que le kibboutz Misgav Am, où vit Moskovitz. Nombre d’habitations du kibboutz ne disposent pas de pièces sécurisées, alors même que le gouvernement s’était engagé à en construire pour les résidents au terme de la première phase de la guerre qui a débuté en octobre 2023.
De plus, a souligné Moskovitz, les murs des bâtiments ne sont pas assez solides pour résister aux roquettes plus récentes du Hezbollah.
« Nous espérons simplement qu’elles tomberont ailleurs », a-t-il confié. « Aujourd’hui, j’ai entendu le ministre de la Défense dire que les habitants du nord devaient tenir bon. C’est facile à dire pour lui, bien à l’abri dans son bunker. »
Jeudi, les conseils régionaux des communes situées le long des frontières nord d’Israël et avec la bande de Gaza ont adressé une lettre au Premier ministre Benjamin Netanyahu, dans laquelle ils protestent contre les coupes budgétaires de 3 % imposées à tous les ministères au profit du budget de la défense.
L’ancien Premier ministre Naftali Bennett a relayé cette lettre dans une publication sur X, indiquant que « tandis que les habitants du nord cherchaient refuge face aux tirs nourris qui s’abattent sur eux, les ministres du gouvernement s’affairaient à réduire les budgets consacrés à la reconstruction et à la protection de la région ».
Chaque matin, même en temps de guerre, Moskovitz se rend dans ses champs, à environ 30 minutes de route de chez lui, pour y travailler, y voir ses ouvriers thaïlandais et s’assurer qu’ils ont passé une bonne nuit.
« Ils n’ont pas peur, et ils ne quittent pas les champs », a expliqué Moskovitz. « Ils ont un abri de campagne près de leurs chambres. Mais s’ils sont dans les champs et qu’une sirène se déclenche, ils se contentent de s’allonger au sol. Ils enregistrent des vidéos pour leurs familles pendant qu’ils sont là-bas. »
Durant la guerre contre le Hezbollah, les champs d’avocatiers de Moskovitz se trouvaient en zone de combat fermée. Près de 4 hectares de ses plantations ont été carbonisés par des débris de roquettes du Hezbollah.
Depuis le cessez-le-feu, Moskovitz a nettoyé le terrain et replanté de nouveaux avocatiers, dont les fleurs commencent tout juste à éclore.
« C’est une vision rassurante », a-t-il déclaré.
Semer sous les tirs
Au-delà des inquiétudes liées aux incursions du Hezbollah ou aux tirs de roquettes, les agriculteurs de la région redoutent de ne pas pouvoir s’occuper de leurs cultures, souvent situées le long de la frontière.
« Nous sommes en pleine saison des pulvérisations », a indiqué Amit Fahima, arboriculteur au moshav Dishon, également voisin de la frontière libanaise.
« Les sirènes nocturnes nous épuisent aussi », a ajouté Fahima.
Les habitants du nord d’Israël passent des heures dans des abris et dans des pièces sécurisées depuis le début de la guerre avec l’Iran, le 28 février, afin de se protéger contre les tirs massifs et incessants de roquettes et de drones. La situation n’a de plus cessé de s’aggraver depuis que le Hezbollah s’est joint à son sponsor terroriste pour attaquer l’État juif.
Pourtant, les agriculteurs prennent parfois des risques, faute d’autre choix, a confié Fahima.
« Attendre n’est pas une option », a fait remarquer Fahima, qui travaille actuellement dans l’un de ses vergers de pommiers. « Nous ne pouvons pas nous offrir le luxe de retarder la replantation. »
Fahima travaille comme chef de projet pour ReGrow, un fonds caritatif créé après le 7-Octobre pour aider à la reconstruction des communautés situées dans l’enveloppe de Gaza et dans le nord.
L’organisation a été fondée dans les jours qui ont suivi le 7-Octobre par Danielle Abraham, directrice exécutive des partenariats à l’Institut Volcani, le plus grand organisme de recherche agricole d’Israël. Abraham a elle-même été témoin des ravages causés ce jour-là par les terroristes du Hamas, qui ont détruit des systèmes d’irrigation, incendié des champs et des poulaillers, et volé et mis le feu à des tracteurs.
Face à cette situation, Abraham a levé 22 millions de dollars auprès de la Jewish Federations of North America (JFNA), de la JNF des Pays-Bas, de l’UJIA, d’autres fédérations juives et de fondations familiales privées, pourtant peu enclines habituellement à soutenir des initiatives agricoles.
Ce n’est que plusieurs mois plus tard que ReGrow s’est tournée vers le nord, avec pour premier objectif de recueillir des données sur l’état des fermes et des vergers, et découvrant alors que personne n’avait encore cartographié les dégâts.
« C’était avant le cessez-le-feu [de novembre 2024]. J’ai dit à l’équipe : ‘Allez récupérer des données sur les dégâts, peut-être qu’ils n’ont même pas besoin d’aide' », a raconté Abraham au Times of Israel. « Et puis nous avons compris que personne ne détenait de données. C’était un véritable chaos. »
Selon ReGrow, durant les mois où le Hezbollah a mené ses attaques, ce sont plus de 500 hectares de vergers et de vignobles qui ont été détruits en Galilée et sur le plateau du Golan.
Et près de deux ans et demi après le 7-Octobre, de vastes étendues de terres agricoles situées le long de la frontière nord d’Israël sont encore endommagées ou en friche.
« C’est embarrassant de dire qu’il s’agit d’une situation d’urgence alors qu’elle dure depuis deux ans et demi », a déclaré Abraham, qui vient de lancer un programme de relance de 14 millions de dollars destiné à accélérer la replantation et à reconstruire le secteur agricole du nord.
Sept à neuf ans sont nécessaires pour qu’un verger retrouve sa pleine production. Les agriculteurs tentent de replanter environ 550 000 arbres fruitiers et 32 000 pieds de vigne avant la fin de la saison en cours, a précisé Abraham.
Le nord d’Israël alimente la majeure partie du pays en fruits. Il abrite par ailleurs près de la moitié des vignobles.
Six semaines avant que n’éclate la dernière guerre avec l’Iran, le Times of Israel a accompagné Fahima dans les vergers et les champs à proximité de Metula.
Fahima a pointé du doigt le mur de béton haut de sept mètres qui sépare un verger nouvellement planté du village libanais de Kfar Kila, visible juste de l’autre côté du rempart.
« Avant [la construction du mur en 2012], c’était la ‘barrière de la paix' », a déclaré Fahima. « Je travaillais dans ces champs avec des ouvriers libanais. »
Le verger de pommiers, recouvert de mottes d’une terre riche et dorée, a récemment été remis en état et replanté. Des cartons de lait vides y sont disposés pour soutenir chaque jeune tronc.
Le verger appartient à un agriculteur de Metula âgé de 77 ans, Moshe Weinstein, a expliqué Fahima.
Le 31 octobre 2024, le fils de Weinstein, Omer Weinstein, 47 ans, et quatre ouvriers thaïlandais ont été tués par une roquette du Hezbollah, à environ 100 mètres de la maison de la famille.
Weinstein, agriculteur de quatrième génération, et dont le grand-père a contribué à la fondation de Tel Hai avec Joseph Trumpeldor, a récemment confié à la chaîne N12, lors d’une interview émouvante, qu’il se demandait pourquoi il continuait à s’accrocher à sa ferme.
« Il y a neuf jours que cette guerre a commencé. Ils nous tirent dessus des heures durant, chaque jour, dans nos maisons, dans nos vergers… Où est l’armée ? », s’est exclamé Weinstein. « On est fichus. Comment ça, nous ne sommes pas des citoyens de l’État d’Israël ? Ici, nous avons subi des dégâts qui n’ont toujours pas été réparés. »
« À la fin de cette guerre avec l’Iran, que restera-t-il ici ? », a-t-il ajouté. « Qui sera encore là ? »
Moskovitz a pour sa part confié que deux de ses trois filles, qui avaient prévu de revenir vivre à Misgav Am avec leurs jeunes familles, avaient choisi, après le récent déclenchement de la guerre, d’attendre encore quelques années avant de prendre une décision.
« C’est très difficile à entendre », a-t-il poursuivi. « Je leur ai dit : ‘Faites ce que vous jugerez bon de faire. Je vous rejoindrai, où que vous soyez.' »
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